Un bijou Georges Lenfant se reconnaît à un petit losange frappé dans l’or : les lettres G et L de part et d’autre d’un dé à emboutir surmonté d’une aile d’oiseau. Derrière ce poinçon de maître, un atelier parisien du 47 rue des Petits-Champs qui a fabriqué, de 1899 à la fin du XXe siècle, une part considérable des chaînes et des bracelets vendus par Cartier, Van Cleef & Arpels, Hermès, Boucheron ou Mauboussin. Le nom Lenfant n’apparaît presque jamais sur la pièce, mais le poinçon change tout à l’expertise : sur les 888 adjudications observées par NEO Enchères entre 2014 et 2026, une pièce en or portant ce poinçon s’adjuge en médiane 8 000 € marteau, et une chaîne GL vaut en 2026 plus de 200 € par gramme d’or, loin au-dessus du simple poids de métal.
Ce guide rassemble ce qu’un commissaire-priseur regarde pour expertiser un bijou Georges Lenfant : l’histoire de l’atelier et de ses deux générations, la lecture du poinçon, les maisons pour lesquelles il travaillait et à quelles conditions, le vocabulaire des mailles qui fait sa signature, puis les prix, modèle par modèle.
L’essentiel
- Deux hommes, un seul poinçon : Georges Lenfant (1872-1945) fonde l’atelier ; son fils Jacques (1904-1996) le dirige de 1945 à sa mort, sans jamais insculper de poinçon à son nom. Le losange GL ne suffit donc pas à dater une pièce.
- Un fabricant, pas une marque : l’atelier livrait des chaînes, bracelets et colliers signés Cartier, Van Cleef & Arpels, Hermès, Boucheron, Mauboussin, Fred, Tiffany ou Gübelin. La signature de la maison voisine avec le poinçon du fabricant.
- Un vocabulaire de tisserand : tissu polonais, milanais, serge, vannerie, maille paillette, tressée, marine… Jacques Lenfant a codifié cette nomenclature dans Le Livre de la chaîne (1996), toujours cité dans les catalogues.
- Des prix qui tiennent au poinçon : pièce en or non attribuée, médiane 8 000 € marteau (fourchette courante 4 200 à 14 000 €) ; bracelet Chaîne d’ancre Hermès en or GL, médiane 21 000 € ; pièce seulement « attribuée à », médiane 3 600 €.
- Un marché qui monte : 79 % des lots dépassent leur estimation haute, et le prix médian au gramme d’une chaîne GL est passé de 94 € en 2017 à 211 € en 2026.
Qui était Georges Lenfant, et pourquoi son nom n’apparaît-il presque jamais sur les bijoux ?
Georges Lenfant était un fabricant de chaînes et de bijoux d’or, ce que la profession appelle un façonnier : il travaillait pour les grandes maisons de la rue de la Paix et de la place Vendôme, qui vendaient ses pièces sous leur propre signature. C’est la règle du métier parisien depuis le XIXe siècle. La maison dessine ou commande, l’atelier exécute, la pièce reçoit le nom du vendeur et le poinçon du fabricant. Le client final n’a jamais entendu parler de Lenfant ; le commissaire-priseur, lui, cherche son losange en premier.
Né le 20 décembre 1872 dans une famille de boîtiers, Georges Lenfant fait son apprentissage chez Cauvain, passe par la vente chez Boucheron et remporte le Prix Boucheron en 1890. Il s’installe en 1899 avec un associé, Ernest Duparc, sous le poinçon DL, puis insculpe en 1909 le poinçon GL qui nous intéresse, à l’adresse du 47 rue des Petits-Champs. Dès 1908, il dépose une chaîne pour Cartier et devient le chaîniste attitré de la maison : sautoir à pompon de perles en 1910, bouledogues de quartz fumé en 1912, bracelet d’améthystes vers 1925 aujourd’hui conservé au British Museum, dont la notice décrit l’atelier comme un fournisseur important de chaînes et de bracelets d’or pour de nombreuses maisons. Il siège au conseil de la Chambre syndicale dès 1903 et rachète en 1927 la société Gustave Sandoz, dont Gérard Sandoz reste directeur artistique jusqu’en 1938 : les bijoux « modernes » signés Sandoz de ces années sortent donc de l’atelier Lenfant.
