Collier Atelier Georges Lenfant en or jaune 18 carats à mailles torsadées en chute, poinçon GL, adjugé par NEO Enchères

Bijoux Georges Lenfant : comment reconnaître, dater et estimer une pièce de l’atelier ?

Un bijou Georges Lenfant se reconnaît à un petit losange frappé dans l’or : les lettres G et L de part et d’autre d’un dé à emboutir surmonté d’une aile d’oiseau. Derrière ce poinçon de maître, un atelier parisien du 47 rue des Petits-Champs qui a fabriqué, de 1899 à la fin du XXe siècle, une part considérable des chaînes et des bracelets vendus par Cartier, Van Cleef & Arpels, Hermès, Boucheron ou Mauboussin. Le nom Lenfant n’apparaît presque jamais sur la pièce, mais le poinçon change tout à l’expertise : sur les 888 adjudications observées par NEO Enchères entre 2014 et 2026, une pièce en or portant ce poinçon s’adjuge en médiane 8 000 € marteau, et une chaîne GL vaut en 2026 plus de 200 € par gramme d’or, loin au-dessus du simple poids de métal.

Ce guide rassemble ce qu’un commissaire-priseur regarde pour expertiser un bijou Georges Lenfant : l’histoire de l’atelier et de ses deux générations, la lecture du poinçon, les maisons pour lesquelles il travaillait et à quelles conditions, le vocabulaire des mailles qui fait sa signature, puis les prix, modèle par modèle.

Qui était Georges Lenfant, et pourquoi son nom n’apparaît-il presque jamais sur les bijoux ?

Georges Lenfant était un fabricant de chaînes et de bijoux d’or, ce que la profession appelle un façonnier : il travaillait pour les grandes maisons de la rue de la Paix et de la place Vendôme, qui vendaient ses pièces sous leur propre signature. C’est la règle du métier parisien depuis le XIXe siècle. La maison dessine ou commande, l’atelier exécute, la pièce reçoit le nom du vendeur et le poinçon du fabricant. Le client final n’a jamais entendu parler de Lenfant ; le commissaire-priseur, lui, cherche son losange en premier.

Né le 20 décembre 1872 dans une famille de boîtiers, Georges Lenfant fait son apprentissage chez Cauvain, passe par la vente chez Boucheron et remporte le Prix Boucheron en 1890. Il s’installe en 1899 avec un associé, Ernest Duparc, sous le poinçon DL, puis insculpe en 1909 le poinçon GL qui nous intéresse, à l’adresse du 47 rue des Petits-Champs. Dès 1908, il dépose une chaîne pour Cartier et devient le chaîniste attitré de la maison : sautoir à pompon de perles en 1910, bouledogues de quartz fumé en 1912, bracelet d’améthystes vers 1925 aujourd’hui conservé au British Museum, dont la notice décrit l’atelier comme un fournisseur important de chaînes et de bracelets d’or pour de nombreuses maisons. Il siège au conseil de la Chambre syndicale dès 1903 et rachète en 1927 la société Gustave Sandoz, dont Gérard Sandoz reste directeur artistique jusqu’en 1938 : les bijoux « modernes » signés Sandoz de ces années sortent donc de l’atelier Lenfant.

Son fils Jacques entre à l’atelier en 1915, à onze ans, suit l’École des Arts décoratifs jusqu’en 1924, est prisonnier de guerre de 1939 à 1945 et prend la présidence de la société en 1945, à la mort de son père. Il la conduit jusqu’en 1996. C’est lui qui développe les grands tissus d’or des années 1950-1970 pour Hermès, Van Cleef & Arpels ou Mauboussin, lui qui dépose les brevets de mailles pressées, lui encore qui écrit les deux ouvrages de référence du métier, Bijouterie-Joaillerie (1979) et Le Livre de la chaîne (1996). Le Grand Prix des métiers d’art du président de la République, reçu en 1980, donne naissance au Prix Jacques Lenfant, toujours décerné aux jeunes bijoutiers par la profession.

Après lui, la société historique est administrée par la famille Brasier jusqu’à sa radiation en 2003. Une nouvelle société au nom de Georges Lenfant a été créée en 1998 par un atelier parisien et la marque a été déposée en 2024 : les pièces qui sortiraient sous ce nom aujourd’hui n’ont rien à voir avec la production historique, et l’expertise doit en tenir compte.

