Une lithographie originale de Pierre Soulages, signée et numérotée au crayon, s’adjuge le plus souvent entre 6 000 et 14 500 € au marteau, pour une valeur médiane de 9 000 € sur les douze dernières années ; depuis 2024, après la période spéculative de 2020-2022, le niveau courant s’est stabilisé autour de 7 500 €. Le mot « lithographie » recouvre pourtant des objets très différents : une affiche du musée Soulages se vend moins de cent euros, un tirage non signé paru dans une revue autour de 700 €, et une épreuve d’essai de 1957 a dépassé 49 000 €. Ce guide détaille les 43 lithographies numérotées de l’artiste, explique comment les distinguer d’une sérigraphie, d’une eau-forte ou d’une reproduction, et donne les prix observés numéro par numéro.
L’essentiel
- Pierre Soulages a réalisé 43 lithographies numérotées entre 1957 et 1995 (49 numéros au catalogue raisonné avec les variantes a/b), presque toutes tirées chez Mourlot à Paris, en 60 à 250 exemplaires signés.
- Prix marteau d’une épreuve signée et numérotée : médiane 9 000 €, fourchette courante 6 000-14 500 € (adjudications 2014-2026) ; une épreuve de revue non signée vaut dix fois moins.
- Le marché a culminé en 2022 (médiane 18 000 €) avant de revenir vers 6 500-7 500 € en 2024-2026 : la période de vente pèse autant que le numéro.
- Les valeurs les plus hautes vont aux lithographies de 1957 (n°1 à 7a) et aux grandes planches en couleurs de 1964 et 1969 : records à 49 000 € (n°4), 45 120 € (n°14) et 45 000 € (n°27).
- Affiche « signée dans la planche », impression offset, cachet du musée au verso, tirage à 1 500 exemplaires : ce sont des reproductions, entre 60 et 400 € dans la grande majorité des cas.
Combien de lithographies Pierre Soulages a-t-il réalisées ?
Pierre Soulages a créé 43 lithographies numérotées, de la Lithographie n°1 (1957) à la Lithographie n°43 (1995), soit 49 numéros dans le catalogue raisonné de l’œuvre imprimé une fois comptées les variantes (n°7a et 7b, 20a et 20b, 24a et 24b, 32a et 32b). L’œuvre imprimé de Soulages est, selon le musée de Rodez, dix fois moins abondant que son œuvre peint, et la lithographie n’en représente qu’une partie, à côté d’une quarantaine d’eaux-fortes (numérotées en chiffres romains, de I à XLI) et d’une trentaine de sérigraphies.
La référence en la matière est le catalogue Soulages, l’œuvre imprimé de Pierre Encrevé et Marie-Cécile Miessner, publié par la Bibliothèque nationale de France en 2003, réédité en 2011 puis en 2022. Les catalogues de vente citent ses numéros sous la forme « BnF 77 » ou « Encrevé 77 » : la numérotation y est continue et par technique, les eaux-fortes d’abord, puis les lithographies (n°44 à 92), puis les sérigraphies. Un catalogue plus ancien, publié par Yves Rivière en 1974, sert encore de référence aux ventes suisses et allemandes (« Rivière 30 »). Ces deux numérotations ne coïncident pas avec le numéro d’ordre de la lithographie elle-même, ce qui explique bien des confusions dans les descriptions.
Soulages aborde la pierre lithographique en 1957 chez Fernand Mourlot, l’imprimeur de Picasso, Braque et Miró, pour l’éditeur et galeriste Heinz Berggruen. Il y revient par vagues : 1958-1959, 1963-1964, une série dense de douze planches en 1968-1969 pour la Galerie de France, une nouvelle campagne en 1974-1975, puis quelques feuilles jusqu’en 1979. Une dernière lithographie, la n°43, est tirée en 1995 chez Arte (Adrien Maeght) au profit de l’association Arcat Sida. Après 1979, l’artiste, absorbé par l’Outrenoir, délaisse presque la lithographie au profit de quelques sérigraphies.
C’est un travail qui est plus proche de la spontanéité de la peinture, au moins au départ. Mais ensuite, cette spontanéité est remise en question.
Pierre Soulages à propos de la lithographie, entretien avec Pierre Encrevé, BnF, juin 2001
Lithographie, sérigraphie, eau-forte ou affiche : comment les distinguer ?