Son fils Jacques entre à l’atelier en 1915, à onze ans, suit l’École des Arts décoratifs jusqu’en 1924, est prisonnier de guerre de 1939 à 1945 et prend la présidence de la société en 1945, à la mort de son père. Il la conduit jusqu’en 1996. C’est lui qui développe les grands tissus d’or des années 1950-1970 pour Hermès, Van Cleef & Arpels ou Mauboussin, lui qui dépose les brevets de mailles pressées, lui encore qui écrit les deux ouvrages de référence du métier, Bijouterie-Joaillerie (1979) et Le Livre de la chaîne (1996). Le Grand Prix des métiers d’art du président de la République, reçu en 1980, donne naissance au Prix Jacques Lenfant, toujours décerné aux jeunes bijoutiers par la profession.
Après lui, la société historique est administrée par la famille Brasier jusqu’à sa radiation en 2003. Une nouvelle société au nom de Georges Lenfant a été créée en 1998 par un atelier parisien et la marque a été déposée en 2024 : les pièces qui sortiraient sous ce nom aujourd’hui n’ont rien à voir avec la production historique, et l’expertise doit en tenir compte.
Un atelier, deux générations : la chronologie utile à l’expertise
| Période | Ce qui se passe | Conséquence pour l’expert |
|---|---|---|
| 1899-1909 | Duparc & Lenfant, poinçon DL | Une pièce DL est antérieure à 1909 ; rare |
| 1909 | Insculpation du poinçon GL (dé à emboutir et aile), 47 rue des Petits-Champs | Le losange GL couvre toute la suite de l’activité |
| 1908-années 1970 | Chaîniste de Cartier | Chaînes, sautoirs, colliers de perles montés sur or GL |
| 1927-1938 | Rachat de Gustave Sandoz, direction artistique de Gérard Sandoz | Des bijoux Art moderne signés Sandoz portent le GL |
| 1939 | Biffage du poinçon lors de la transformation en société anonyme | Réinsculpation probable au même dessin, non documentée en ligne |
| 1945-1996 | Jacques Lenfant préside l’atelier, sans poinçon propre | Le GL seul ne distingue pas le père du fils : datation par le style, le numéro et l’écrin |
| Années 1950-1970 | Tissus d’or pour Hermès, Van Cleef & Arpels, Mauboussin, Boucheron, Fred, Tiffany | Le cœur du marché actuel |
| 1970-1972 | Brevet du fil pressé « relief surfacé diamant », collection Optical | Les bijoux cinétiques de Jacques Lenfant |
| 1996-2003 | Mort de Jacques, gestion Brasier, radiation | Fin de la production historique |
Comment reconnaître le poinçon Georges Lenfant ?
Le poinçon Georges Lenfant est un losange horizontal dans lequel les lettres G et L encadrent un dé à emboutir, ce bloc d’acier cannelé sur lequel le bijoutier bossèle la tôle, surmonté d’une aile d’oiseau. Les registres de la Garantie et le British Museum l’ont longtemps décrit comme un « dé à jouer », erreur corrigée depuis par les recherches d’archives : il s’agit bien d’un outil d’atelier, clin d’œil au métier. Nos propres catalogues le transcrivent « G, un dé à emboutir, une aile, L ».


Le poinçon se cherche sur le fermoir, sur le revers d’un maillon terminal, sur la bélière d’un pendentif ou sur l’épingle d’une broche. Il est minuscule, souvent partiellement effacé par l’usure ou par une réparation, et il faut une loupe à fort grossissement pour distinguer le dé de l’aile. Trois erreurs reviennent dans les descriptions : l’ancre (confusion avec la Chaîne d’ancre Hermès), le marteau ou l’enclume (le dé à emboutir mal lu), et les lettres « GLF » (elles n’existent pas). Un vendeur qui décrit une ancre dans le losange n’a pas regardé la pièce.
Ce que le poinçon dit, et ce qu’il ne dit pas
Le losange GL certifie le fabricant, rien de plus. Il ne dit pas si la pièce a été faite sous Georges (avant 1945) ou sous Jacques (1945-1996), puisque le fils a conservé le poinçon du père jusqu’au bout. Il ne dit pas non plus pour qui elle a été faite : c’est la signature de la maison, gravée à côté, qui le révèle. D’où trois situations bien distinctes pour l’expert.
1. Signature de maison + numéro + GL
Le cas le plus sûr et le plus recherché. « Hermès Paris » suivi d’un numéro et du losange GL, ou « VCA » numéroté avec le GL, désigne une commande de la maison exécutée par Lenfant. La pièce se vend sous les deux noms.
2. Poinçon GL seul
Une pièce vendue sous le nom Lenfant ou par un détaillant qui ne signait pas. Les catalogues l’inscrivent « Georges Lenfant, poinçon de maître ». Elle vaut le tissu d’or et le savoir-faire, sans la prime de marque.