Un atelier, deux générations : la chronologie utile à l’expertise

PériodeCe qui se passeConséquence pour l’expert
1899-1909Duparc & Lenfant, poinçon DLUne pièce DL est antérieure à 1909 ; rare
1909Insculpation du poinçon GL (dé à emboutir et aile), 47 rue des Petits-ChampsLe losange GL couvre toute la suite de l’activité
1908-années 1970Chaîniste de CartierChaînes, sautoirs, colliers de perles montés sur or GL
1927-1938Rachat de Gustave Sandoz, direction artistique de Gérard SandozDes bijoux Art moderne signés Sandoz portent le GL
1939Biffage du poinçon lors de la transformation en société anonymeRéinsculpation probable au même dessin, non documentée en ligne
1945-1996Jacques Lenfant préside l’atelier, sans poinçon propreLe GL seul ne distingue pas le père du fils : datation par le style, le numéro et l’écrin
Années 1950-1970Tissus d’or pour Hermès, Van Cleef & Arpels, Mauboussin, Boucheron, Fred, TiffanyLe cœur du marché actuel
1970-1972Brevet du fil pressé « relief surfacé diamant », collection OpticalLes bijoux cinétiques de Jacques Lenfant
1996-2003Mort de Jacques, gestion Brasier, radiationFin de la production historique
Repères établis par les recherches d’archives publiées (état civil, registres de la Garantie, brevets) ; les dates « 1894-1968 » ou « 1899-1979 » qui circulent en ligne sont fausses.

Comment reconnaître le poinçon Georges Lenfant ?

Le poinçon Georges Lenfant est un losange horizontal dans lequel les lettres G et L encadrent un dé à emboutir, ce bloc d’acier cannelé sur lequel le bijoutier bossèle la tôle, surmonté d’une aile d’oiseau. Les registres de la Garantie et le British Museum l’ont longtemps décrit comme un « dé à jouer », erreur corrigée depuis par les recherches d’archives : il s’agit bien d’un outil d’atelier, clin d’œil au métier. Nos propres catalogues le transcrivent « G, un dé à emboutir, une aile, L ».

Sautoir Georges Lenfant en ors blanc et jaune à mailles pincées et rondes, poinçon de maître GL
Sautoir en deux ors à mailles pincées et rondes, 55 g, 84 cm, poinçon GL seul, sans signature de maison : estimé 1 200-1 600 €, adjugé 2 990 € frais compris par NEO Enchères à Drouot en octobre 2023.
Détail des mailles pincées et rondes d'un sautoir Georges Lenfant en deux ors
L’alternance de barrettes cannelées et d’anneaux ronds, en or gris et or jaune : chaque maillon est fini à la main, ce qui distingue une chaîne d’atelier d’une chaîne industrielle.

Le poinçon se cherche sur le fermoir, sur le revers d’un maillon terminal, sur la bélière d’un pendentif ou sur l’épingle d’une broche. Il est minuscule, souvent partiellement effacé par l’usure ou par une réparation, et il faut une loupe à fort grossissement pour distinguer le dé de l’aile. Trois erreurs reviennent dans les descriptions : l’ancre (confusion avec la Chaîne d’ancre Hermès), le marteau ou l’enclume (le dé à emboutir mal lu), et les lettres « GLF » (elles n’existent pas). Un vendeur qui décrit une ancre dans le losange n’a pas regardé la pièce.

Ce que le poinçon dit, et ce qu’il ne dit pas

Le losange GL certifie le fabricant, rien de plus. Il ne dit pas si la pièce a été faite sous Georges (avant 1945) ou sous Jacques (1945-1996), puisque le fils a conservé le poinçon du père jusqu’au bout. Il ne dit pas non plus pour qui elle a été faite : c’est la signature de la maison, gravée à côté, qui le révèle. D’où trois situations bien distinctes pour l’expert.

1. Signature de maison + numéro + GL

Le cas le plus sûr et le plus recherché. « Hermès Paris » suivi d’un numéro et du losange GL, ou « VCA » numéroté avec le GL, désigne une commande de la maison exécutée par Lenfant. La pièce se vend sous les deux noms.

2. Poinçon GL seul

Une pièce vendue sous le nom Lenfant ou par un détaillant qui ne signait pas. Les catalogues l’inscrivent « Georges Lenfant, poinçon de maître ». Elle vaut le tissu d’or et le savoir-faire, sans la prime de marque.

3. Style Lenfant sans poinçon

Une simple attribution stylistique, fréquente sur les chaînes d’ancre en or : d’autres ateliers ont fabriqué le modèle. Elle s’écrit « attribué à » et se paie, en médiane, moins de la moitié d’une pièce poinçonnée.

Pour quelles maisons l’atelier Lenfant a-t-il travaillé, et à quelles conditions ?