La différence tient au procédé, et elle se voit à l’œil nu si l’on sait où regarder. Une lithographie est imprimée à plat depuis une pierre calcaire (ou une plaque de zinc) sur laquelle l’artiste a dessiné au crayon gras ou au pinceau ; l’encre reste mince et mate, le papier n’est pas embouti, et le trait conserve le grain velouté de la pierre. Une eau-forte est imprimée en creux depuis une plaque de cuivre mordue à l’acide : la presse écrase le papier humide contre la plaque, ce qui laisse une cuvette en léger relief autour de l’image et une encre chargée, presque en épaisseur, dans les noirs. Une sérigraphie est un pochoir : l’encre passe à travers un écran de soie, se dépose en couches épaisses, mates, aux bords nets, sans grain ni cuvette.
Chez Soulages, chaque technique a sa physionomie. Ses eaux-fortes, tirées chez Lacourière puis Lacourière-Frélaut, jouent des plaques trouées par l’acide et découpées aux contours irréguliers : là où le cuivre est percé, le papier reste vierge et gonflé. Ses lithographies, presque toutes chez Mourlot, montrent des noirs raclés à la spatule qui laissent passer des transparences, et des couleurs franches (bleus, bruns, jaunes) posées en aplats. Ses sérigraphies, imprimées par Michel Caza ou Bernard Frize, exploitent une encre partiellement séchée sur l’écran qui produit des coulures et des manques d’une épreuve à l’autre.


| Lithographie | Sérigraphie | Eau-forte | Affiche / offset | |
|---|---|---|---|---|
| Procédé | Impression à plat depuis la pierre (Mourlot, Pons, Arte) | Pochoir sur écran de soie (Caza, Frize) | Impression en creux depuis le cuivre (Lacourière-Frélaut) | Reproduction photomécanique d’une œuvre |
| Surface de l’encre | Mince, mate, grain de la pierre visible à la loupe | Épaisse, mate, bords nets, sans grain | En léger relief dans les noirs, grain de l’aquatinte | Trame de points régulière visible à la loupe |
| Relief du papier | Aucun | Aucun | Cuvette autour de l’image, contours souvent irréguliers | Aucun ; papier souvent brillant ou couché |
| Signature | Au crayon, en bas à droite | Au crayon, en bas à droite | Au crayon, en bas à droite | Imprimée (« signée dans la planche ») |
| Numérotation | Au crayon, 60 à 250 ex. | Au crayon, 60 à 300 ex. | Au crayon, le plus souvent 100 ex. | Absente ou imprimée (« épreuve d’artiste » en offset) |
| Prix médian observé (épreuve signée) | 9 000 € | 8 000 € | 14 000 € | 70 € (musée) à 450 € (Munich 1972) |


Le conseil du commissaire-priseur
Passez le doigt, puis la loupe. Une lithographie ne se sent pas sous le doigt et ne montre aucune trame ; une trame de points réguliers signe l’offset, donc l’affiche. Une cuvette en relief signe la taille-douce. Regardez ensuite la signature : au crayon, elle brille légèrement de biais et s’enfonce dans le papier ; imprimée, elle est plate et grise. Enfin, retournez la feuille : un cachet du musée Soulages au verso identifie une affiche de boutique, pas une estampe.
Quelles « lithographies de Soulages » circulent sur le marché, et à quel prix ?
Sous une même appellation se vendent au moins six objets de nature et de valeur différentes. Sur 4 800 lots Soulages recensés dans la base de données constituée et vérifiée par NEO Enchères, un lot lithographique sur trois n’est pas une lithographie originale signée. Le tableau ci-dessous les classe du plus recherché au plus courant.