3. Style Lenfant sans poinçon
Une simple attribution stylistique, fréquente sur les chaînes d’ancre en or : d’autres ateliers ont fabriqué le modèle. Elle s’écrit « attribué à » et se paie, en médiane, moins de la moitié d’une pièce poinçonnée.
Le conseil du commissaire-priseur
Ne nettoyez jamais un fermoir au polissoir avant l’expertise : c’est là que se trouvent le poinçon de maître, le poinçon de titre (tête d’aigle pour l’or 18 carats) et le numéro de la maison. Un fermoir repoli fait disparaître les trois, et une pièce qui a perdu son GL redescend dans la catégorie « attribué à ». Pour lire les autres marques françaises, voyez notre guide des poinçons de l’or, de l’argent et du platine.
Pour quelles maisons l’atelier Lenfant a-t-il travaillé, et à quelles conditions ?
L’atelier Lenfant a travaillé pour toutes les grandes maisons parisiennes et pour plusieurs maisons étrangères, sur un modèle de sous-traitance qui n’a pas changé en un siècle : la maison passe commande d’un modèle, souvent dessiné par son bureau de création, parfois proposé par l’atelier ; Lenfant fabrique, poinçonne et livre ; la maison grave sa signature et son numéro d’inventaire, puis vend dans sa boutique. La même maille pouvait ainsi être livrée à plusieurs clients sous des noms différents : la maille paillette se retrouve signée Fred, Boucheron, Mauboussin, Chaumet ou O.J. Perrin, et sans signature du tout.
Ces collaborations sont documentées par les archives des maisons, par les pièces elles-mêmes (signature et poinçon côte à côte), par les brevets et par les publications de Jacques Lenfant. Le tableau ci-dessous s’en tient à ce qui est établi ; les noms qui circulent sans preuve (Harry Winston, Buccellati, Piaget hors quelques montres, David Webb) restent en dehors.
| Maison | Ce que Lenfant fabriquait | Période | Prix marteau médian observé (pièces en or) |
|---|---|---|---|
| Cartier | Chaînes et sautoirs dès 1908, colliers de perles montés, bracelet d’améthystes 1925 (British Museum), colliers tissu polonais, parure Bergame, collier « chapelet », bracelet T’ang | 1908-années 1970 | 10 200 € |
| Van Cleef & Arpels | Chaînes, collier « cheveux d’ange » vers 1955, pendentifs zodiaque, broches animalières, bracelets Optical « Mikado » | années 1950-1970 | 10 000 € |
| Hermès | Chaîne d’ancre en or, Vendôme, Orvet, passementerie, broches plume et animaux, boutons de manchette, montres | années 1950-1970 | 6 250 € (broches et boutons compris) |
| Boucheron | Bracelet Palmettes vers 1945, mailles paillette | 1945-années 1970 | 8 000 € |
| Mauboussin | Collier Cheops, manchettes tissu polonais, mailles paillette, motifs cubiques | années 1950-1970 | 7 800 € |
| Fred | Parures paillette, pendentif Équitation, bracelets passementerie | années 1960-1970 | 7 875 € |
| O.J. Perrin | Bracelets paillette bicolores, pendentifs en repoussé, colliers à transformation | années 1960-1970 | 6 050 € |
| Tiffany & Co. | Bracelets gourmette texturés, brevets de dessin américains déposés en 1959 au nom de Georges Lenfant | 1959-années 1970 | Ventes surtout hors de France |
| Mellerio, Chaumet, Marchak, Gübelin, Bulgari, Rolex | Chaînes, bracelets, quelques montres à boîtier et bracelet d’or (Rolex, Gübelin, Chaumet avec Chopard) | années 1950-1970 | De 4 600 € (Mellerio) à plusieurs dizaines de milliers d’euros (montres Rolex) |
| Lacloche, Sandoz, Verger Frères | Bracelets vers 1930 pour Lacloche ; bijoux Art moderne Sandoz (1927-1938) ; reprise de Verger Frères après-guerre ou en 1980 selon les sources | 1927-1980 | Peu de passages en vente |
Hermès et la Chaîne d’ancre : ce que Lenfant a fait, et ce qu’il n’a pas fait
Contrairement à ce qu’affirment de nombreuses notices, Georges Lenfant n’a pas créé la Chaîne d’ancre. Le modèle est dessiné par Robert Dumas en 1938 et déposé le 3 mars de cette année ; le premier exemplaire, en argent, sort de l’atelier de Gaëtan de Percin, qui reste le fabricant historique des versions en argent. Lenfant intervient plus tard, dans les années 1950 à 1970, pour les versions en or : bracelets et colliers à maillons polis, perlés, torsadés ou tressés, le sautoir Chaîne d’ancre tressée, le bracelet Vendôme à maille marine tressée, le bracelet Orvet à maille brique, le collier passementerie de 1962, sans oublier les broches nœud marin, les broches plume et le bestiaire de la maison (faons, chiens, chevaux).