L’atelier Lenfant a travaillé pour toutes les grandes maisons parisiennes et pour plusieurs maisons étrangères, sur un modèle de sous-traitance qui n’a pas changé en un siècle : la maison passe commande d’un modèle, souvent dessiné par son bureau de création, parfois proposé par l’atelier ; Lenfant fabrique, poinçonne et livre ; la maison grave sa signature et son numéro d’inventaire, puis vend dans sa boutique. La même maille pouvait ainsi être livrée à plusieurs clients sous des noms différents : la maille paillette se retrouve signée Fred, Boucheron, Mauboussin, Chaumet ou O.J. Perrin, et sans signature du tout.

Ces collaborations sont documentées par les archives des maisons, par les pièces elles-mêmes (signature et poinçon côte à côte), par les brevets et par les publications de Jacques Lenfant. Le tableau ci-dessous s’en tient à ce qui est établi ; les noms qui circulent sans preuve (Harry Winston, Buccellati, Piaget hors quelques montres, David Webb) restent en dehors.

MaisonCe que Lenfant fabriquaitPériodePrix marteau médian observé (pièces en or)
CartierChaînes et sautoirs dès 1908, colliers de perles montés, bracelet d’améthystes 1925 (British Museum), colliers tissu polonais, parure Bergame, collier « chapelet », bracelet T’ang1908-années 197010 200 €
Van Cleef & ArpelsChaînes, collier « cheveux d’ange » vers 1955, pendentifs zodiaque, broches animalières, bracelets Optical « Mikado »années 1950-197010 000 €
HermèsChaîne d’ancre en or, Vendôme, Orvet, passementerie, broches plume et animaux, boutons de manchette, montresannées 1950-19706 250 € (broches et boutons compris)
BoucheronBracelet Palmettes vers 1945, mailles paillette1945-années 19708 000 €
MauboussinCollier Cheops, manchettes tissu polonais, mailles paillette, motifs cubiquesannées 1950-19707 800 €
FredParures paillette, pendentif Équitation, bracelets passementerieannées 1960-19707 875 €
O.J. PerrinBracelets paillette bicolores, pendentifs en repoussé, colliers à transformationannées 1960-19706 050 €
Tiffany & Co.Bracelets gourmette texturés, brevets de dessin américains déposés en 1959 au nom de Georges Lenfant1959-années 1970Ventes surtout hors de France
Mellerio, Chaumet, Marchak, Gübelin, Bulgari, RolexChaînes, bracelets, quelques montres à boîtier et bracelet d’or (Rolex, Gübelin, Chaumet avec Chopard)années 1950-1970De 4 600 € (Mellerio) à plusieurs dizaines de milliers d’euros (montres Rolex)
Lacloche, Sandoz, Verger FrèresBracelets vers 1930 pour Lacloche ; bijoux Art moderne Sandoz (1927-1938) ; reprise de Verger Frères après-guerre ou en 1980 selon les sources1927-1980Peu de passages en vente
Médianes calculées sur la base de résultats constituée et vérifiée par NEO Enchères (2014-2026), prix marteau hors frais, pièces en or non attribuées. Les lignes Hermès incluent les petites broches et boutons de manchette, ce qui abaisse la médiane ; les bracelets Chaîne d’ancre en or se situent autour de 21 000 €.

Hermès et la Chaîne d’ancre : ce que Lenfant a fait, et ce qu’il n’a pas fait

Contrairement à ce qu’affirment de nombreuses notices, Georges Lenfant n’a pas créé la Chaîne d’ancre. Le modèle est dessiné par Robert Dumas en 1938 et déposé le 3 mars de cette année ; le premier exemplaire, en argent, sort de l’atelier de Gaëtan de Percin, qui reste le fabricant historique des versions en argent. Lenfant intervient plus tard, dans les années 1950 à 1970, pour les versions en or : bracelets et colliers à maillons polis, perlés, torsadés ou tressés, le sautoir Chaîne d’ancre tressée, le bracelet Vendôme à maille marine tressée, le bracelet Orvet à maille brique, le collier passementerie de 1962, sans oublier les broches nœud marin, les broches plume et le bestiaire de la maison (faons, chiens, chevaux).

Collier chaîne d'ancre Hermès en or jaune dans son écrin, poinçon Gaëtan de Percin
Le même modèle, l’autre atelier : collier Chaîne d’ancre Hermès en or, 86 g, poinçon de Gaëtan de Percin, vers 1990, adjugé 22 100 € frais compris par NEO Enchères à Drouot en novembre 2024. Le fermoir bâtonnet et la maille marine sont identiques ; seul le losange du fabricant les distingue.