| Famille | Ce que c’est | Comment la reconnaître | Prix marteau courant |
|---|---|---|---|
| Lithographie originale signée et numérotée | Tirage limité de la série n°1 à 43, le plus souvent 60 à 115 exemplaires, chez Mourlot | Signature « Soulages » et fraction au crayon, papier vélin d’Arches ou de Rives, marges | 6 000-14 500 €, médiane 9 000 € |
| Épreuve d’artiste, HC, épreuve d’essai | Épreuves hors numérotation, parfois dédicacées (« pour Fernand Mourlot ») | Mention EA, HC, chiffres romains (XXX/XXX) ou « épreuve d’essai » au crayon | Médiane 10 000 € contre 8 800 € pour les épreuves numérotées ; les épreuves d’essai de 1957 font les records |
| Lithographie d’interprétation (Sorlier, 1960) | Peinture 1947, reportée sur pierre par Charles Sorlier d’après un tableau, 150 ex. signés | Signée et numérotée au crayon, mais titrée « d’après » ; motif d’une peinture connue | Le plus souvent 1 500-6 000 €, jusqu’à 12 000 € pour une belle épreuve |
| Tirage de revue non signé | Lithographies n°9 (XXe Siècle, 1959), n°17 (Art de France, 1964), n°28 (XXe Siècle, 1970) tirées à 1 500-2 000 ex. | Petit format (31 × 24 cm), sans signature ni numéro, souvent détachée d’un volume | 450-900 €, autour de 600 € en moyenne ; la n°9 et la n°17 un peu au-dessus, la n°28 au-dessous |
| Affiche tirée des pierres originales | Affiche des Jeux olympiques de Munich 1972 (litho n°29), Berggruen 1958 (litho n°3), Documenta 1964 | Signature imprimée dans la pierre, texte typographique, grand format (101 × 64 cm) | Munich : autour de 450 €, rarement plus de 1 000 € |
| Affiche du musée Soulages, pochoir Jacomet | Reproductions offset 60 × 40 cm vendues en boutique ; planches au pochoir de l’album Berggruen de 1957 (1 500 ex.) | Cachet du musée au verso, « épreuve d’artiste » imprimée ; pochoir : petit format sur vélin, « signé dans la planche » | Musée : autour de 70 € ; Jacomet : autour de 360 € |
Deux pièges reviennent sans cesse. Le premier concerne les affiches du musée Soulages : imprimées d’après la Lithographie n°22, la Sérigraphie n°18 ou l’Eau-forte XVI, elles portent une justification imprimée (« épreuve d’artiste », « H.C. ») qui n’a aucune valeur de tirage, et un cachet du musée au verso qui atteste seulement leur provenance de la boutique. Elles sont proposées de plus en plus souvent aux enchères, plusieurs dizaines de lots par an depuis 2024, autour de 70 € et rarement au-delà de 200 €. Le second piège est la Lithographie n°29, créée pour les Jeux olympiques de Munich de 1972 : l’édition signée et numérotée à 200 exemplaires vaut plusieurs milliers d’euros, tandis que l’affiche olympique tirée des mêmes pierres, avec la signature dans la planche, se négocie autour de 450 €, et ses reproductions offset moins encore.

Le répertoire des 43 lithographies : année, tirage, imprimeur et prix observés
Le tableau suivant croise les données du catalogue raisonné et des catalogues de vente (année, tirage numéroté, imprimeur, éditeur) avec les adjudications recensées dans la base de données constituée et vérifiée par NEO Enchères entre 2014 et 2026, après suppression des doublons entre sources. Les prix sont au marteau, hors frais ; le nombre de lots indique la profondeur du marché pour chaque numéro. Un numéro qui n’apparaît que deux ou trois fois en douze ans est rare : sa médiane est indicative, son résultat futur dépendra surtout de l’épreuve présentée.
