Lithographie n°29 de Pierre Soulages, 1972, épreuve 12/200 signée, adjugée 7 800 € par NEO Enchères

Combien vaut une lithographie de Pierre Soulages ?

Une lithographie originale de Pierre Soulages, signée et numérotée au crayon, s’adjuge le plus souvent entre 6 000 et 14 500 € au marteau, pour une valeur médiane de 9 000 € sur les douze dernières années ; depuis 2024, après la période spéculative de 2020-2022, le niveau courant s’est stabilisé autour de 7 500 €. Le mot « lithographie » recouvre pourtant des objets très différents : une affiche du musée Soulages se vend moins de cent euros, un tirage non signé paru dans une revue autour de 700 €, et une épreuve d’essai de 1957 a dépassé 49 000 €. Ce guide détaille les 43 lithographies numérotées de l’artiste, explique comment les distinguer d’une sérigraphie, d’une eau-forte ou d’une reproduction, et donne les prix observés numéro par numéro.

Combien de lithographies Pierre Soulages a-t-il réalisées ?

Pierre Soulages a créé 43 lithographies numérotées, de la Lithographie n°1 (1957) à la Lithographie n°43 (1995), soit 49 numéros dans le catalogue raisonné de l’œuvre imprimé une fois comptées les variantes (n°7a et 7b, 20a et 20b, 24a et 24b, 32a et 32b). L’œuvre imprimé de Soulages est, selon le musée de Rodez, dix fois moins abondant que son œuvre peint, et la lithographie n’en représente qu’une partie, à côté d’une quarantaine d’eaux-fortes (numérotées en chiffres romains, de I à XLI) et d’une trentaine de sérigraphies.

La référence en la matière est le catalogue Soulages, l’œuvre imprimé de Pierre Encrevé et Marie-Cécile Miessner, publié par la Bibliothèque nationale de France en 2003, réédité en 2011 puis en 2022. Les catalogues de vente citent ses numéros sous la forme « BnF 77 » ou « Encrevé 77 » : la numérotation y est continue et par technique, les eaux-fortes d’abord, puis les lithographies (n°44 à 92), puis les sérigraphies. Un catalogue plus ancien, publié par Yves Rivière en 1974, sert encore de référence aux ventes suisses et allemandes (« Rivière 30 »). Ces deux numérotations ne coïncident pas avec le numéro d’ordre de la lithographie elle-même, ce qui explique bien des confusions dans les descriptions.

Soulages aborde la pierre lithographique en 1957 chez Fernand Mourlot, l’imprimeur de Picasso, Braque et Miró, pour l’éditeur et galeriste Heinz Berggruen. Il y revient par vagues : 1958-1959, 1963-1964, une série dense de douze planches en 1968-1969 pour la Galerie de France, une nouvelle campagne en 1974-1975, puis quelques feuilles jusqu’en 1979. Une dernière lithographie, la n°43, est tirée en 1995 chez Arte (Adrien Maeght) au profit de l’association Arcat Sida. Après 1979, l’artiste, absorbé par l’Outrenoir, délaisse presque la lithographie au profit de quelques sérigraphies.

C’est un travail qui est plus proche de la spontanéité de la peinture, au moins au départ. Mais ensuite, cette spontanéité est remise en question.

Pierre Soulages à propos de la lithographie, entretien avec Pierre Encrevé, BnF, juin 2001

Lithographie, sérigraphie, eau-forte ou affiche : comment les distinguer ?

La différence tient au procédé, et elle se voit à l’œil nu si l’on sait où regarder. Une lithographie est imprimée à plat depuis une pierre calcaire (ou une plaque de zinc) sur laquelle l’artiste a dessiné au crayon gras ou au pinceau ; l’encre reste mince et mate, le papier n’est pas embouti, et le trait conserve le grain velouté de la pierre. Une eau-forte est imprimée en creux depuis une plaque de cuivre mordue à l’acide : la presse écrase le papier humide contre la plaque, ce qui laisse une cuvette en léger relief autour de l’image et une encre chargée, presque en épaisseur, dans les noirs. Une sérigraphie est un pochoir : l’encre passe à travers un écran de soie, se dépose en couches épaisses, mates, aux bords nets, sans grain ni cuvette.