Sur une pièce Hermès, lisez donc les trois marques ensemble : la signature « Hermès Paris », le numéro gravé et le poinçon du fabricant. Le losange GL désigne une fabrication Lenfant, le losange de De Percin une fabrication De Percin, deux ateliers qui se sont succédé ou partagé le modèle selon les périodes et les métaux. Un bracelet Chaîne d’ancre en or sans aucun losange lisible relève de l’attribution stylistique, quelle que soit la qualité de la maille. Les repères de prix propres à la maison sont détaillés sur notre page estimation des bijoux Hermès.

Dans la base de résultats de l’étude, les bracelets Chaîne d’ancre Hermès en or poinçonnés GL s’adjugent en médiane 21 000 € marteau (fourchette courante 15 600 à 25 000 €), les bracelets Vendôme 14 800 € (9 500 à 20 550 €), les colliers autour de 20 700 €. Les broches plume et les broches animalières se situent entre 3 000 et 6 000 €, les boutons de manchette autour de 2 000 €. Les modèles en argent de la maison, eux, restent très loin en dessous : quelques centaines d’euros pour un bracelet courant. Pour une lecture modèle par modèle (Chaîne d’ancre, Vendôme, Farandole, broches), notre page consacrée à l’estimation des bijoux Hermès complète ce guide.

Cartier et Van Cleef & Arpels : la haute joaillerie qui commande ses chaînes

Chez Cartier, la relation commence en 1908 avec une chaîne déposée et se poursuit jusqu’aux années 1970 : colliers de perles montés, sautoirs à maillons ajourés, colliers de tissu polonais des années 1960 livrés à Cartier Londres, parure Bergame à maillons gourmette sertis, bracelet T’ang à maillons bombés et disques d’onyx. Les pièces Cartier poinçonnées GL atteignent régulièrement 20 000 à 40 000 € marteau quand elles sont signées et numérotées, et leur prix au gramme (environ 200 €) double celui d’une chaîne GL sans signature.

Chez Van Cleef & Arpels, Lenfant fabrique les chaînes, les pendentifs zodiaque des années 1970 (médiane 10 600 € marteau), les broches oiseau, le pendentif Lion de Persépolis et surtout le collier « cheveux d’ange » vers 1955, une collerette de fils d’or articulés retenant une ligne de diamants : le modèle est référencé dans le catalogue de la maison publié par les Arts Décoratifs en 2013 et détient les plus hauts prix du corpus, avec trois adjudications à 50 000 € marteau ou plus entre 2021 et 2026. Van Cleef & Arpels affiche le prix au gramme le plus élevé de toutes les maisons clientes, autour de 250 €.

Boucheron, Mauboussin, Fred, O.J. Perrin : la maille paillette pour tous

Pendentif Georges Lenfant pour O.J. Perrin en or jaune, déesse égyptienne au scorpion travaillée au repoussé
Pendentif rectangulaire en or jaune, déesse égyptienne sommée d’un scorpion en bas-relief au repoussé, marque OJP gravée au revers et poinçon GL, 19 g : estimé 1 000-1 200 €, adjugé 3 770 € frais compris par NEO Enchères en novembre 2024.
Écrin O.J. Perrin en cuir orangé contenant un pendentif Georges Lenfant
L’écrin du détaillant confirme le circuit commercial : Lenfant fabrique, O.J. Perrin vend sous sa marque. Un écrin d’origine ajoute rarement plus de quelques pour cent au prix, mais il sécurise l’attribution.

Les maisons de la deuxième couronne, Boucheron, Mauboussin, Fred, O.J. Perrin, Mellerio, ont surtout commandé à Lenfant ses mailles paillette, ces gourmettes ovales texturées en un, deux ou trois ors, montées en bracelets rubans, colliers et sautoirs. Les mailles paillette s’adjugent en médiane 10 200 € marteau (6 500 à 16 500 €), avec des parures complètes qui dépassent 40 000 €. Le bracelet Palmettes de Boucheron vers 1945, à maille feuillagée, est la pièce la plus ancienne de cette famille encore régulièrement en vente, au-dessus de 13 000 €.

Qu’est-ce qui fait le style Lenfant ? Les mailles et les « tissus d’or »

Le style Lenfant tient dans une idée : traiter l’or comme une étoffe. Les grands rubans souples des années 1950-1970 sont nommés d’après des tissus, polonais, milanais, serge, vannerie, et se travaillent comme eux, par tressage, tissage puis pressage de fils d’or pour obtenir un relief régulier qui accroche la lumière. Jacques Lenfant a codifié ce vocabulaire dans Le Livre de la chaîne, publié en 1996 à la demande de la Chambre syndicale, et les maisons de ventes continuent de s’y référer pour nommer les mailles. Le terme « maille Lenfant » que l’on lit parfois n’existe pas dans cette nomenclature.