Sur une pièce Hermès, lisez donc les trois marques ensemble : la signature « Hermès Paris », le numéro gravé et le poinçon du fabricant. Le losange GL désigne une fabrication Lenfant, le losange de De Percin une fabrication De Percin, deux ateliers qui se sont succédé ou partagé le modèle selon les périodes et les métaux. Un bracelet Chaîne d’ancre en or sans aucun losange lisible relève de l’attribution stylistique, quelle que soit la qualité de la maille. Les repères de prix propres à la maison sont détaillés sur notre page estimation des bijoux Hermès.
Dans la base de résultats de l’étude, les bracelets Chaîne d’ancre Hermès en or poinçonnés GL s’adjugent en médiane 21 000 € marteau (fourchette courante 15 600 à 25 000 €), les bracelets Vendôme 14 800 € (9 500 à 20 550 €), les colliers autour de 20 700 €. Les broches plume et les broches animalières se situent entre 3 000 et 6 000 €, les boutons de manchette autour de 2 000 €. Les modèles en argent de la maison, eux, restent très loin en dessous : quelques centaines d’euros pour un bracelet courant. Pour une lecture modèle par modèle (Chaîne d’ancre, Vendôme, Farandole, broches), notre page consacrée à l’estimation des bijoux Hermès complète ce guide.
Cartier et Van Cleef & Arpels : la haute joaillerie qui commande ses chaînes
Chez Cartier, la relation commence en 1908 avec une chaîne déposée et se poursuit jusqu’aux années 1970 : colliers de perles montés, sautoirs à maillons ajourés, colliers de tissu polonais des années 1960 livrés à Cartier Londres, parure Bergame à maillons gourmette sertis, bracelet T’ang à maillons bombés et disques d’onyx. Les pièces Cartier poinçonnées GL atteignent régulièrement 20 000 à 40 000 € marteau quand elles sont signées et numérotées, et leur prix au gramme (environ 200 €) double celui d’une chaîne GL sans signature.
Chez Van Cleef & Arpels, Lenfant fabrique les chaînes, les pendentifs zodiaque des années 1970 (médiane 10 600 € marteau), les broches oiseau, le pendentif Lion de Persépolis et surtout le collier « cheveux d’ange » vers 1955, une collerette de fils d’or articulés retenant une ligne de diamants : le modèle est référencé dans le catalogue de la maison publié par les Arts Décoratifs en 2013 et détient les plus hauts prix du corpus, avec trois adjudications à 50 000 € marteau ou plus entre 2021 et 2026. Van Cleef & Arpels affiche le prix au gramme le plus élevé de toutes les maisons clientes, autour de 250 €.
Boucheron, Mauboussin, Fred, O.J. Perrin : la maille paillette pour tous


Les maisons de la deuxième couronne, Boucheron, Mauboussin, Fred, O.J. Perrin, Mellerio, ont surtout commandé à Lenfant ses mailles paillette, ces gourmettes ovales texturées en un, deux ou trois ors, montées en bracelets rubans, colliers et sautoirs. Les mailles paillette s’adjugent en médiane 10 200 € marteau (6 500 à 16 500 €), avec des parures complètes qui dépassent 40 000 €. Le bracelet Palmettes de Boucheron vers 1945, à maille feuillagée, est la pièce la plus ancienne de cette famille encore régulièrement en vente, au-dessus de 13 000 €.
Qu’est-ce qui fait le style Lenfant ? Les mailles et les « tissus d’or »
Le style Lenfant tient dans une idée : traiter l’or comme une étoffe. Les grands rubans souples des années 1950-1970 sont nommés d’après des tissus, polonais, milanais, serge, vannerie, et se travaillent comme eux, par tressage, tissage puis pressage de fils d’or pour obtenir un relief régulier qui accroche la lumière. Jacques Lenfant a codifié ce vocabulaire dans Le Livre de la chaîne, publié en 1996 à la demande de la Chambre syndicale, et les maisons de ventes continuent de s’y référer pour nommer les mailles. Le terme « maille Lenfant » que l’on lit parfois n’existe pas dans cette nomenclature.