| N° | Année | Tirage numéroté | Imprimeur / éditeur | Lots | Médiane | Maximum |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 1957 | 60 | Mourlot / Berggruen | 10 | 7 950 € | 25 000 € |
| 2 | 1957 | 60 | Mourlot / Berggruen | 12 | 11 900 € | 30 000 € |
| 3 | 1957 | 200 (+ affiche Berggruen 1958) | Mourlot / Berggruen | 43 | 7 500 € | 26 000 € |
| 4 | 1957 | 60 | Pons / Berggruen | 8 | 14 000 € | 49 000 € |
| 5 | 1957 | 60 | Pons / Berggruen | 19 | 8 200 € | 39 000 € |
| 6 | 1957 | 60 | Pons / Berggruen | 13 | 10 000 € | 33 000 € |
| 7a | 1957 | 30 | Pons | 5 | 7 250 € | 40 000 € |
| 8 | 1958 | 250 | Mourlot / Kestner-Gesellschaft, Hanovre | 34 | 6 750 € | 18 000 € |
| 9 | 1959 | 75 signés + tirage de revue (XXe Siècle) | Mourlot / XXe Siècle | 6 (signés) | 4 500 € | 12 500 € |
| 10 | 1963 | 95 | Mourlot | 18 | 8 600 € | 24 000 € |
| 11 | 1963 | 65 | Mourlot / Galerie de France | 10 | 6 900 € | 25 000 € |
| 12 | 1964 | affiche des Donaueschinger Musiktage | Donaueschinger Musiktage | 8 | 810 € | 20 800 € |
| 13 | 1964 | 65 | Mourlot | 8 | 5 000 € | 12 000 € |
| 14 | 1964 | 150 | Mourlot / Hochschule St. Gallen | 26 | 13 000 € | 45 120 € |
| 15 | 1964 | 65 | Mourlot / Fingerle, Esslingen | 8 | 9 450 € | 28 000 € |
| 16 | 1964 | 65 | Mourlot / Documenta, Kassel | 20 | 8 750 € | 22 000 € |
| 17 | 1963-64 | 65 signés + tirage de revue (Art de France) | Mourlot / Art de France | 3 (signés) | 10 950 € | 21 675 € |
| 18 | 1968 | 114 | Mourlot / Galerie Arnaud (La peau des choses) | 15 | 8 050 € | 25 000 € |
| 19 | 1968 | 85 | Mourlot / Galerie de France | 8 | 8 100 € | 17 000 € |
| 20a | 1969 | 85 | Mourlot / Fingerle, Esslingen | 17 | 9 500 € | 22 000 € |
| 21 | 1969 | 65 | Mourlot / Galerie de France | 15 | 9 500 € | 26 000 € |
| 22 | 1969 | 85 | Mourlot | 15 | 10 000 € | 23 040 € |
| 23 | 1969 | 85 | Mourlot / Galerie de France | 10 | 6 750 € | 35 000 € |
| 24a / 24b | 1969 | 85 | Mourlot | 12 | 11 500 € | 21 000 € |
| 25 | 1969 | 85 | Mourlot | 10 | 9 100 € | 31 000 € |
| 26 | 1969 | 85 | Mourlot | 7 | 9 500 € | 17 500 € |
| 27 | 1969 | 85 | Mourlot, Paris / Mourlot, New York | 17 | 7 800 € | 45 000 € |
| 28 | 1970 | 1 500 non signés (XXe Siècle) | Mourlot / XXe Siècle | 66 | 710 € | 11 000 € |
| 29 | 1972 | 200 signés + affiche olympique | Mourlot / Olympia 1972 GmbH | 11 (signés) | 5 750 € | 16 000 € |
| 30 | 1972 | 75 | Mourlot | 9 | 4 800 € | 9 500 € |
| 31 | 1974 | 95 | Mourlot / Galerie de France | 21 | 6 300 € | 18 500 € |
| 32a / 32b | 1974 | 95 | Mourlot | 19 | 8 200 € | 29 000 € |
| 33 | 1974 | 95 | Mourlot / Galerie de France | 13 | 11 100 € | 22 000 € |
| 34 | 1974 | 95 | Mourlot / Galerie de France | 19 | 9 000 € | 28 000 € |
| 35 | 1974 | 95 | Mourlot | 18 | 8 200 € | 23 500 € |
| 36 | 1974 | 95 | Mourlot / Galerie de France | 15 | 10 500 € | 35 048 € |
| 37 | 1974 | 85 | Mourlot / Fondation L. S. Senghor, Dakar | 14 | 9 750 € | 25 000 € |
| 38 | 1975 | 99 + 30 HC | Mourlot | 19 | 10 500 € | 39 360 € |
| 39 | 1977 | 115 | Mourlot / E. H. Petersen, Copenhague | 30 | 7 100 € | 20 000 € |
| 40 | 1978 | 150 (Vingt-deux poèmes, Jean Cassou) | Mourlot | 2 | 2 300 € | 2 400 € |
| 41 | 1979 | 25 | Mourlot / APIAW, Liège | 11 | 8 700 € | 20 800 € |
| 42 | 1979 | 85 | Mourlot | 23 | 9 200 € | 19 500 € |
| 43 | 1995 | 100 + X | Arte / Arcat Sida | 8 | 5 700 € | 14 000 € |
Une lecture rapide : les numéros les plus profonds (n°3, n°8, n°39, n°14) sont ceux dont le tirage atteint ou dépasse 150 exemplaires ; ils passent en vente deux à quatre fois par an et forment la référence de prix la plus fiable. Les tirages à 60 exemplaires de 1957 et à 65 exemplaires de 1963-1969 sont rares en salle et volatils : le n°23 varie de 3 500 à 35 000 € selon l’épreuve, le n°27 de 5 000 à 45 000 €.