Collier Atelier Georges Lenfant en or jaune à mailles torsadées en chute, porté sur buste
Collier de l’atelier Georges Lenfant à mailles torsadées en chute, fermoir à cliquet triplement godronné, 179 g d’or : estimé 7 000-10 000 €, adjugé 18 200 € frais compris par NEO Enchères à Drouot en mars 2024.

Ce collier résume la manière de l’atelier : une torsade classique dans son principe, mais montée en chute, c’est-à-dire avec des maillons dont le calibre augmente vers le centre, et un fermoir travaillé comme un bijou à part entière. Le poids, 179 g, est celui d’une pièce de commande : la torsade creuse des chaînistes industriels pèse trois fois moins pour un volume équivalent. C’est ce rapport entre le volume apparent, le poids réel et la finition qui fait monter les enchères bien au-delà de la valeur de l’or.

Maille ou tissuCe que c’estOù on la trouveSur le marché
Tissu polonaisFils d’or tissés puis pressés en relief ; la variante « pressé Empire relief » forme des pointes en quinconceColliers rubans Cartier années 1960, manchettes Mauboussin, colliers Ruban LenfantMédiane 12 000 €
MilanaisTissage serré de fils spiralés, souple comme un rubanBracelets rubans, collection OpticalRare
Serge, vannerieTissages en diagonale ou entrecroisés, imitant l’étoffe ou l’osierBracelets manchettes des années 1960Rares
Maille pailletteGourmette ovale à maillons plats texturés, souvent en deux ou trois orsFred, Boucheron, Mauboussin, Chaumet, O.J. Perrin, pièces GL seulesMédiane 10 200 €
Maille tresséeFils pliés et tressés en chevrons ; c’est la Chaîne d’ancre tressée et le sautoir HermèsHermès, CartierLa plus fréquente
Maille marineMaillons ovales à barrette centrale, la maille des chaînes d’ancreHermès Vendôme, Hermès Chaîne d’ancre orFréquente
Maille briqueMaillons rectangulaires imbriqués comme un appareil de briquesHermès OrvetTrès rare en vente
TorsadeBrins d’or enroulés, souvent montés en chutePièces GL seules, CartierFréquente
Cheveux d’angeChute de fils d’or fins articulés formant une colleretteVan Cleef & Arpels vers 1955Au-delà de 50 000 €
Médianes marteau hors frais, base NEO Enchères 2014-2026, pièces en or non attribuées.

Deux détails de fabrication distinguent une pièce d’atelier : les fermoirs dissimulés, crochet ou cliquet caché dans un maillon avec huit de sécurité, et la transformation. Beaucoup de colliers Lenfant se divisent en deux bracelets, un sautoir se porte en ras-de-cou et bracelet, un pendentif dissimule sa bélière pour devenir broche. Ces mécanismes, invisibles au premier regard, sont un argument de vente que l’expert vérifie systématiquement.

Jacques Lenfant, la collection Optical et le bijou cinétique

Jacques Lenfant est le seul chaîniste français à avoir déposé un brevet pour une maille cinétique. Le brevet français de 1970-1972 protège un « pur fil pressé relief surfacé diamant », un tissu d’or dont les facettes jouent avec la lumière en fonction de l’angle, dans l’esprit de l’art optique de la décennie. Il en tire la collection Optical : bracelets et montres Fin de vagues, Longueurs d’onde, Sinusoïdes, Cercles décalés, Tournesol, Éventail, livrés sous le poinçon GL à Van Cleef & Arpels (Mikado, Op’Art Vagues), à Bulgari (Cercles décalés) et à Rolex pour une dizaine de montres à boîtier et bracelet d’or Tournesol ou Fin de vagues. Ces pièces des années 1970 s’adjugent entre 15 000 et 50 000 € marteau selon la maison et l’état, les montres Rolex en tête.

Broche pendentif lion en or jaune ciselé et amati, probablement Jacques Lenfant, poinçon d'atelier Georges Lenfant
Broche pendentif lion en or ciselé et amati, yeux en émeraudes navette, travail vers 1960, poinçon d’atelier Georges Lenfant partiellement effacé, 31 g : estimée 2 500-5 000 €, adjugée 8 710 € frais compris par NEO Enchères à Drouot en mars 2026.
Profil de la broche lion Lenfant montrant la bélière escamotable au revers
Le revers intègre un système qui escamote la bélière : la pièce se porte en broche ou en pendentif. Le catalogue la donne « probablement Jacques Lenfant, avec le poinçon d’atelier Georges Lenfant », formule qui dit exactement ce que le poinçon permet d’affirmer.