Ce collier résume la manière de l’atelier : une torsade classique dans son principe, mais montée en chute, c’est-à-dire avec des maillons dont le calibre augmente vers le centre, et un fermoir travaillé comme un bijou à part entière. Le poids, 179 g, est celui d’une pièce de commande : la torsade creuse des chaînistes industriels pèse trois fois moins pour un volume équivalent. C’est ce rapport entre le volume apparent, le poids réel et la finition qui fait monter les enchères bien au-delà de la valeur de l’or.
| Maille ou tissu | Ce que c’est | Où on la trouve | Sur le marché |
|---|---|---|---|
| Tissu polonais | Fils d’or tissés puis pressés en relief ; la variante « pressé Empire relief » forme des pointes en quinconce | Colliers rubans Cartier années 1960, manchettes Mauboussin, colliers Ruban Lenfant | Médiane 12 000 € |
| Milanais | Tissage serré de fils spiralés, souple comme un ruban | Bracelets rubans, collection Optical | Rare |
| Serge, vannerie | Tissages en diagonale ou entrecroisés, imitant l’étoffe ou l’osier | Bracelets manchettes des années 1960 | Rares |
| Maille paillette | Gourmette ovale à maillons plats texturés, souvent en deux ou trois ors | Fred, Boucheron, Mauboussin, Chaumet, O.J. Perrin, pièces GL seules | Médiane 10 200 € |
| Maille tressée | Fils pliés et tressés en chevrons ; c’est la Chaîne d’ancre tressée et le sautoir Hermès | Hermès, Cartier | La plus fréquente |
| Maille marine | Maillons ovales à barrette centrale, la maille des chaînes d’ancre | Hermès Vendôme, Hermès Chaîne d’ancre or | Fréquente |
| Maille brique | Maillons rectangulaires imbriqués comme un appareil de briques | Hermès Orvet | Très rare en vente |
| Torsade | Brins d’or enroulés, souvent montés en chute | Pièces GL seules, Cartier | Fréquente |
| Cheveux d’ange | Chute de fils d’or fins articulés formant une collerette | Van Cleef & Arpels vers 1955 | Au-delà de 50 000 € |
Deux détails de fabrication distinguent une pièce d’atelier : les fermoirs dissimulés, crochet ou cliquet caché dans un maillon avec huit de sécurité, et la transformation. Beaucoup de colliers Lenfant se divisent en deux bracelets, un sautoir se porte en ras-de-cou et bracelet, un pendentif dissimule sa bélière pour devenir broche. Ces mécanismes, invisibles au premier regard, sont un argument de vente que l’expert vérifie systématiquement.
Jacques Lenfant, la collection Optical et le bijou cinétique
Jacques Lenfant est le seul chaîniste français à avoir déposé un brevet pour une maille cinétique. Le brevet français de 1970-1972 protège un « pur fil pressé relief surfacé diamant », un tissu d’or dont les facettes jouent avec la lumière en fonction de l’angle, dans l’esprit de l’art optique de la décennie. Il en tire la collection Optical : bracelets et montres Fin de vagues, Longueurs d’onde, Sinusoïdes, Cercles décalés, Tournesol, Éventail, livrés sous le poinçon GL à Van Cleef & Arpels (Mikado, Op’Art Vagues), à Bulgari (Cercles décalés) et à Rolex pour une dizaine de montres à boîtier et bracelet d’or Tournesol ou Fin de vagues. Ces pièces des années 1970 s’adjugent entre 15 000 et 50 000 € marteau selon la maison et l’état, les montres Rolex en tête.


Le bestiaire ciselé des années 1960 (lions, faons, oiseaux, chiens) relève de la même main : un travail d’amati et de ciselure très poussé sur des volumes pleins, avec des yeux en pierres fines. Les catalogues l’attribuent à Jacques Lenfant par le style et la période, tout en rappelant que le poinçon reste celui de l’atelier de son père. Sur cette broche, la formule prudente n’a pas freiné les enchères : le lot a triplé son estimation basse.
Comment dater et documenter un bijou Lenfant avant de le vendre ?
Le poinçon seul ne date pas une pièce Lenfant. Pour la situer, l’expert croise six indices, du plus sûr au plus interprétatif ; aucun ne suffit isolément, mais leur convergence permet d’écrire « années 1960 » ou « vers 1970 » avec une marge raisonnable.
1. Le poinçon de fabricant
Losange GL avec dé à emboutir et aile : fabrication Lenfant, entre 1909 et 1996. Losange DL : avant 1909. Aucun losange lisible : attribution stylistique seulement.