1957, les débuts chez Berggruen : n°1 à 7a
Les sept premières lithographies sont éditées par Heinz Berggruen et imprimées chez Mourlot (n°1 à 3), puis chez Jean Pons (n°4 à 7a), en 60 exemplaires seulement, 30 pour la n°7a. Noirs larges sur fond clair, elles prolongent directement la peinture des années 1950 et ce sont elles qui portent les records : 49 000 € pour une épreuve d’essai de la n°4, 40 000 € pour la n°7a, 39 000 € pour une épreuve d’artiste de la n°5. La n°3 fait exception avec 200 exemplaires signés, complétés par une affiche tirée des mêmes pierres pour l’exposition Berggruen de 1958 : c’est la lithographie de 1957 la plus accessible, autour de 7 500 €.
1958-1959 : la n°8 pour Hanovre et la n°9 de la revue XXe Siècle
La Lithographie n°8 (1958), éditée à 250 exemplaires pour la Kestner-Gesellschaft de Hanovre, passe souvent en vente (34 lots) et se stabilise autour de 6 750 €. La n°9 (1959) illustre le paradoxe des tirages de revue : 75 épreuves signées à grandes marges, cotées 4 500 € en médiane, et un tirage non signé de plusieurs milliers d’exemplaires inséré dans le numéro de Noël 1959 de XXe Siècle, qui se négocie le plus souvent entre 800 et 1 500 €.
1963-1964 : couleurs et commandes allemandes, n°10 à 17
Soulages revient chez Mourlot en 1963 avec des planches en couleurs et de grands formats. Plusieurs sont des commandes étrangères : la n°14 pour l’école supérieure de Saint-Gall (150 exemplaires, noir raclé à la spatule), la n°15 pour l’éditeur Fingerle à Esslingen, la n°16 pour la Documenta de Kassel, la n°12 pour les journées musicales de Donaueschingen, dont ne circulent presque que des affiches. La n°14 atteint 45 120 € et affiche la médiane la plus élevée de toute la série, 13 000 €.
1968-1969 : les grandes lithographies pour la Galerie de France, n°18 à 27
Après quatre ans d’interruption, l’artiste réalise douze lithographies en deux ans, la plupart tirées à 85 exemplaires et éditées par la Galerie de France ou par Mourlot lui-même, y compris pour son antenne new-yorkaise (n°27). Ce sont des feuilles de 78 × 56 cm environ, en couleurs (bleu, brun, rouge) ou en noir sur Arches, parfois imprimées à fond perdu sans marge blanche (n°24b). Le marché les place entre 6 750 et 11 500 € de médiane, avec des pointes à 35 000 € (n°23) et 45 000 € (n°27) pour des épreuves parfaites vendues en 2022.


1970-1972 : la revue XXe Siècle, la n°30 et Munich
La n°28 est une petite lithographie en noir et brun tirée à 1 500 exemplaires pour le numéro 34 de XXe Siècle (juin 1970) : jamais signée, elle vaut 500 à 1 000 €. La n°30 (1972), petit format carré à 75 exemplaires, se tient autour de 4 800 €. La n°29, commandée pour les Jeux olympiques de Munich, existe en trois états qu’il faut absolument distinguer : l’édition signée et numérotée à 200 exemplaires sur Arches (104 × 70 cm), l’affiche officielle tirée des mêmes pierres avec la signature dans la planche et le texte olympique, puis des rééditions offset. L’édition signée se situe autour de 5 750 € ; NEO Enchères en a adjugé une épreuve 12/200 7 800 € frais compris le 16 décembre 2025. L’affiche, elle, se négocie autour de 450 €.
1974-1979 : la dernière grande campagne, n°31 à 42
En 1974 et 1975, Soulages tire chez Mourlot une dizaine de lithographies à 95 exemplaires, presque toutes éditées par la Galerie de France, puis quelques feuilles de commande : la n°37 pour la fondation Senghor à Dakar, la n°39 pour l’éditeur Petersen à Copenhague (115 exemplaires), la n°40 pour les Vingt-deux poèmes de Jean Cassou, la n°41 pour l’APIAW de Liège, à 25 exemplaires seulement. C’est la période la plus fournie sur le marché (204 lots), avec une médiane de 8 300 € et des maxima entre 20 000 et 39 000 € (n°36, n°38).