Le bestiaire ciselé des années 1960 (lions, faons, oiseaux, chiens) relève de la même main : un travail d’amati et de ciselure très poussé sur des volumes pleins, avec des yeux en pierres fines. Les catalogues l’attribuent à Jacques Lenfant par le style et la période, tout en rappelant que le poinçon reste celui de l’atelier de son père. Sur cette broche, la formule prudente n’a pas freiné les enchères : le lot a triplé son estimation basse.

Comment dater et documenter un bijou Lenfant avant de le vendre ?

Le poinçon seul ne date pas une pièce Lenfant. Pour la situer, l’expert croise six indices, du plus sûr au plus interprétatif ; aucun ne suffit isolément, mais leur convergence permet d’écrire « années 1960 » ou « vers 1970 » avec une marge raisonnable.

1. Le poinçon de fabricant

Losange GL avec dé à emboutir et aile : fabrication Lenfant, entre 1909 et 1996. Losange DL : avant 1909. Aucun losange lisible : attribution stylistique seulement.

2. La signature et le numéro

« Hermès Paris », « Cartier », « VCA », « Mauboussin » gravés avec un numéro d’inventaire. Le numéro permet à la maison de retrouver la date de vente dans ses registres, ce qui fixe la datation.

3. La maille

Les grands tissus pressés et les mailles paillette appartiennent aux années 1955-1975 ; les chaînes de perles montées et les sautoirs ajourés à la période Cartier d’avant-guerre ; les mailles cinétiques aux années 1970.

4. Le style général

Volumes pleins ciselés et amatis, deux ou trois ors, fermoirs dissimulés et transformations : la manière de Jacques. Chaînes fines et montures de pierres : plutôt la période de Georges.

5. L’écrin et les papiers

Un écrin de maison, une facture, une lettre ou un certificat de la maison confirment le circuit de vente et rassurent l’acheteur, sans changer le prix de façon décisive.

6. Le poids et l’état

Le poids d’or est le plancher de valeur ; l’usure du poinçon, les maillons ressoudés, les fermoirs remplacés se déduisent de l’estimation. Une pièce jamais restaurée vaut toujours plus.

Combien vaut un bijou Georges Lenfant en 2026 ?

Un bijou Georges Lenfant en or se vend en médiane 8 000 € marteau hors frais, la moitié des lots se situant entre 4 200 et 14 000 €. Ces chiffres proviennent de la base de résultats constituée et vérifiée par NEO Enchères : 941 lots portant le poinçon ou le nom Lenfant passés en vente publique entre 2014 et septembre 2026, dont 912 en euros, 888 adjugés et seulement 24 invendus. Le taux d’invendus, inférieur à 3 %, est en soi une information : la demande absorbe tout ce qui arrive sur le marché, et 79 % des lots dépassent leur estimation haute.

Le prix dépend d’abord de la nature de la pièce, ensuite de la maison qui l’a signée, enfin de la maille et du poids. Les trois tableaux qui suivent isolent chacun de ces facteurs.

Prix par type de bijou

Type de piècePrix marteau médianFourchette courante (P25-P75)
Collier14 150 €8 350 à 22 100 €
Sautoir11 950 €7 250 à 15 500 €
Pendentif (zodiaque, médailles, animaux)11 100 €5 500 à 15 000 €
Bracelet9 300 €6 250 à 14 500 €
Montre (boîtier et bracelet d’or)5 000 €2 450 à 10 600 €
Boucles et clips d’oreilles4 800 €3 650 à 8 150 €
Broche3 900 €2 650 à 5 950 €
Bague3 500 €2 575 à 5 650 €
Boutons de manchette1 650 €1 100 à 2 500 €
Pièces en or non attribuées, prix marteau hors frais, 2014-2026. Source : NEO Enchères.

Prix par maison cliente

SignaturePrix marteau médianFourchette courantePrix médian au gramme d’or
Van Cleef & Arpels10 000 €5 500 à 20 050 €250 €/g
Cartier10 200 €5 850 à 16 250 €202 €/g
Hermès (toutes pièces)6 250 €3 300 à 14 200 €187 €/g
Hermès, bracelet Chaîne d’ancre or21 000 €15 600 à 25 000 €308 €/g en 2026
Boucheron8 000 €7 000 à 12 450 €n.s.
Mauboussin7 800 €4 100 à 12 150 €144 €/g
Fred7 875 €3 650 à 11 250 €136 €/g
O.J. Perrin6 050 €3 225 à 10 500 €99 €/g
Poinçon GL seul, sans signature8 000 €4 900 à 12 500 €104 €/g
« Attribué à » ou « dans le goût de » (sans poinçon lisible)3 600 €1 950 à 8 500 €n.s.
Le prix au gramme est calculé sur les bracelets, colliers et sautoirs dont le poids est publié. Source : NEO Enchères, 2014-2026.