Chez Soulages, chaque technique a sa physionomie. Ses eaux-fortes, tirées chez Lacourière puis Lacourière-Frélaut, jouent des plaques trouées par l’acide et découpées aux contours irréguliers : là où le cuivre est percé, le papier reste vierge et gonflé. Ses lithographies, presque toutes chez Mourlot, montrent des noirs raclés à la spatule qui laissent passer des transparences, et des couleurs franches (bleus, bruns, jaunes) posées en aplats. Ses sérigraphies, imprimées par Michel Caza ou Bernard Frize, exploitent une encre partiellement séchée sur l’écran qui produit des coulures et des manques d’une épreuve à l’autre.

Détail d'une lithographie en couleurs de Pierre Soulages : coulures et raclage de l'encre lithographique
Lithographie en couleurs, détail : les coulures verticales et le raclage du bleu sont dessinés sur la pierre ; l’encre reste mince, le papier plat. Épreuve 52/85 adjugée 6 500 € frais compris par NEO Enchères en décembre 2025.
Détail d'une eau-forte de Pierre Soulages : cuvette en relief et grain de l'aquatinte
Eau-forte, détail : la cuvette marque le bord de la plaque dans le papier, et l’aquatinte donne ce grain brun sablé. Épreuve 92/100 adjugée 12 610 € frais compris par NEO Enchères en mars 2024.
LithographieSérigraphieEau-forteAffiche / offset
ProcédéImpression à plat depuis la pierre (Mourlot, Pons, Arte)Pochoir sur écran de soie (Caza, Frize)Impression en creux depuis le cuivre (Lacourière-Frélaut)Reproduction photomécanique d’une œuvre
Surface de l’encreMince, mate, grain de la pierre visible à la loupeÉpaisse, mate, bords nets, sans grainEn léger relief dans les noirs, grain de l’aquatinteTrame de points régulière visible à la loupe
Relief du papierAucunAucunCuvette autour de l’image, contours souvent irréguliersAucun ; papier souvent brillant ou couché
SignatureAu crayon, en bas à droiteAu crayon, en bas à droiteAu crayon, en bas à droiteImprimée (« signée dans la planche »)
NumérotationAu crayon, 60 à 250 ex.Au crayon, 60 à 300 ex.Au crayon, le plus souvent 100 ex.Absente ou imprimée (« épreuve d’artiste » en offset)
Prix médian observé (épreuve signée)9 000 €8 000 €14 000 €70 € (musée) à 450 € (Munich 1972)
Comparatif des techniques dans l’œuvre imprimé de Pierre Soulages. Prix marteau hors frais, adjudications 2014-2026 (base NEO Enchères).
Sérigraphie n°8 de Pierre Soulages, 1978, aplats bleus mats, pour comparaison avec une lithographie
Sérigraphie n°8 (1978), épreuve 149/150 : bleu posé en couches épaisses et mates, bords francs. Adjugée 10 660 € frais compris par NEO Enchères le 18 juin 2024.
Eau-forte polychrome de Pierre Soulages, épreuve 1/100, cuvette visible autour de l'image
Eau-forte polychrome, épreuve 1/100 : les formes noires et brunes sont mordues dans des plaques aux contours arrondis, la cuvette se lit tout autour. Adjugée 27 300 € frais compris par NEO Enchères le 11 décembre 2023.

Quelles « lithographies de Soulages » circulent sur le marché, et à quel prix ?

Sous une même appellation se vendent au moins six objets de nature et de valeur différentes. Sur 4 800 lots Soulages recensés dans la base de données constituée et vérifiée par NEO Enchères, un lot lithographique sur trois n’est pas une lithographie originale signée. Le tableau ci-dessous les classe du plus recherché au plus courant.