2. La signature et le numéro
« Hermès Paris », « Cartier », « VCA », « Mauboussin » gravés avec un numéro d’inventaire. Le numéro permet à la maison de retrouver la date de vente dans ses registres, ce qui fixe la datation.
3. La maille
Les grands tissus pressés et les mailles paillette appartiennent aux années 1955-1975 ; les chaînes de perles montées et les sautoirs ajourés à la période Cartier d’avant-guerre ; les mailles cinétiques aux années 1970.
4. Le style général
Volumes pleins ciselés et amatis, deux ou trois ors, fermoirs dissimulés et transformations : la manière de Jacques. Chaînes fines et montures de pierres : plutôt la période de Georges.
5. L’écrin et les papiers
Un écrin de maison, une facture, une lettre ou un certificat de la maison confirment le circuit de vente et rassurent l’acheteur, sans changer le prix de façon décisive.
6. Le poids et l’état
Le poids d’or est le plancher de valeur ; l’usure du poinçon, les maillons ressoudés, les fermoirs remplacés se déduisent de l’estimation. Une pièce jamais restaurée vaut toujours plus.
À retenir
Une pièce « signée Georges Lenfant » n’existe pas : Lenfant poinçonne, il ne signe pas. Quand un catalogue écrit « signé », il s’agit de la signature de la maison cliente. Si vous ne lisez ni signature ni poinçon, faites examiner le bijou avant de le décrire, et méfiez-vous des fiches qui affirment sans photo du losange.
Combien vaut un bijou Georges Lenfant en 2026 ?
Un bijou Georges Lenfant en or se vend en médiane 8 000 € marteau hors frais, la moitié des lots se situant entre 4 200 et 14 000 €. Ces chiffres proviennent de la base de résultats constituée et vérifiée par NEO Enchères : 941 lots portant le poinçon ou le nom Lenfant passés en vente publique entre 2014 et septembre 2026, dont 912 en euros, 888 adjugés et seulement 24 invendus. Le taux d’invendus, inférieur à 3 %, est en soi une information : la demande absorbe tout ce qui arrive sur le marché, et 79 % des lots dépassent leur estimation haute.
Le prix dépend d’abord de la nature de la pièce, ensuite de la maison qui l’a signée, enfin de la maille et du poids. Les trois tableaux qui suivent isolent chacun de ces facteurs.
Prix par type de bijou
| Type de pièce | Prix marteau médian | Fourchette courante (P25-P75) |
|---|---|---|
| Collier | 14 150 € | 8 350 à 22 100 € |
| Sautoir | 11 950 € | 7 250 à 15 500 € |
| Pendentif (zodiaque, médailles, animaux) | 11 100 € | 5 500 à 15 000 € |
| Bracelet | 9 300 € | 6 250 à 14 500 € |
| Montre (boîtier et bracelet d’or) | 5 000 € | 2 450 à 10 600 € |
| Boucles et clips d’oreilles | 4 800 € | 3 650 à 8 150 € |
| Broche | 3 900 € | 2 650 à 5 950 € |
| Bague | 3 500 € | 2 575 à 5 650 € |
| Boutons de manchette | 1 650 € | 1 100 à 2 500 € |
Prix par maison cliente
| Signature | Prix marteau médian | Fourchette courante | Prix médian au gramme d’or |
|---|---|---|---|
| Van Cleef & Arpels | 10 000 € | 5 500 à 20 050 € | 250 €/g |
| Cartier | 10 200 € | 5 850 à 16 250 € | 202 €/g |
| Hermès (toutes pièces) | 6 250 € | 3 300 à 14 200 € | 187 €/g |
| Hermès, bracelet Chaîne d’ancre or | 21 000 € | 15 600 à 25 000 € | 308 €/g en 2026 |
| Boucheron | 8 000 € | 7 000 à 12 450 € | n.s. |
| Mauboussin | 7 800 € | 4 100 à 12 150 € | 144 €/g |
| Fred | 7 875 € | 3 650 à 11 250 € | 136 €/g |
| O.J. Perrin | 6 050 € | 3 225 à 10 500 € | 99 €/g |
| Poinçon GL seul, sans signature | 8 000 € | 4 900 à 12 500 € | 104 €/g |
| « Attribué à » ou « dans le goût de » (sans poinçon lisible) | 3 600 € | 1 950 à 8 500 € | n.s. |
La lecture est claire : la signature d’une maison de haute joaillerie double le prix de l’or par rapport à une pièce GL seule, et le poinçon lisible double lui-même le prix par rapport à une simple attribution. Hermès occupe une place à part, avec une médiane globale tirée vers le bas par ses nombreuses petites broches et ses boutons de manchette, et des bracelets Chaîne d’ancre en or qui atteignent le prix au gramme le plus élevé de tout le corpus.