La lecture est claire : la signature d’une maison de haute joaillerie double le prix de l’or par rapport à une pièce GL seule, et le poinçon lisible double lui-même le prix par rapport à une simple attribution. Hermès occupe une place à part, avec une médiane globale tirée vers le bas par ses nombreuses petites broches et ses boutons de manchette, et des bracelets Chaîne d’ancre en or qui atteignent le prix au gramme le plus élevé de tout le corpus.

L’évolution des prix depuis 2017

Graphique de l'évolution du prix médian des bijoux Georges Lenfant en or de 2017 à 2026
Le prix médian d’une pièce en or poinçonnée GL a doublé entre 2017 et 2026, avec une fourchette qui s’élargit vers le haut : les belles pièces signées tirent le marché. Année 2026 arrêtée au 10 septembre.

Le redressement date de 2021. Jusqu’en 2020, un bijou Lenfant se négociait entre 4 600 et 6 600 € en médiane ; à partir de 2021, l’arrivée sur le marché de grandes pièces signées et la redécouverte de l’atelier par les collectionneurs de bijoux vintage font passer la médiane à 7 800 €, puis 9 500 € en 2025 et 14 000 € sur les huit premiers mois de 2026. La hausse du cours de l’or explique une partie du mouvement, pas l’essentiel : le prix au gramme, qui neutralise le poids, a progressé plus vite que le métal.

Graphique du prix au gramme d'or des chaînes Georges Lenfant et des bracelets Chaîne d'ancre Hermès en or, 2017-2026
Une chaîne GL s’adjugeait 94 € par gramme d’or en 2017 et 211 € en 2026 ; un bracelet Chaîne d’ancre Hermès en or poinçonné GL est passé de 156 à 308 € le gramme sur la même période.

En 2026, une chaîne Lenfant en or vaut donc en médiane plus de deux fois son poids d’or fin, et un bracelet Chaîne d’ancre Hermès plus de trois fois. C’est la mesure exacte de la prime de savoir-faire : l’acheteur ne paie pas le métal, il paie la maille, la maison et le poinçon.

Les résultats de NEO Enchères

L’étude a présenté plusieurs pièces de l’atelier dans ses ventes à l’Hôtel Drouot, aussi bien des pièces GL seules que des commandes de détaillants. Les montants ci-dessous s’entendent frais compris.

LotDescriptionEstimationAdjudication frais compris
Collier à mailles torsadées en chuteAtelier Georges Lenfant, or jaune, 179 g, fermoir godronné, poinçon GL, salle 6 de Drouot, 26 mars 20247 000-10 000 €18 200 €
Broche pendentif lionProbablement Jacques Lenfant, poinçon d’atelier Georges Lenfant, or ciselé et amati, émeraudes, vers 1960, 31 g, salle 4, 24 mars 20262 500-5 000 €8 710 €
Pendentif déesse égyptienne pour O.J. PerrinOr jaune au repoussé, marque OJP, poinçon GL, écrin d’origine, 19 g, salle 4, 26 novembre 20241 000-1 200 €3 770 €
Sautoir en deux ors à mailles pincéesPoinçon GL seul, 55 g, 84 cm, salle 7, 17 octobre 20231 200-1 600 €2 990 €
Quatre lots, quatre adjudications au-dessus de l’estimation haute : la demande pour l’atelier se vérifie à chaque vente.

Ces résultats illustrent une règle que l’on retrouve dans toute la base : les estimations de bijoux Lenfant restent prudentes parce qu’elles partent du poids d’or et de la maille, et ce sont les enchérisseurs qui fixent la prime. Pour situer une pièce dans ce marché, l’étude s’appuie sur ses propres résultats et sur sa base de données, et vous pouvez consulter les cotes des artistes et créateurs que nous suivons.

Quelles erreurs reviennent le plus souvent sur les bijoux Lenfant ?

Le marché de l’atelier Lenfant s’est construit vite, sans monographie ni exposition, et les fiches de marchands ont comblé le vide avec des informations recopiées les unes sur les autres. Voici les cinq erreurs que l’expertise rencontre le plus.