FamilleCe que c’estComment la reconnaîtrePrix marteau courant
Lithographie originale signée et numérotéeTirage limité de la série n°1 à 43, le plus souvent 60 à 115 exemplaires, chez MourlotSignature « Soulages » et fraction au crayon, papier vélin d’Arches ou de Rives, marges6 000-14 500 €, médiane 9 000 €
Épreuve d’artiste, HC, épreuve d’essaiÉpreuves hors numérotation, parfois dédicacées (« pour Fernand Mourlot »)Mention EA, HC, chiffres romains (XXX/XXX) ou « épreuve d’essai » au crayonMédiane 10 000 € contre 8 800 € pour les épreuves numérotées ; les épreuves d’essai de 1957 font les records
Lithographie d’interprétation (Sorlier, 1960)Peinture 1947, reportée sur pierre par Charles Sorlier d’après un tableau, 150 ex. signésSignée et numérotée au crayon, mais titrée « d’après » ; motif d’une peinture connueLe plus souvent 1 500-6 000 €, jusqu’à 12 000 € pour une belle épreuve
Tirage de revue non signéLithographies n°9 (XXe Siècle, 1959), n°17 (Art de France, 1964), n°28 (XXe Siècle, 1970) tirées à 1 500-2 000 ex.Petit format (31 × 24 cm), sans signature ni numéro, souvent détachée d’un volume450-900 €, autour de 600 € en moyenne ; la n°9 et la n°17 un peu au-dessus, la n°28 au-dessous
Affiche tirée des pierres originalesAffiche des Jeux olympiques de Munich 1972 (litho n°29), Berggruen 1958 (litho n°3), Documenta 1964Signature imprimée dans la pierre, texte typographique, grand format (101 × 64 cm)Munich : autour de 450 €, rarement plus de 1 000 €
Affiche du musée Soulages, pochoir JacometReproductions offset 60 × 40 cm vendues en boutique ; planches au pochoir de l’album Berggruen de 1957 (1 500 ex.)Cachet du musée au verso, « épreuve d’artiste » imprimée ; pochoir : petit format sur vélin, « signé dans la planche »Musée : autour de 70 € ; Jacomet : autour de 360 €
Les six familles d’objets vendus comme « lithographie de Pierre Soulages ». Prix marteau hors frais, adjudications 2014-2026, base NEO Enchères.

Deux pièges reviennent sans cesse. Le premier concerne les affiches du musée Soulages : imprimées d’après la Lithographie n°22, la Sérigraphie n°18 ou l’Eau-forte XVI, elles portent une justification imprimée (« épreuve d’artiste », « H.C. ») qui n’a aucune valeur de tirage, et un cachet du musée au verso qui atteste seulement leur provenance de la boutique. Elles sont proposées de plus en plus souvent aux enchères, plusieurs dizaines de lots par an depuis 2024, autour de 70 € et rarement au-delà de 200 €. Le second piège est la Lithographie n°29, créée pour les Jeux olympiques de Munich de 1972 : l’édition signée et numérotée à 200 exemplaires vaut plusieurs milliers d’euros, tandis que l’affiche olympique tirée des mêmes pierres, avec la signature dans la planche, se négocie autour de 450 €, et ses reproductions offset moins encore.

Lithographie d'interprétation de Pierre Soulages exécutée par Charles Sorlier d'après Peinture 1947, imprimée par Mourlot en 1960
Peinture 1947, lithographie en couleurs exécutée par Charles Sorlier d’après un tableau de Soulages et imprimée par Mourlot en 1960, épreuve 44/150 signée au crayon. Signée et numérotée, elle reste une lithographie d’interprétation : le marché la situe le plus souvent entre 1 500 et 6 000 €, loin des planches conçues par l’artiste sur la pierre.

Le répertoire des 43 lithographies : année, tirage, imprimeur et prix observés

Le tableau suivant croise les données du catalogue raisonné et des catalogues de vente (année, tirage numéroté, imprimeur, éditeur) avec les adjudications recensées dans la base de données constituée et vérifiée par NEO Enchères entre 2014 et 2026, après suppression des doublons entre sources. Les prix sont au marteau, hors frais ; le nombre de lots indique la profondeur du marché pour chaque numéro. Un numéro qui n’apparaît que deux ou trois fois en douze ans est rare : sa médiane est indicative, son résultat futur dépendra surtout de l’épreuve présentée.

