Pavillon démontable vu de l'extérieur

Jean Prouvé, pavillon démontable Direction et dessins de la SCAL, vers 1940

Photo portrait Gwenola Bovis commissaire priseur habilité NEO Enchères

Gwenola BOVIS

commissaire-priseur

09 78 80 42 53

Photo portrait Marcos Eliades commissaire priseur habilité NEO Enchères

Marcos ELIADES

commissaire-priseur

01 02 03 04 05

Numéro du lot 

Estimation

Prix d’adjudication

La vente NEO Enchères du 26 mars 2024 comptait notamment un pavillon démontable Direction et dessins de la SCAL signé Jean Prouvé, avec la collaboration de Pierre Jeanneret. Daté vers 1940, cet ensemble en matériaux multiples, dont bois, verre et acier, était estimé entre 200 000 et 300 000 €.
ArtisteJean Prouvé (1901-1984)
TypePavillon démontable
Époque / styleVers 1940
MatièreMatériaux multiples dont bois, verre et acier
Autre mentionDirection et dessins de la SCAL
CollaborateurPierre Jeanneret architecte
Estimation200 000 – 300 000 €
Adjudication (frais inclus)N/C
Date de vente26 mars 2024
Lieu de la venteNEO Enchères (Hôtel Drouot)

Fiche de résultat publiée par NEO Enchères à partir du procès-verbal de la vente du 26 mars 2024.

Description réalisée par notre expert


Jean PROUVÉ (1901-1984)

Pavillon démontable Direction et dessins de la SCAL
Système constructif Jean Prouvé, Pierre Jeanneret architecte, Issoire 1940
Matériaux multiples dont bois, verre et acier
Vers 1940

Fiche complète disponible via ce lien :

Rapport d’état disponible sur demande à contact@neo-encheres.com
Nous remercions Christophe Laurent, historien de l’architecture et A.C.A. Architectes & Associés pour leur aimable collaboration.
La vente de cette œuvre a lieu sur désignation. NEO Enchères se tient à votre disposition pour organiser des visites de la maison sur demande à contact@neo-encheres.com le mardi 19 mars 2024.
La vente serait conclue sous condition suspensive du certificat d’exportation.

Le retrait de la maison s’effectuera sur son lieu de stockage, à Issoire (63) en France. Les frais de démontage et remontage sont à la charge de l’acquéreur. A la demande de celui-ci, l’étude NEO Enchères pourra établir un devis de démontage et de remontage.

PAS DE LIVE POUR CE LOT – Afin d’enchérir sur ce lot, veuillez-vous enregistrer auprès de l’étude : contact@neo-encheres.com

NOTICE

Le pavillon de Direction et dessin de la SCAL est une œuvre iconique. Fruit de la  collaboration de Jean Prouvé et Pierre Jeanneret, il matérialise avec force des thèmes  majeurs de l’architecture contemporaine du XXe siècle. Plus de 80 ans après sa création,  il réapparaît dans un état exceptionnel de conservation sous les bardages qui le griment. 

Lorsqu’il sera libéré de son cocon, le pavillon de Direction et dessin constituera une pièce  unique digne des grands musées internationaux. 

L’histoire 

Le pavillon de Direction et dessin faisait partie d’un ensemble de bâtiments  préfabriqués en métal et en bois construits à Issoire (France, Puy-de-Dôme), de mars 1940 à  juin 1941, en marge du chantier de l’usine de la Société centrale des alliages légers (SCAL). 

Le projet de la SCAL fut lancé le 11 novembre 1939 par le ministre de l’Armement  Raoul Dautry et par les principaux fabricants d’alliages alumineux. Il s’inscrivit dans l’intense  effort de réarmement de la France au cours des premiers mois de la guerre. Sa réalisation  s’avérant très urgente, il disposa de moyens considérables. Les architectes Auguste et Gustave  Perret furent désignés par le ministre pour concevoir les édifices en béton armé de l’usine. 