1995 : la n°43, dernière lithographie
Seize ans plus tard, Soulages accepte de réaliser une lithographie en trois couleurs, tirée à 100 exemplaires numérotés plus dix en chiffres romains, imprimée chez Arte à Paris au profit d’Arcat Sida. C’est l’une des dernières estampes de l’artiste ; elle se vend entre 5 000 et 7 000 € dans la plupart des cas, 14 000 € au plus haut.
Comment lire la signature, la numérotation et les mentions d’une lithographie de Soulages ?
Soulages signe ses estampes au crayon, de son seul nom, en bas à droite de la feuille, et inscrit la justification en bas à gauche. Ce couple signature-fraction fait la différence entre une estampe originale et une reproduction, mais il faut savoir le lire : chiffres romains, lettres, dédicaces et mentions d’imprimeur ont chacun un sens.


- La fraction en chiffres arabes (46/60, 12/200) désigne le tirage numéroté. Le numérateur ne change rien à la qualité de l’épreuve ni, hors les tout premiers numéros (voir plus bas), à sa valeur : une 46/100 ne vaut pas plus qu’une 92/100. Le dénominateur, lui, compte : 60 exemplaires en 1957, 85 ou 95 dans les années 1970, 200 pour la n°3 et la n°29.
- Les chiffres romains (XXX/XXX pour la n°38, VII/X pour la n°43, CL/CCC pour la Sérigraphie n°18) signalent les épreuves hors commerce, réservées à l’artiste, à l’éditeur et aux collaborateurs.
- « EA », « épreuve d’artiste », « HC », « épreuve d’essai » désignent des épreuves hors numérotation. Sur le marché, elles se vendent en moyenne au-dessus des épreuves numérotées (10 000 € contre 8 800 € de médiane) et bien au-dessus lorsqu’il s’agit d’une épreuve d’essai de 1957, fréquemment dédicacée « pour Fernand Mourlot ».
- La dédicace au crayon (« pour Madeleine », « à Fernand Mourlot ») ajoute une provenance, donc de la valeur, quand elle vise l’imprimeur, l’éditeur ou un proche identifiable.
- Le papier est un vélin d’Arches ou de Rives (BFK Rives), parfois filigrané : un papier couché brillant, un carton fin ou un format 60 × 40 cm exact orientent vers l’affiche.
- Le catalogue : une description sérieuse cite le numéro Encrevé/Miessner (« BnF 77 ») ou Rivière ; l’absence de référence n’est pas rédhibitoire, mais un « certificat d’authenticité » sans référence bibliographique n’ajoute rien.
Ce que l’expert regarde en premier tient en trois gestes : la feuille à la lumière rasante pour vérifier l’absence de trame et la nature de la signature, le verso pour repérer cachets, étiquettes de galerie et défauts (piqûres, auréoles, amincissements), puis les marges, dont la largeur trahit une éventuelle coupe. Une épreuve rognée aux dimensions de l’image perd une part importante de sa valeur, même signée.
Combien vaut une lithographie de Pierre Soulages en 2026 ?
En 2024-2026, une lithographie originale signée de Soulages s’adjuge le plus souvent entre 5 300 et 9 400 € au marteau, pour une médiane de 7 500 €. Ce niveau est inférieur de plus de moitié à celui de 2022, année de la disparition de l’artiste, où la médiane avait atteint 18 000 €, mais reste supérieur à celui de 2014-2017, entre 3 800 et 6 800 €. NEO Enchères reçoit régulièrement des demandes d’estimation pour des lithographies de Soulages : notre lecture est celle d’un marché qui a connu une période spéculative et qui est revenu à des prix raisonnables et stables. Le graphique suivant retrace cette courbe pour les trois techniques ; la cote d’ensemble de l’artiste, peintures et œuvres sur papier comprises, est détaillée sur notre fiche de cote de Pierre Soulages.

Pourquoi une telle courbe ? La hausse de 2019-2021 accompagne la rétrospective du Louvre pour le centenaire de l’artiste et la progression générale de ses peintures ; 2022 concentre des ventes spécialisées très médiatisées, où de nombreuses épreuves exceptionnelles (épreuves d’essai, dédicaces à Mourlot) ont été dispersées quelques mois avant et après le décès de Soulages en octobre. Le retour vers 7 500 € qui suit n’est pas un effondrement mais une normalisation : l’offre s’est élargie, les enchérisseurs d’opportunité se sont retirés, et les lithographies courantes retrouvent une valeur cohérente avec leur tirage.