AnnéeTirage numérotéImprimeur / éditeurLotsMédianeMaximum
1195760Mourlot / Berggruen107 950 €25 000 €
2195760Mourlot / Berggruen1211 900 €30 000 €
31957200 (+ affiche Berggruen 1958)Mourlot / Berggruen437 500 €26 000 €
4195760Pons / Berggruen814 000 €49 000 €
5195760Pons / Berggruen198 200 €39 000 €
6195760Pons / Berggruen1310 000 €33 000 €
7a195730Pons57 250 €40 000 €
81958250Mourlot / Kestner-Gesellschaft, Hanovre346 750 €18 000 €
9195975 signés + tirage de revue (XXe Siècle)Mourlot / XXe Siècle6 (signés)4 500 €12 500 €
10196395Mourlot188 600 €24 000 €
11196365Mourlot / Galerie de France106 900 €25 000 €
121964affiche des Donaueschinger MusiktageDonaueschinger Musiktage8810 €20 800 €
13196465Mourlot85 000 €12 000 €
141964150Mourlot / Hochschule St. Gallen2613 000 €45 120 €
15196465Mourlot / Fingerle, Esslingen89 450 €28 000 €
16196465Mourlot / Documenta, Kassel208 750 €22 000 €
171963-6465 signés + tirage de revue (Art de France)Mourlot / Art de France3 (signés)10 950 €21 675 €
181968114Mourlot / Galerie Arnaud (La peau des choses)158 050 €25 000 €
19196885Mourlot / Galerie de France88 100 €17 000 €
20a196985Mourlot / Fingerle, Esslingen179 500 €22 000 €
21196965Mourlot / Galerie de France159 500 €26 000 €
22196985Mourlot1510 000 €23 040 €
23196985Mourlot / Galerie de France106 750 €35 000 €
24a / 24b196985Mourlot1211 500 €21 000 €
25196985Mourlot109 100 €31 000 €
26196985Mourlot79 500 €17 500 €
27196985Mourlot, Paris / Mourlot, New York177 800 €45 000 €
2819701 500 non signés (XXe Siècle)Mourlot / XXe Siècle66710 €11 000 €
291972200 signés + affiche olympiqueMourlot / Olympia 1972 GmbH11 (signés)5 750 €16 000 €
30197275Mourlot94 800 €9 500 €
31197495Mourlot / Galerie de France216 300 €18 500 €
32a / 32b197495Mourlot198 200 €29 000 €
33197495Mourlot / Galerie de France1311 100 €22 000 €
34197495Mourlot / Galerie de France199 000 €28 000 €
35197495Mourlot188 200 €23 500 €
36197495Mourlot / Galerie de France1510 500 €35 048 €
37197485Mourlot / Fondation L. S. Senghor, Dakar149 750 €25 000 €
38197599 + 30 HCMourlot1910 500 €39 360 €
391977115Mourlot / E. H. Petersen, Copenhague307 100 €20 000 €
401978150 (Vingt-deux poèmes, Jean Cassou)Mourlot22 300 €2 400 €
41197925Mourlot / APIAW, Liège118 700 €20 800 €
42197985Mourlot239 200 €19 500 €
431995100 + XArte / Arcat Sida85 700 €14 000 €
Répertoire des lithographies numérotées de Pierre Soulages. Tirages et imprimeurs d’après le catalogue raisonné (BnF) et les catalogues de vente ; prix marteau hors frais, adjudications 2014-2026, base NEO Enchères. Les n°7b, 20b et 9a-9b n’apparaissent pas assez souvent pour être chiffrés.

Une lecture rapide : les numéros les plus profonds (n°3, n°8, n°39, n°14) sont ceux dont le tirage atteint ou dépasse 150 exemplaires ; ils passent en vente deux à quatre fois par an et forment la référence de prix la plus fiable. Les tirages à 60 exemplaires de 1957 et à 65 exemplaires de 1963-1969 sont rares en salle et volatils : le n°23 varie de 3 500 à 35 000 € selon l’épreuve, le n°27 de 5 000 à 45 000 €.

Graphique : prix médian des lithographies originales de Pierre Soulages par période de création, 1957 à 1995
Les périodes 1957, 1963-64, 1968-69 et 1974-79 se tiennent entre 8 200 et 8 900 € de médiane ; les feuilles de 1970-72 (petit format du n°30, édition signée du n°29) et la n°43 restent en retrait. Base NEO Enchères, 2014-2026, doublons retirés.

1957, les débuts chez Berggruen : n°1 à 7a

Les sept premières lithographies sont éditées par Heinz Berggruen et imprimées chez Mourlot (n°1 à 3), puis chez Jean Pons (n°4 à 7a), en 60 exemplaires seulement, 30 pour la n°7a. Noirs larges sur fond clair, elles prolongent directement la peinture des années 1950 et ce sont elles qui portent les records : 49 000 € pour une épreuve d’essai de la n°4, 40 000 € pour la n°7a, 39 000 € pour une épreuve d’artiste de la n°5. La n°3 fait exception avec 200 exemplaires signés, complétés par une affiche tirée des mêmes pierres pour l’exposition Berggruen de 1958 : c’est la lithographie de 1957 la plus accessible, autour de 7 500 €.