Un second programme apparu quelques semaines après, celui de bâtiments provisoires  destinés à abriter à Issoire une partie du personnel chargé de construire l’usine. Dans les plus  brefs délais, ces bâtiments devaient être conçus, fabriqués et livrés prêts à monter, avec leurs  équipements et le mobilier. L’administrateur-délégué de la SCAL, Jean Matter, fut sans doute  à l’origine de ce projet. Il comptait parmi ses amis Georges Blanchon, un journaliste introduit  dans les milieux des affaires et des arts. Ce dernier connaissait Charlotte Perriand, Pierre  Jeanneret et Jean Prouvé. Ainsi, par l’entremise de Georges Blanchon, la SCAL commanda  aux Ateliers Jean Prouvé la réalisation des bâtiments provisoires. Le 12 décembre 1939,  Georges Blanchon informa Pierre Jeanneret et Le Corbusier que les Ateliers Jean Prouvé leur  confiaient, pour leur compte, l’étude de ces bâtiments. 

Le Corbusier ne contribua pas directement à l’affaire. Pierre Jeanneret dessina seul les  plans architecturaux en appliquant les systèmes de construction de Jean Prouvé. Charlotte  Perriand, jusqu’à son départ pour le Japon le 14 juin 1940, créa des éléments de mobilier.  Pour sa part, outre l’apport décisif de ses ossatures métalliques brevetées en 1939 et 1940,  Jean Prouvé conçut les éléments préfabriqués des pavillons. Il dirigea également la fabrication  des pièces en métal dans son usine de Nancy.

Premier à avoir été élaboré, le pavillon de Direction et dessin fut monté à Issoire dès  mars 1940, à côté de l’entrée de l’usine. D’autres bâtiments furent édifiés avant la défaite de  juin 1940. Le 1er octobre suivant, Georges Blanchon créa le Bureau central de constructions  (BCC) pour poursuivre et achever l’opération, toujours en collaboration avec Jeanneret et  Prouvé. Un second lot de pavillons fut assemblé de février à juin 1941. 

Destinés à une utilisation assez brève, ces bâtiments servirent de nombreuses années.  La plupart ont cependant été détruits, soit après leur désaffection soit par incendie. Dans les  années 1960, quelques tronçons des pavillons d’habitation ont été remontés par des  particuliers sur des terrains privés à l’ouest d’Issoire. Récemment, des galeristes les ont  rachetés et démontés pour les exposer après restauration. 

Le pavillon de Direction et dessin a été acquis en 1958 par Claude Barbat qui l’a  installé en 1962-1963 sur sa propriété issoirienne. Bien qu’il ait par la suite construit sur son  terrain une maison traditionnelle, Claude Barbat a vécu jusqu’à son décès dans le pavillon. 

L’état d’origine 

Les caractéristiques architecturales définitives du pavillon de Direction et dessin apparaissent sur un dessin de Pierre Jeanneret daté du 13 décembre 1939. Elles dérivent  directement des projets « d’écoles volantes » (c’est-à-dire transportables) dessinés par Le  Corbusier et Pierre Jeanneret peu auparavant. Le pavillon s’élève sur un plan carré de  8 mètres de côté. Il possède deux niveaux, un rez-de-chaussée et un demi-étage accessible par  un escalier placé en position quasi centrale. Le rez-de-chaussée accueille un vestibule, des  toilettes, une réserve à charbon et une vaste salle de dessin. Le demi-étage abrite le bureau du  directeur et la salle des dactylographes. La seconde moitié du pavillon est occupée par le  volume toute hauteur de la salle de dessin. Telle une tribune, la salle des dactylographes ouvre  sur ce grand volume. De nombreuses fenêtres percent les façades. 