L’évolution des prix depuis 2017

Le redressement date de 2021. Jusqu’en 2020, un bijou Lenfant se négociait entre 4 600 et 6 600 € en médiane ; à partir de 2021, l’arrivée sur le marché de grandes pièces signées et la redécouverte de l’atelier par les collectionneurs de bijoux vintage font passer la médiane à 7 800 €, puis 9 500 € en 2025 et 14 000 € sur les huit premiers mois de 2026. La hausse du cours de l’or explique une partie du mouvement, pas l’essentiel : le prix au gramme, qui neutralise le poids, a progressé plus vite que le métal.

En 2026, une chaîne Lenfant en or vaut donc en médiane plus de deux fois son poids d’or fin, et un bracelet Chaîne d’ancre Hermès plus de trois fois. C’est la mesure exacte de la prime de savoir-faire : l’acheteur ne paie pas le métal, il paie la maille, la maison et le poinçon.
Le conseil du commissaire-priseur
Ne faites jamais fondre une chaîne lourde sans avoir cherché le losange. Une chaîne apportée « pour le poids » peut porter un poinçon de maître sur son fermoir, et l’écart entre le prix du métal et le prix d’adjudication d’une pièce Lenfant identifiée se compte en milliers d’euros. Le collier torsadé de 179 g adjugé 18 200 € en mars 2024 aurait valu, au poids, une fraction de ce montant.
Les résultats de NEO Enchères
L’étude a présenté plusieurs pièces de l’atelier dans ses ventes à l’Hôtel Drouot, aussi bien des pièces GL seules que des commandes de détaillants. Les montants ci-dessous s’entendent frais compris.
| Lot | Description | Estimation | Adjudication frais compris |
|---|---|---|---|
| Collier à mailles torsadées en chute | Atelier Georges Lenfant, or jaune, 179 g, fermoir godronné, poinçon GL, salle 6 de Drouot, 26 mars 2024 | 7 000-10 000 € | 18 200 € |
| Broche pendentif lion | Probablement Jacques Lenfant, poinçon d’atelier Georges Lenfant, or ciselé et amati, émeraudes, vers 1960, 31 g, salle 4, 24 mars 2026 | 2 500-5 000 € | 8 710 € |
| Pendentif déesse égyptienne pour O.J. Perrin | Or jaune au repoussé, marque OJP, poinçon GL, écrin d’origine, 19 g, salle 4, 26 novembre 2024 | 1 000-1 200 € | 3 770 € |
| Sautoir en deux ors à mailles pincées | Poinçon GL seul, 55 g, 84 cm, salle 7, 17 octobre 2023 | 1 200-1 600 € | 2 990 € |
Ces résultats illustrent une règle que l’on retrouve dans toute la base : les estimations de bijoux Lenfant restent prudentes parce qu’elles partent du poids d’or et de la maille, et ce sont les enchérisseurs qui fixent la prime. Pour situer une pièce dans ce marché, l’étude s’appuie sur ses propres résultats et sur sa base de données, et vous pouvez consulter les cotes des artistes et créateurs que nous suivons.
Quelles erreurs reviennent le plus souvent sur les bijoux Lenfant ?
Le marché de l’atelier Lenfant s’est construit vite, sans monographie ni exposition, et les fiches de marchands ont comblé le vide avec des informations recopiées les unes sur les autres. Voici les cinq erreurs que l’expertise rencontre le plus.
| Ce qu’on lit | Ce qui est établi |
|---|---|
| « Georges Lenfant (1894-1968) » ou « (1899-1979) » | Georges Lenfant est né le 20 décembre 1872 et mort en 1945. 1899 est la date de fondation de l’atelier ; les autres dates n’ont aucune source. |
| « Lenfant a créé la Chaîne d’ancre d’Hermès » | Le modèle est de Robert Dumas (1938), premier exemplaire en argent par Gaëtan de Percin. Lenfant a fabriqué les versions en or des années 1950-1970. |
| « Poinçon GLF » ou « poinçon à l’ancre » ou « au marteau » | Le poinçon est G L, un dé à emboutir et une aile. Aucune de ces trois descriptions ne correspond à la pièce. |
| « Signé Georges Lenfant » | L’atelier ne signait pas. Il poinçonnait. La signature, quand il y en a une, est celle de la maison cliente. |
| « Maille Lenfant » | Le terme n’existe pas dans la nomenclature de l’atelier. Les mailles s’appellent polonais, milanais, paillette, tressée, marine, brique, torsade. |
| « Jacques Lenfant, poinçon JL » | Jacques n’a jamais eu de poinçon propre. Ses pièces portent le GL de son père ; on écrit « Jacques Lenfant pour l’atelier Georges Lenfant ». |
Questions fréquentes sur les bijoux Georges Lenfant
Qu’est-ce que le poinçon GL sur un bijou en or ?