1958-1959 : la n°8 pour Hanovre et la n°9 de la revue XXe Siècle

La Lithographie n°8 (1958), éditée à 250 exemplaires pour la Kestner-Gesellschaft de Hanovre, passe souvent en vente (34 lots) et se stabilise autour de 6 750 €. La n°9 (1959) illustre le paradoxe des tirages de revue : 75 épreuves signées à grandes marges, cotées 4 500 € en médiane, et un tirage non signé de plusieurs milliers d’exemplaires inséré dans le numéro de Noël 1959 de XXe Siècle, qui se négocie le plus souvent entre 800 et 1 500 €.

1963-1964 : couleurs et commandes allemandes, n°10 à 17

Soulages revient chez Mourlot en 1963 avec des planches en couleurs et de grands formats. Plusieurs sont des commandes étrangères : la n°14 pour l’école supérieure de Saint-Gall (150 exemplaires, noir raclé à la spatule), la n°15 pour l’éditeur Fingerle à Esslingen, la n°16 pour la Documenta de Kassel, la n°12 pour les journées musicales de Donaueschingen, dont ne circulent presque que des affiches. La n°14 atteint 45 120 € et affiche la médiane la plus élevée de toute la série, 13 000 €.

1968-1969 : les grandes lithographies pour la Galerie de France, n°18 à 27

Après quatre ans d’interruption, l’artiste réalise douze lithographies en deux ans, la plupart tirées à 85 exemplaires et éditées par la Galerie de France ou par Mourlot lui-même, y compris pour son antenne new-yorkaise (n°27). Ce sont des feuilles de 78 × 56 cm environ, en couleurs (bleu, brun, rouge) ou en noir sur Arches, parfois imprimées à fond perdu sans marge blanche (n°24b). Le marché les place entre 6 750 et 11 500 € de médiane, avec des pointes à 35 000 € (n°23) et 45 000 € (n°27) pour des épreuves parfaites vendues en 2022.

Lithographie en couleurs de Pierre Soulages, épreuve 52/85, bleu et noir, vendue aux enchères par NEO Enchères
Lithographie en couleurs sur papier, 80 × 56 cm, épreuve 52/85 : le tirage à 85 exemplaires est celui des grandes planches de 1969. Estimée 3 000-4 000 € en raison de son état, adjugée 6 500 € frais compris le 16 décembre 2025.
Verso d'une lithographie de Pierre Soulages avec piqûres et traces d'humidité, état à signaler avant la vente
Le verso de la même épreuve : piqûres et auréoles d’humidité. Décrits dans le catalogue, ces défauts ont pesé sur l’estimation sans empêcher l’enchère de doubler la fourchette basse.

1970-1972 : la revue XXe Siècle, la n°30 et Munich

La n°28 est une petite lithographie en noir et brun tirée à 1 500 exemplaires pour le numéro 34 de XXe Siècle (juin 1970) : jamais signée, elle vaut 500 à 1 000 €. La n°30 (1972), petit format carré à 75 exemplaires, se tient autour de 4 800 €. La n°29, commandée pour les Jeux olympiques de Munich, existe en trois états qu’il faut absolument distinguer : l’édition signée et numérotée à 200 exemplaires sur Arches (104 × 70 cm), l’affiche officielle tirée des mêmes pierres avec la signature dans la planche et le texte olympique, puis des rééditions offset. L’édition signée se situe autour de 5 750 € ; NEO Enchères en a adjugé une épreuve 12/200 7 800 € frais compris le 16 décembre 2025. L’affiche, elle, se négocie autour de 450 €.

1974-1979 : la dernière grande campagne, n°31 à 42

En 1974 et 1975, Soulages tire chez Mourlot une dizaine de lithographies à 95 exemplaires, presque toutes éditées par la Galerie de France, puis quelques feuilles de commande : la n°37 pour la fondation Senghor à Dakar, la n°39 pour l’éditeur Petersen à Copenhague (115 exemplaires), la n°40 pour les Vingt-deux poèmes de Jean Cassou, la n°41 pour l’APIAW de Liège, à 25 exemplaires seulement. C’est la période la plus fournie sur le marché (204 lots), avec une médiane de 8 300 € et des maxima entre 20 000 et 39 000 € (n°36, n°38).

1995 : la n°43, dernière lithographie

Seize ans plus tard, Soulages accepte de réaliser une lithographie en trois couleurs, tirée à 100 exemplaires numérotés plus dix en chiffres romains, imprimée chez Arte à Paris au profit d’Arcat Sida. C’est l’une des dernières estampes de l’artiste ; elle se vend entre 5 000 et 7 000 € dans la plupart des cas, 14 000 € au plus haut.