Ce qui fait monter une enchère
La période et le numéro
Les tirages à 60 exemplaires de 1957 et les grandes planches de 1964 et 1969 dominent ; les numéros de 1974-1979 forment le cœur du marché, entre 6 000 et 12 000 €.
La nature de l’épreuve
Une épreuve d’essai ou d’artiste dédicacée à l’imprimeur peut tripler la valeur d’un numéro ; une épreuve de revue non signée le divise par dix.
L’état et les marges
Piqûres, insolation qui jaunit le papier, auréoles, feuille rognée ou collée en plein sur carton : chaque défaut retire une tranche de valeur, et l’exposition prolongée derrière une vitre non filtrante est la première cause de décote.
Les couleurs
Les feuilles en couleurs (bleu, brun, rouge) de 1963-1964 et 1969 sont plus recherchées que les feuilles en noir seul des mêmes années, à tirage égal.
Le format
Les grandes feuilles de 78 × 56 cm et plus se vendent mieux que les petits formats (n°30, n°40, n°43), à période et état comparables.
La qualité du catalogage
Numéro de lithographie, référence BnF, tirage et imprimeur cités : une épreuve bien décrite attire les acheteurs spécialisés et dépasse plus souvent son estimation haute : près de six lithographies adjugées sur dix le font dans notre base.
L’effet du numéro 1 : quand la justification fait l’enchère
Le numéro de l’épreuve n’influe pas sur la qualité du tirage, mais le marché lui prête une valeur symbolique dès qu’il s’agit du premier exemplaire. Dans notre base, une épreuve 1/85 de la Lithographie n°37 (1974) a été adjugée 25 000 € en 2025, quand une autre épreuve du même numéro faisait 5 400 € la même année et que la médiane de ce numéro se situe à 9 750 € ; une épreuve 1/95 de la n°35 a atteint 14 950 € en 2020, contre 6 400 à 13 400 € pour les épreuves voisines vendues en 2019-2020. Nous l’avons constaté en salle : le 11 décembre 2023 à Drouot, une eau-forte polychrome de Soulages portant le numéro 1/100, estimée 10 000-15 000 €, est montée à 27 300 € frais compris, portée par des enchérisseurs qui voulaient précisément la première épreuve. Le phénomène joue surtout sur les tout premiers numéros ; au-delà, la place dans le tirage n’a plus d’effet mesurable.
Deux lithographies de Soulages vendues par NEO Enchères
Le 16 décembre 2025, rue Bargue, une épreuve 12/200 de la Lithographie n°29 (1972) estimée 6 000-8 000 € a été adjugée 7 800 € frais compris, dans la fourchette attendue pour cette édition signée. Le même jour, une lithographie en couleurs, épreuve 52/85, estimée 3 000-4 000 € en raison de piqûres et de traces d’humidité, est montée à 6 500 € frais compris : un état imparfait abaisse l’estimation, il n’empêche pas deux amateurs de se disputer une feuille rare. Nos autres résultats d’estampes de l’artiste, eaux-fortes et sérigraphies, figurent sur la fiche de cote de Pierre Soulages, avec ses peintures et ses œuvres sur papier ; nos cotes d’artistes suivent toutes la même méthode.
Comment vendre une lithographie de Pierre Soulages aux enchères ?
La première étape consiste à identifier précisément l’épreuve : numéro de lithographie, année, tirage, nature de la justification, état. Nos commissaires-priseurs le font gratuitement sur photos, en quelques jours, à partir d’une vue d’ensemble, d’un détail de la signature et de la numérotation, et du verso. Une estimation indicative vous est communiquée ; si vous décidez de vendre, l’œuvre est cataloguée avec ses références (BnF, Rivière), photographiée et présentée dans une vente à Drouot ou rue Bargue, selon sa valeur et le calendrier. Les estampes de Soulages trouvent leurs acheteurs en France, en Allemagne et en Suisse, où l’artiste est collectionné depuis les années 1960 : une diffusion internationale du catalogue compte autant que l’estimation.
