Jean PROUVÉ (1901-1984)
Pavillon démontable Direction et dessins de la SCAL
Système constructif Jean Prouvé, Pierre Jeanneret architecte, Issoire 1940
Matériaux multiples dont bois, verre et acier
Vers 1940
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Nous remercions Christophe Laurent, historien de l’architecture et A.C.A. Architectes & Associés pour leur aimable collaboration.
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La vente serait conclue sous condition suspensive du certificat d’exportation.
Le retrait de la maison s’effectuera sur son lieu de stockage, à Issoire (63) en France. Les frais de démontage et remontage sont à la charge de l’acquéreur. A la demande de celui-ci, l’étude NEO Enchères pourra établir un devis de démontage et de remontage.
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NOTICE
Le pavillon de Direction et dessin de la SCAL est une œuvre iconique. Fruit de la collaboration de Jean Prouvé et Pierre Jeanneret, il matérialise avec force des thèmes majeurs de l’architecture contemporaine du XXe siècle. Plus de 80 ans après sa création, il réapparaît dans un état exceptionnel de conservation sous les bardages qui le griment.
Lorsqu’il sera libéré de son cocon, le pavillon de Direction et dessin constituera une pièce unique digne des grands musées internationaux.
L’histoire
Le pavillon de Direction et dessin faisait partie d’un ensemble de bâtiments préfabriqués en métal et en bois construits à Issoire (France, Puy-de-Dôme), de mars 1940 à juin 1941, en marge du chantier de l’usine de la Société centrale des alliages légers (SCAL).
Le projet de la SCAL fut lancé le 11 novembre 1939 par le ministre de l’Armement Raoul Dautry et par les principaux fabricants d’alliages alumineux. Il s’inscrivit dans l’intense effort de réarmement de la France au cours des premiers mois de la guerre. Sa réalisation s’avérant très urgente, il disposa de moyens considérables. Les architectes Auguste et Gustave Perret furent désignés par le ministre pour concevoir les édifices en béton armé de l’usine.
Un second programme apparu quelques semaines après, celui de bâtiments provisoires destinés à abriter à Issoire une partie du personnel chargé de construire l’usine. Dans les plus brefs délais, ces bâtiments devaient être conçus, fabriqués et livrés prêts à monter, avec leurs équipements et le mobilier. L’administrateur-délégué de la SCAL, Jean Matter, fut sans doute à l’origine de ce projet. Il comptait parmi ses amis Georges Blanchon, un journaliste introduit dans les milieux des affaires et des arts. Ce dernier connaissait Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret et Jean Prouvé. Ainsi, par l’entremise de Georges Blanchon, la SCAL commanda aux Ateliers Jean Prouvé la réalisation des bâtiments provisoires. Le 12 décembre 1939, Georges Blanchon informa Pierre Jeanneret et Le Corbusier que les Ateliers Jean Prouvé leur confiaient, pour leur compte, l’étude de ces bâtiments.
Le Corbusier ne contribua pas directement à l’affaire. Pierre Jeanneret dessina seul les plans architecturaux en appliquant les systèmes de construction de Jean Prouvé. Charlotte Perriand, jusqu’à son départ pour le Japon le 14 juin 1940, créa des éléments de mobilier. Pour sa part, outre l’apport décisif de ses ossatures métalliques brevetées en 1939 et 1940, Jean Prouvé conçut les éléments préfabriqués des pavillons. Il dirigea également la fabrication des pièces en métal dans son usine de Nancy.
Premier à avoir été élaboré, le pavillon de Direction et dessin fut monté à Issoire dès mars 1940, à côté de l’entrée de l’usine. D’autres bâtiments furent édifiés avant la défaite de juin 1940. Le 1er octobre suivant, Georges Blanchon créa le Bureau central de constructions (BCC) pour poursuivre et achever l’opération, toujours en collaboration avec Jeanneret et Prouvé. Un second lot de pavillons fut assemblé de février à juin 1941.