Comment lire la signature, la numérotation et les mentions d’une lithographie de Soulages ?

Soulages signe ses estampes au crayon, de son seul nom, en bas à droite de la feuille, et inscrit la justification en bas à gauche. Ce couple signature-fraction fait la différence entre une estampe originale et une reproduction, mais il faut savoir le lire : chiffres romains, lettres, dédicaces et mentions d’imprimeur ont chacun un sens.

Signature au crayon de Pierre Soulages en bas à droite de la Lithographie n°29, 1972
La signature « Soulages » au crayon, en bas à droite de la Lithographie n°29 (1972) : trait gras, légèrement brillant, qui s’enfonce dans le vélin d’Arches.
Numérotation 12/200 au crayon en bas à gauche de la Lithographie n°29 de Pierre Soulages
La justification « 12/200 » au crayon, en bas à gauche : douzième épreuve d’un tirage de 200. Cette épreuve a été adjugée 7 800 € frais compris par NEO Enchères le 16 décembre 2025.
  1. La fraction en chiffres arabes (46/60, 12/200) désigne le tirage numéroté. Le numérateur ne change rien à la qualité de l’épreuve ni, hors les tout premiers numéros (voir plus bas), à sa valeur : une 46/100 ne vaut pas plus qu’une 92/100. Le dénominateur, lui, compte : 60 exemplaires en 1957, 85 ou 95 dans les années 1970, 200 pour la n°3 et la n°29.
  2. Les chiffres romains (XXX/XXX pour la n°38, VII/X pour la n°43, CL/CCC pour la Sérigraphie n°18) signalent les épreuves hors commerce, réservées à l’artiste, à l’éditeur et aux collaborateurs.
  3. « EA », « épreuve d’artiste », « HC », « épreuve d’essai » désignent des épreuves hors numérotation. Sur le marché, elles se vendent en moyenne au-dessus des épreuves numérotées (10 000 € contre 8 800 € de médiane) et bien au-dessus lorsqu’il s’agit d’une épreuve d’essai de 1957, fréquemment dédicacée « pour Fernand Mourlot ».
  4. La dédicace au crayon (« pour Madeleine », « à Fernand Mourlot ») ajoute une provenance, donc de la valeur, quand elle vise l’imprimeur, l’éditeur ou un proche identifiable.
  5. Le papier est un vélin d’Arches ou de Rives (BFK Rives), parfois filigrané : un papier couché brillant, un carton fin ou un format 60 × 40 cm exact orientent vers l’affiche.
  6. Le catalogue : une description sérieuse cite le numéro Encrevé/Miessner (« BnF 77 ») ou Rivière ; l’absence de référence n’est pas rédhibitoire, mais un « certificat d’authenticité » sans référence bibliographique n’ajoute rien.

Ce que l’expert regarde en premier tient en trois gestes : la feuille à la lumière rasante pour vérifier l’absence de trame et la nature de la signature, le verso pour repérer cachets, étiquettes de galerie et défauts (piqûres, auréoles, amincissements), puis les marges, dont la largeur trahit une éventuelle coupe. Une épreuve rognée aux dimensions de l’image perd une part importante de sa valeur, même signée.

Combien vaut une lithographie de Pierre Soulages en 2026 ?

En 2024-2026, une lithographie originale signée de Soulages s’adjuge le plus souvent entre 5 300 et 9 400 € au marteau, pour une médiane de 7 500 €. Ce niveau est inférieur de plus de moitié à celui de 2022, année de la disparition de l’artiste, où la médiane avait atteint 18 000 €, mais reste supérieur à celui de 2014-2017, entre 3 800 et 6 800 €. NEO Enchères reçoit régulièrement des demandes d’estimation pour des lithographies de Soulages : notre lecture est celle d’un marché qui a connu une période spéculative et qui est revenu à des prix raisonnables et stables. Le graphique suivant retrace cette courbe pour les trois techniques ; la cote d’ensemble de l’artiste, peintures et œuvres sur papier comprises, est détaillée sur notre fiche de cote de Pierre Soulages.

Graphique : évolution du prix médian des lithographies, eaux-fortes et sérigraphies de Pierre Soulages de 2014 à 2026
Le pic de 2022 concerne les trois techniques (18 000 € pour les lithographies, 28 000 € pour les eaux-fortes) ; depuis 2024, les lithographies et sérigraphies se rejoignent entre 6 000 et 7 500 €, les eaux-fortes se maintenant autour de 10 000 €. Base NEO Enchères, 1 792 estampes originales adjugées, doublons retirés.