Deux réflexes avant de nous contacter : ne décadrez pas vous-même une feuille collée ou ancienne, et ne tentez aucun nettoyage. Une piqûre se traite en atelier ; une gomme mal employée efface une signature au crayon.
Questions fréquentes sur les lithographies de Pierre Soulages
Quelle est la différence entre une lithographie et une sérigraphie de Soulages ?
La lithographie est imprimée à plat depuis une pierre sur laquelle l’artiste a dessiné : l’encre est mince, mate, avec le grain de la pierre. La sérigraphie est un pochoir sur écran de soie : l’encre est déposée en couches épaisses et mates, aux bords nets. Chez Soulages, les lithographies sont imprimées chez Mourlot (1957-1979) et les sérigraphies chez Michel Caza ou Bernard Frize (1973-2008). Les prix médians sont proches, 9 000 € pour une lithographie et 8 000 € pour une sérigraphie signée et numérotée.
Une affiche de Soulages signée dans la planche a-t-elle de la valeur ?
Une signature « dans la planche » est imprimée en même temps que l’image : elle ne vaut pas une signature au crayon. Les affiches du musée Soulages (60 × 40 cm, cachet au verso) se vendent autour de 70 € ; l’affiche des Jeux olympiques de Munich de 1972, tirée des pierres de la Lithographie n°29, autour de 450 € ; les affiches lithographiques anciennes (Berggruen 1958, Documenta 1964) peuvent dépasser 1 000 € en bel état.
Que signifient EA, HC et les chiffres romains sur une estampe de Soulages ?
EA (épreuve d’artiste) et HC (hors commerce) désignent des épreuves tirées en plus de l’édition numérotée, réservées à l’artiste, à l’imprimeur et à l’éditeur. Soulages numérote souvent ces épreuves en chiffres romains (XXX/XXX pour la Lithographie n°38, VII/X pour la n°43). Sur le marché, elles se vendent au-dessus des épreuves numérotées (10 000 € contre 8 800 € de médiane) ; les épreuves d’essai de 1957 dédicacées à Fernand Mourlot ont établi les records de la série.
Qu’est-ce que le numéro BnF ou Encrevé cité dans les catalogues de vente ?
C’est le numéro de l’estampe dans le catalogue raisonné Soulages, l’œuvre imprimé de Pierre Encrevé et Marie-Cécile Miessner (BnF, 2003, réédité en 2011 et 2022). La numérotation est continue par technique : eaux-fortes, puis lithographies (n°44 à 92), puis sérigraphies. La Lithographie n°29 correspond ainsi au n°77 du catalogue. Les ventes suisses et allemandes citent aussi le catalogue Rivière de 1974.
Quelle est la lithographie de Soulages la plus chère ?
Dans les adjudications recensées entre 2014 et 2026, le prix marteau le plus élevé pour une lithographie originale est de 49 000 € pour une épreuve d’essai de la Lithographie n°4 (1957), suivie de la n°14 (1964) à 45 120 € et de la n°27 (1969) à 45 000 €. Ces résultats datent de 2022-2023 ; les mêmes numéros se vendent en 2024-2026 entre 8 000 et 15 000 € pour des épreuves numérotées courantes.
Combien vaut une lithographie de Soulages parue dans la revue XXe Siècle ?
Les lithographies n°9 (1959) et n°28 (1970) ont été tirées par Mourlot à plusieurs milliers d’exemplaires non signés pour la revue de Gualtieri di San Lazzaro, en petit format (31 × 24 cm). Ce sont des lithographies originales, mais sans signature ni numérotation : elles se vendent le plus souvent entre 450 et 900 €, contre 4 500 € en médiane pour les 75 épreuves signées de la n°9.
Faut-il un certificat d’authenticité pour vendre une lithographie de Soulages ?
Non. L’authenticité d’une estampe se juge sur l’épreuve elle-même (procédé, papier, signature, justification) et sur sa concordance avec le catalogue raisonné. Un certificat de galerie ou de marchand est un élément de provenance bienvenu, pas une condition. L’avis d’un commissaire-priseur ou d’un expert en estampes, sur photos puis sur pièce, suffit à cataloguer l’œuvre.
Vous possédez une lithographie de Pierre Soulages ?
Envoyez-nous une photo de l’œuvre, de la signature, de la numérotation et du verso : nos commissaires-priseurs identifient le numéro, le tirage et l’état de votre épreuve, et vous communiquent une estimation gratuite et confidentielle.