Destinés à une utilisation assez brève, ces bâtiments servirent de nombreuses années. La plupart ont cependant été détruits, soit après leur désaffection soit par incendie. Dans les années 1960, quelques tronçons des pavillons d’habitation ont été remontés par des particuliers sur des terrains privés à l’ouest d’Issoire. Récemment, des galeristes les ont rachetés et démontés pour les exposer après restauration.
Le pavillon de Direction et dessin a été acquis en 1958 par Claude Barbat qui l’a installé en 1962-1963 sur sa propriété issoirienne. Bien qu’il ait par la suite construit sur son terrain une maison traditionnelle, Claude Barbat a vécu jusqu’à son décès dans le pavillon.
L’état d’origine
Les caractéristiques architecturales définitives du pavillon de Direction et dessin apparaissent sur un dessin de Pierre Jeanneret daté du 13 décembre 1939. Elles dérivent directement des projets « d’écoles volantes » (c’est-à-dire transportables) dessinés par Le Corbusier et Pierre Jeanneret peu auparavant. Le pavillon s’élève sur un plan carré de 8 mètres de côté. Il possède deux niveaux, un rez-de-chaussée et un demi-étage accessible par un escalier placé en position quasi centrale. Le rez-de-chaussée accueille un vestibule, des toilettes, une réserve à charbon et une vaste salle de dessin. Le demi-étage abrite le bureau du directeur et la salle des dactylographes. La seconde moitié du pavillon est occupée par le volume toute hauteur de la salle de dessin. Telle une tribune, la salle des dactylographes ouvre sur ce grand volume. De nombreuses fenêtres percent les façades.
Le système de construction préfabriquée de Jean Prouvé sous-tend l’architecture du pavillon. Tout a été pensé pour faciliter le transport puis le montage « à sec » rapide, avec un minimum de main d’œuvre, d’outils et de moyens de levage. La pièce maîtresse est un portique central en « V » inversé, réalisé en tubes d’acier et haut de 4,82 mètres. Deux poutres faîtières fixées sur le portique supportent la toiture en tôles. Les façades extérieures, partiellement porteuses, reposent sur les poutres de rive du plancher du rez-de-chaussée. Elles sont rigidifiées par des profilés métalliques. Les cloisons intérieures sont solidarisées par des couvre-joints en métal. Le plancher du demi-étage s’appuie sur une structure secondaire portée par le portique et des potelets. Les principaux éléments de l’ossature ainsi que l’escalier sont en tôles d’acier pliées et soudées. Les façades, les cloisons, les planchers sont constitués de panneaux « sandwichs » lambrissés de bois avec isolant intérieur.
L’esthétique épurée se fonde sur le dialogue entre les armatures métalliques et le bois. Le portique, laissé visible, libère et structure l’espace. Le moyen de construction et l’expression architecturale sont en parfaite adéquation.
L’état actuel
Le pavillon de Direction et dessin a fait l’objet de plusieurs modifications. En deux étapes, vers 1941-1945 et à une date indéterminée, l’étage a été agrandi aux dépens du volume toute hauteur, ce qui entraîné la suppression de fenêtres. Par ailleurs, Claude Barbat a transformé les cloisons en utilisant des éléments d’origine et des plaques d’isorel.
En 1962, Claude Barbat a remonté le pavillon sur de hauts piliers maçonnés. Il a pu ainsi créer un sous-sol semi-enterré. Dans un premier temps, les façades ont été revêtues d’un film isolant collé à chaud. Dans un second temps, le pavillon a été enveloppé par un bardage en tôles d’aluminium fixées sur une armature en bois. En outre, les fenêtres ont été remplacées et une petite extension a été ajoutée devant la façade principale.
Les modifications n’ont pas détruit d’éléments majeurs et elles sont réversibles. L’état de conservation est tel que même la peinture d’origine – de couleur vert foncé – recouvre encore la majeure partie des pièces métalliques intérieures.