Pourquoi une telle courbe ? La hausse de 2019-2021 accompagne la rétrospective du Louvre pour le centenaire de l’artiste et la progression générale de ses peintures ; 2022 concentre des ventes spécialisées très médiatisées, où de nombreuses épreuves exceptionnelles (épreuves d’essai, dédicaces à Mourlot) ont été dispersées quelques mois avant et après le décès de Soulages en octobre. Le retour vers 7 500 € qui suit n’est pas un effondrement mais une normalisation : l’offre s’est élargie, les enchérisseurs d’opportunité se sont retirés, et les lithographies courantes retrouvent une valeur cohérente avec leur tirage.

Ce qui fait monter une enchère

La période et le numéro

Les tirages à 60 exemplaires de 1957 et les grandes planches de 1964 et 1969 dominent ; les numéros de 1974-1979 forment le cœur du marché, entre 6 000 et 12 000 €.

La nature de l’épreuve

Une épreuve d’essai ou d’artiste dédicacée à l’imprimeur peut tripler la valeur d’un numéro ; une épreuve de revue non signée le divise par dix.

L’état et les marges

Piqûres, insolation qui jaunit le papier, auréoles, feuille rognée ou collée en plein sur carton : chaque défaut retire une tranche de valeur, et l’exposition prolongée derrière une vitre non filtrante est la première cause de décote.

Les couleurs

Les feuilles en couleurs (bleu, brun, rouge) de 1963-1964 et 1969 sont plus recherchées que les feuilles en noir seul des mêmes années, à tirage égal.

Le format

Les grandes feuilles de 78 × 56 cm et plus se vendent mieux que les petits formats (n°30, n°40, n°43), à période et état comparables.

La qualité du catalogage

Numéro de lithographie, référence BnF, tirage et imprimeur cités : une épreuve bien décrite attire les acheteurs spécialisés et dépasse plus souvent son estimation haute : près de six lithographies adjugées sur dix le font dans notre base.

L’effet du numéro 1 : quand la justification fait l’enchère

Le numéro de l’épreuve n’influe pas sur la qualité du tirage, mais le marché lui prête une valeur symbolique dès qu’il s’agit du premier exemplaire. Dans notre base, une épreuve 1/85 de la Lithographie n°37 (1974) a été adjugée 25 000 € en 2025, quand une autre épreuve du même numéro faisait 5 400 € la même année et que la médiane de ce numéro se situe à 9 750 € ; une épreuve 1/95 de la n°35 a atteint 14 950 € en 2020, contre 6 400 à 13 400 € pour les épreuves voisines vendues en 2019-2020. Nous l’avons constaté en salle : le 11 décembre 2023 à Drouot, une eau-forte polychrome de Soulages portant le numéro 1/100, estimée 10 000-15 000 €, est montée à 27 300 € frais compris, portée par des enchérisseurs qui voulaient précisément la première épreuve. Le phénomène joue surtout sur les tout premiers numéros ; au-delà, la place dans le tirage n’a plus d’effet mesurable.

Deux lithographies de Soulages vendues par NEO Enchères

Le 16 décembre 2025, rue Bargue, une épreuve 12/200 de la Lithographie n°29 (1972) estimée 6 000-8 000 € a été adjugée 7 800 € frais compris, dans la fourchette attendue pour cette édition signée. Le même jour, une lithographie en couleurs, épreuve 52/85, estimée 3 000-4 000 € en raison de piqûres et de traces d’humidité, est montée à 6 500 € frais compris : un état imparfait abaisse l’estimation, il n’empêche pas deux amateurs de se disputer une feuille rare. Nos autres résultats d’estampes de l’artiste, eaux-fortes et sérigraphies, figurent sur la fiche de cote de Pierre Soulages, avec ses peintures et ses œuvres sur papier ; nos cotes d’artistes suivent toutes la même méthode.

Comment vendre une lithographie de Pierre Soulages aux enchères ?

La première étape consiste à identifier précisément l’épreuve : numéro de lithographie, année, tirage, nature de la justification, état. Nos commissaires-priseurs le font gratuitement sur photos, en quelques jours, à partir d’une vue d’ensemble, d’un détail de la signature et de la numérotation, et du verso. Une estimation indicative vous est communiquée ; si vous décidez de vendre, l’œuvre est cataloguée avec ses références (BnF, Rivière), photographiée et présentée dans une vente à Drouot ou rue Bargue, selon sa valeur et le calendrier. Les estampes de Soulages trouvent leurs acheteurs en France, en Allemagne et en Suisse, où l’artiste est collectionné depuis les années 1960 : une diffusion internationale du catalogue compte autant que l’estimation.