Le système de construction préfabriquée de Jean Prouvé sous-tend l’architecture du  pavillon. Tout a été pensé pour faciliter le transport puis le montage « à sec » rapide, avec un  minimum de main d’œuvre, d’outils et de moyens de levage. La pièce maîtresse est un  portique central en « V » inversé, réalisé en tubes d’acier et haut de 4,82 mètres. Deux poutres  faîtières fixées sur le portique supportent la toiture en tôles. Les façades extérieures,  partiellement porteuses, reposent sur les poutres de rive du plancher du rez-de-chaussée. Elles  sont rigidifiées par des profilés métalliques. Les cloisons intérieures sont solidarisées par des  couvre-joints en métal. Le plancher du demi-étage s’appuie sur une structure secondaire  portée par le portique et des potelets. Les principaux éléments de l’ossature ainsi que  l’escalier sont en tôles d’acier pliées et soudées. Les façades, les cloisons, les planchers sont  constitués de panneaux « sandwichs » lambrissés de bois avec isolant intérieur. 

L’esthétique épurée se fonde sur le dialogue entre les armatures métalliques et le bois. Le portique, laissé visible, libère et structure l’espace. Le moyen de construction et  l’expression architecturale sont en parfaite adéquation.

L’état actuel 

Le pavillon de Direction et dessin a fait l’objet de plusieurs modifications. En deux  étapes, vers 1941-1945 et à une date indéterminée, l’étage a été agrandi aux dépens du  volume toute hauteur, ce qui entraîné la suppression de fenêtres. Par ailleurs, Claude Barbat a  transformé les cloisons en utilisant des éléments d’origine et des plaques d’isorel. 

En 1962, Claude Barbat a remonté le pavillon sur de hauts piliers maçonnés. Il a pu  ainsi créer un sous-sol semi-enterré. Dans un premier temps, les façades ont été revêtues d’un  film isolant collé à chaud. Dans un second temps, le pavillon a été enveloppé par un bardage  en tôles d’aluminium fixées sur une armature en bois. En outre, les fenêtres ont été  remplacées et une petite extension a été ajoutée devant la façade principale. 

Les modifications n’ont pas détruit d’éléments majeurs et elles sont réversibles. L’état  de conservation est tel que même la peinture d’origine – de couleur vert foncé – recouvre encore la majeure partie des pièces métalliques intérieures. 

La portée historique 

Le pavillon de Direction et dessin de la SCAL est la plus ancienne réalisation  conservée du système de construction à portique intérieur inventé par Jean Prouvé. À partir de  cette première expérimentation, Jean Prouvé développera ses habitations préfabriquées  industrialisables, dont la célèbre Maison tropicale (1949). Toutefois, le pavillon de Direction  et dessin est la seule œuvre de cette série à posséder un étage, ce qui renforce son intérêt. 

Par allusion à la « Machine à habiter » chère à Le Corbusier, le pavillon de Direction  et dessin peut être qualifié de « Mécanique à habiter ». En effet, ce qui frappe le plus dans  cette réalisation, ce sont les solutions techniques de Jean Prouvé, aussi intelligemment  conçues que précisément exécutées, dans l’ensemble comme dans le détail. 

Plus largement, le pavillon de Direction et dessin est un jalon important dans les  recherches sur « l’habitat minimum » industrialisable. Comme d’autres acteurs du  Mouvement moderne, Jean Prouvé et Pierre Jeanneret souhaitaient lutter contre la crise du  logement qui touchait durement les classes populaires. Ils voulaient construire en série et à  moindre coût des habitations décentes. Ils préconisaient donc de recourir à la normalisation et  à la standardisation. En outre, ils pensaient que la préfabrication avec des matériaux « légers »  (bois et métal) pouvait être une réponse adaptée à des situations urgentes ou provisoires. 

Huit décennies après sa création, dans le contexte du dérèglement climatique et d’une  nouvelle pénurie de logements, le pavillon de Direction et dessin de la SCAL s’avère  finalement d’une grande actualité. (Christophe Laurent, historien de l’architecture, février 2024)

Repères biographiques 

Pierre Jeanneret (1896-1967). Après des études d’architecture à l’École des Beaux Arts de Genève, Pierre Jeanneret travailla dans l’agence parisienne des frères Perret.  Il collabora de 1922 à 1940 et après 1950 avec Le Corbusier, son cousin. Parmi ses rares  œuvres strictement personnelles figurent les pavillons de la SCAL à Issoire (avec Jean Prouvé)  et le lycée Jean-Mermoz de Béziers. 