Ce qu’on litCe qui est établi
« Georges Lenfant (1894-1968) » ou « (1899-1979) »Georges Lenfant est né le 20 décembre 1872 et mort en 1945. 1899 est la date de fondation de l’atelier ; les autres dates n’ont aucune source.
« Lenfant a créé la Chaîne d’ancre d’Hermès »Le modèle est de Robert Dumas (1938), premier exemplaire en argent par Gaëtan de Percin. Lenfant a fabriqué les versions en or des années 1950-1970.
« Poinçon GLF » ou « poinçon à l’ancre » ou « au marteau »Le poinçon est G L, un dé à emboutir et une aile. Aucune de ces trois descriptions ne correspond à la pièce.
« Signé Georges Lenfant »L’atelier ne signait pas. Il poinçonnait. La signature, quand il y en a une, est celle de la maison cliente.
« Maille Lenfant »Le terme n’existe pas dans la nomenclature de l’atelier. Les mailles s’appellent polonais, milanais, paillette, tressée, marine, brique, torsade.
« Jacques Lenfant, poinçon JL »Jacques n’a jamais eu de poinçon propre. Ses pièces portent le GL de son père ; on écrit « Jacques Lenfant pour l’atelier Georges Lenfant ».

Questions fréquentes sur les bijoux Georges Lenfant

Qu’est-ce que le poinçon GL sur un bijou en or ?

C’est le poinçon de maître de l’atelier Georges Lenfant, insculpé en 1909 : un losange contenant les lettres G et L de part et d’autre d’un dé à emboutir surmonté d’une aile d’oiseau. Il désigne le fabricant de la pièce, utilisé par Georges Lenfant puis par son fils Jacques jusqu’en 1996. Il se lit à la loupe sur le fermoir, la bélière ou l’épingle.

Georges Lenfant a-t-il créé la Chaîne d’ancre d’Hermès ?

Non. La Chaîne d’ancre est dessinée par Robert Dumas et déposée en mars 1938 ; le premier bracelet, en argent, est fabriqué par Gaëtan de Percin. L’atelier Lenfant a fabriqué pour Hermès les versions en or des années 1950 à 1970 : bracelets et colliers Chaîne d’ancre, sautoirs tressés, bracelets Vendôme et Orvet.

Quelle est la différence entre Georges et Jacques Lenfant ?

Georges (1872-1945) est le fondateur, chaîniste de Cartier dès 1908. Jacques (1904-1996), son fils, dirige l’atelier de 1945 à 1996 et crée les grands tissus d’or et la collection Optical. Les deux utilisent le même poinçon GL ; on distingue leurs périodes par le style, le numéro de la maison cliente et l’écrin, pas par le poinçon.

Que vaut un bijou « attribué à Georges Lenfant » ?

Beaucoup moins qu’une pièce poinçonnée. Dans la base de résultats de NEO Enchères, les lots « attribués à » ou « dans le goût de » s’adjugent en médiane 3 600 € marteau contre 8 000 € pour les pièces en or portant le losange GL. L’attribution repose sur le style, souvent sur une chaîne d’ancre en or, alors que d’autres ateliers ont fabriqué le modèle.

Qu’est-ce que le tissu polonais ?

Un tissu d’or de la nomenclature de Jacques Lenfant : des fils d’or tissés puis pressés pour former un relief régulier. La variante « pressé Empire relief » forme des pointes en quinconce. On la trouve sur les colliers rubans Cartier des années 1960 et sur des manchettes Mauboussin ; les lots en tissu polonais s’adjugent en médiane 12 000 € marteau.

Combien vaut un bracelet Chaîne d’ancre Hermès en or Georges Lenfant ?

Les bracelets Chaîne d’ancre Hermès en or poinçonnés GL s’adjugent en médiane 21 000 € marteau hors frais, la moitié des lots se situant entre 15 600 et 25 000 €, soit environ 300 € par gramme d’or en 2026. Le prix dépend du poids (60 à 100 g pour les grands modèles), de la maille (polie, perlée, tressée) et de la lisibilité des marques. Les autres modèles de la maison sont détaillés sur notre page estimation des bijoux Hermès.

Faut-il l’écrin ou une facture pour vendre un bijou Lenfant ?

Non. Le poinçon GL et la signature de la maison suffisent à l’attribution. L’écrin d’origine et les papiers rassurent l’acheteur et facilitent la datation grâce au numéro, mais ils ne modifient le prix que de façon marginale. Une pièce sans écrin mais avec un poinçon net se vend mieux qu’une pièce en écrin dont le fermoir a été repoli.

Où faire expertiser un bijou Georges Lenfant à Paris ?

NEO Enchères examine gratuitement les bijoux signés ou poinçonnés dans ses bureaux parisiens (6e, 8e et 15e arrondissements) ou sur photos via son formulaire en ligne : lecture du poinçon à la loupe, pesée, identification de la maille et de la maison cliente, puis estimation sur la base des résultats d’adjudication observés. Les pièces retenues sont vendues à l’Hôtel Drouot. Le fonctionnement complet est décrit sur notre page estimation de bijoux.