La portée historique
Le pavillon de Direction et dessin de la SCAL est la plus ancienne réalisation conservée du système de construction à portique intérieur inventé par Jean Prouvé. À partir de cette première expérimentation, Jean Prouvé développera ses habitations préfabriquées industrialisables, dont la célèbre Maison tropicale (1949). Toutefois, le pavillon de Direction et dessin est la seule œuvre de cette série à posséder un étage, ce qui renforce son intérêt.
Par allusion à la « Machine à habiter » chère à Le Corbusier, le pavillon de Direction et dessin peut être qualifié de « Mécanique à habiter ». En effet, ce qui frappe le plus dans cette réalisation, ce sont les solutions techniques de Jean Prouvé, aussi intelligemment conçues que précisément exécutées, dans l’ensemble comme dans le détail.
Plus largement, le pavillon de Direction et dessin est un jalon important dans les recherches sur « l’habitat minimum » industrialisable. Comme d’autres acteurs du Mouvement moderne, Jean Prouvé et Pierre Jeanneret souhaitaient lutter contre la crise du logement qui touchait durement les classes populaires. Ils voulaient construire en série et à moindre coût des habitations décentes. Ils préconisaient donc de recourir à la normalisation et à la standardisation. En outre, ils pensaient que la préfabrication avec des matériaux « légers » (bois et métal) pouvait être une réponse adaptée à des situations urgentes ou provisoires.
Huit décennies après sa création, dans le contexte du dérèglement climatique et d’une nouvelle pénurie de logements, le pavillon de Direction et dessin de la SCAL s’avère finalement d’une grande actualité. (Christophe Laurent, historien de l’architecture, février 2024)
Repères biographiques
Pierre Jeanneret (1896-1967). Après des études d’architecture à l’École des Beaux Arts de Genève, Pierre Jeanneret travailla dans l’agence parisienne des frères Perret. Il collabora de 1922 à 1940 et après 1950 avec Le Corbusier, son cousin. Parmi ses rares œuvres strictement personnelles figurent les pavillons de la SCAL à Issoire (avec Jean Prouvé) et le lycée Jean-Mermoz de Béziers.
Jean Prouvé (1901-1984). Fils du peintre et sculpteur Victor Prouvé, Jean Prouvé fonda en 1924 à Nancy un atelier de ferronnerie et de métallerie. Il travailla bientôt avec des architectes du Mouvement moderne pour concevoir et réaliser des éléments architecturaux de second œuvre en métal. Il créa et fabriqua du mobilier en employant également la tôle d’acier pliée. Il s’intéressa spécialement au logement « minimum » industrialisable en dessinant et produisant des maisons préfabriquées, dont la Maison des jours meilleurs (1956).
« Dès que le soleil paraît ça se dilate, dès que le nuage apparaît le soleil se cache, il y a rétraction. Donc en permanence on entend les mouvements, les bruits de dilatation des matériaux, de sorte que l’on entend passer les nuages. C’est bien, c’est vivant ! ».
Claude Barbat (1933-2023)
Repères bibliographiques
« Centre collectif des ingénieurs de la SCAL à Issoire. Application du système de construction des Ateliers Jean Prouvé par Pierre Jeanneret, architecte », L’Architecture d’aujourd’hui, « Solutions d’urgence », n° 2, juillet-août 1945, p. 55 et 58.
Olivier Cinqualbre, Jean Prouvé bâtisseur, collection Carnets d’architectes, éditions du Patrimoine, Centre des Monuments nationaux, 2016, 192 p.
Christophe Laurent, « Les pavillons préfabriqués et équipés de Pierre Jeanneret, Jean Prouvé et Charlotte Perriand pour la SCAL, Issoire, 1939-1941 », Recherches en Histoire de l’art, Clermont-Ferrand, n° 1, juin 2002, p. 29-58.
Peter Sulzer, Jean Prouvé, l’œuvre complète, tome II, 1934-1944, Birkhäuser, 1999, 352 p., n° 786, 850 et 854 ; tome III, 1944-1954, Princeton Architectural Press, 2005, 384 p., p. 12- 13 et 344-345.