Jean Prouvé (1901-1984). Fils du peintre et sculpteur Victor Prouvé, Jean Prouvé fonda en 1924 à Nancy un atelier de ferronnerie et de métallerie. Il travailla bientôt avec des  architectes du Mouvement moderne pour concevoir et réaliser des éléments architecturaux de  second œuvre en métal. Il créa et fabriqua du mobilier en employant également la tôle d’acier  pliée. Il s’intéressa spécialement au logement « minimum » industrialisable en dessinant et  produisant des maisons préfabriquées, dont la Maison des jours meilleurs (1956). 

« Dès que le soleil paraît ça se dilate, dès que le nuage apparaît le soleil se cache, il y a rétraction. Donc en permanence on entend les mouvements, les bruits de dilatation des  matériaux, de sorte que l’on entend passer les nuages. C’est bien, c’est vivant ! ». 

Claude Barbat (1933-2023)

Repères bibliographiques 

« Centre collectif des ingénieurs de la SCAL à Issoire. Application du système de construction  des Ateliers Jean Prouvé par Pierre Jeanneret, architecte », L’Architecture d’aujourd’hui,  « Solutions d’urgence », n° 2, juillet-août 1945, p. 55 et 58. 

Olivier Cinqualbre, Jean Prouvé bâtisseur, collection Carnets d’architectes, éditions du  Patrimoine, Centre des Monuments nationaux, 2016, 192 p. 

Christophe Laurent, « Les pavillons préfabriqués et équipés de Pierre Jeanneret, Jean Prouvé  et Charlotte Perriand pour la SCAL, Issoire, 1939-1941 », Recherches en Histoire de l’art,  Clermont-Ferrand, n° 1, juin 2002, p. 29-58. 

Peter Sulzer, Jean Prouvé, l’œuvre complète, tome II, 1934-1944, Birkhäuser, 1999, 352 p.,  n° 786, 850 et 854 ; tome III, 1944-1954, Princeton Architectural Press, 2005, 384 p., p. 12- 13 et 344-345.


Le mot de Quentin Charraudeau, président de NEO Enchères

Il est rare, dans la vie d’une étude, de se voir confier une œuvre de cette envergure. Le pavillon démontable de la SCAL est l’une des toutes premières architectures industrialisées de Jean Prouvé, restée près de quatre-vingts ans à l’abri de ses bardages, dans un état de conservation que l’on n’espérait plus. NEO Enchères a été très honorée d’avoir été choisie pour porter cette vente et pour accompagner un objet qui relève autant du patrimoine que du marché de l’art.

La vente a connu un fort retentissement médiatique, bien au-delà du cercle des amateurs de design. Elle a notamment été relayée par The Art Newspaper, La Montagne et Le Journal du Centre, ainsi que par la Gazette Drouot.


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Les ensembles architecturaux de Jean Prouvé attirent l’attention dès lors qu’ils conservent leur cohérence d’origine, leur logique constructive et leurs éléments d’époque. Si vous possédez un pavillon démontable, une structure préfabriquée ou un ensemble comparable, nous pouvons en examiner les caractéristiques et vous aider à en déterminer la valeur avant une mise en vente. Pour cela, il suffit de nous contacter via notre formulaire d’estimation.

Dans ce domaine, l’authenticité, l’état de conservation et la lisibilité des transformations éventuelles pèsent lourd dans l’appréciation. Nous étudions chaque dossier avec attention, en fonction de la rareté, de la documentation disponible et de la place de la pièce dans l’œuvre de l’architecte ; c’est ce qui permet d’approcher au plus juste la cote de Jean Prouvé. Si vous souhaitez faire estimer une pièce comparable, nous restons à votre disposition pour un premier échange confidentiel.