Deux réflexes avant de nous contacter : ne décadrez pas vous-même une feuille collée ou ancienne, et ne tentez aucun nettoyage. Une piqûre se traite en atelier ; une gomme mal employée efface une signature au crayon.

Questions fréquentes sur les lithographies de Pierre Soulages

Quelle est la différence entre une lithographie et une sérigraphie de Soulages ?

La lithographie est imprimée à plat depuis une pierre sur laquelle l’artiste a dessiné : l’encre est mince, mate, avec le grain de la pierre. La sérigraphie est un pochoir sur écran de soie : l’encre est déposée en couches épaisses et mates, aux bords nets. Chez Soulages, les lithographies sont imprimées chez Mourlot (1957-1979) et les sérigraphies chez Michel Caza ou Bernard Frize (1973-2008). Les prix médians sont proches, 9 000 € pour une lithographie et 8 000 € pour une sérigraphie signée et numérotée.

Une affiche de Soulages signée dans la planche a-t-elle de la valeur ?

Une signature « dans la planche » est imprimée en même temps que l’image : elle ne vaut pas une signature au crayon. Les affiches du musée Soulages (60 × 40 cm, cachet au verso) se vendent autour de 70 € ; l’affiche des Jeux olympiques de Munich de 1972, tirée des pierres de la Lithographie n°29, autour de 450 € ; les affiches lithographiques anciennes (Berggruen 1958, Documenta 1964) peuvent dépasser 1 000 € en bel état.

Que signifient EA, HC et les chiffres romains sur une estampe de Soulages ?

EA (épreuve d’artiste) et HC (hors commerce) désignent des épreuves tirées en plus de l’édition numérotée, réservées à l’artiste, à l’imprimeur et à l’éditeur. Soulages numérote souvent ces épreuves en chiffres romains (XXX/XXX pour la Lithographie n°38, VII/X pour la n°43). Sur le marché, elles se vendent au-dessus des épreuves numérotées (10 000 € contre 8 800 € de médiane) ; les épreuves d’essai de 1957 dédicacées à Fernand Mourlot ont établi les records de la série.

Qu’est-ce que le numéro BnF ou Encrevé cité dans les catalogues de vente ?

C’est le numéro de l’estampe dans le catalogue raisonné Soulages, l’œuvre imprimé de Pierre Encrevé et Marie-Cécile Miessner (BnF, 2003, réédité en 2011 et 2022). La numérotation est continue par technique : eaux-fortes, puis lithographies (n°44 à 92), puis sérigraphies. La Lithographie n°29 correspond ainsi au n°77 du catalogue. Les ventes suisses et allemandes citent aussi le catalogue Rivière de 1974.

Quelle est la lithographie de Soulages la plus chère ?

Dans les adjudications recensées entre 2014 et 2026, le prix marteau le plus élevé pour une lithographie originale est de 49 000 € pour une épreuve d’essai de la Lithographie n°4 (1957), suivie de la n°14 (1964) à 45 120 € et de la n°27 (1969) à 45 000 €. Ces résultats datent de 2022-2023 ; les mêmes numéros se vendent en 2024-2026 entre 8 000 et 15 000 € pour des épreuves numérotées courantes.

Combien vaut une lithographie de Soulages parue dans la revue XXe Siècle ?

Les lithographies n°9 (1959) et n°28 (1970) ont été tirées par Mourlot à plusieurs milliers d’exemplaires non signés pour la revue de Gualtieri di San Lazzaro, en petit format (31 × 24 cm). Ce sont des lithographies originales, mais sans signature ni numérotation : elles se vendent le plus souvent entre 450 et 900 €, contre 4 500 € en médiane pour les 75 épreuves signées de la n°9.

Faut-il un certificat d’authenticité pour vendre une lithographie de Soulages ?

Non. L’authenticité d’une estampe se juge sur l’épreuve elle-même (procédé, papier, signature, justification) et sur sa concordance avec le catalogue raisonné. Un certificat de galerie ou de marchand est un élément de provenance bienvenu, pas une condition. L’avis d’un commissaire-priseur ou d’un expert en estampes, sur photos puis sur pièce, suffit à cataloguer l’œuvre.