C’est le poinçon de maître de l’atelier Georges Lenfant, insculpé en 1909 : un losange contenant les lettres G et L de part et d’autre d’un dé à emboutir surmonté d’une aile d’oiseau. Il désigne le fabricant de la pièce, utilisé par Georges Lenfant puis par son fils Jacques jusqu’en 1996. Il se lit à la loupe sur le fermoir, la bélière ou l’épingle.
Georges Lenfant a-t-il créé la Chaîne d’ancre d’Hermès ?
Non. La Chaîne d’ancre est dessinée par Robert Dumas et déposée en mars 1938 ; le premier bracelet, en argent, est fabriqué par Gaëtan de Percin. L’atelier Lenfant a fabriqué pour Hermès les versions en or des années 1950 à 1970 : bracelets et colliers Chaîne d’ancre, sautoirs tressés, bracelets Vendôme et Orvet.
Quelle est la différence entre Georges et Jacques Lenfant ?
Georges (1872-1945) est le fondateur, chaîniste de Cartier dès 1908. Jacques (1904-1996), son fils, dirige l’atelier de 1945 à 1996 et crée les grands tissus d’or et la collection Optical. Les deux utilisent le même poinçon GL ; on distingue leurs périodes par le style, le numéro de la maison cliente et l’écrin, pas par le poinçon.
Que vaut un bijou « attribué à Georges Lenfant » ?
Beaucoup moins qu’une pièce poinçonnée. Dans la base de résultats de NEO Enchères, les lots « attribués à » ou « dans le goût de » s’adjugent en médiane 3 600 € marteau contre 8 000 € pour les pièces en or portant le losange GL. L’attribution repose sur le style, souvent sur une chaîne d’ancre en or, alors que d’autres ateliers ont fabriqué le modèle.
Qu’est-ce que le tissu polonais ?
Un tissu d’or de la nomenclature de Jacques Lenfant : des fils d’or tissés puis pressés pour former un relief régulier. La variante « pressé Empire relief » forme des pointes en quinconce. On la trouve sur les colliers rubans Cartier des années 1960 et sur des manchettes Mauboussin ; les lots en tissu polonais s’adjugent en médiane 12 000 € marteau.
Combien vaut un bracelet Chaîne d’ancre Hermès en or Georges Lenfant ?
Les bracelets Chaîne d’ancre Hermès en or poinçonnés GL s’adjugent en médiane 21 000 € marteau hors frais, la moitié des lots se situant entre 15 600 et 25 000 €, soit environ 300 € par gramme d’or en 2026. Le prix dépend du poids (60 à 100 g pour les grands modèles), de la maille (polie, perlée, tressée) et de la lisibilité des marques. Les autres modèles de la maison sont détaillés sur notre page estimation des bijoux Hermès.
Faut-il l’écrin ou une facture pour vendre un bijou Lenfant ?
Non. Le poinçon GL et la signature de la maison suffisent à l’attribution. L’écrin d’origine et les papiers rassurent l’acheteur et facilitent la datation grâce au numéro, mais ils ne modifient le prix que de façon marginale. Une pièce sans écrin mais avec un poinçon net se vend mieux qu’une pièce en écrin dont le fermoir a été repoli.
Où faire expertiser un bijou Georges Lenfant à Paris ?
NEO Enchères examine gratuitement les bijoux signés ou poinçonnés dans ses bureaux parisiens (6e, 8e et 15e arrondissements) ou sur photos via son formulaire en ligne : lecture du poinçon à la loupe, pesée, identification de la maille et de la maison cliente, puis estimation sur la base des résultats d’adjudication observés. Les pièces retenues sont vendues à l’Hôtel Drouot. Le fonctionnement complet est décrit sur notre page estimation de bijoux.
Vous possédez une chaîne, un bracelet ou un collier au poinçon GL ?
Envoyez-nous quelques photos, dont une du fermoir et de ses marques, ainsi que le poids si vous le connaissez. Un commissaire-priseur de NEO Enchères identifie la maille, la maison cliente et la période, puis vous indique une estimation fondée sur les résultats d’adjudication observés. Estimation gratuite et sans engagement, réponse rapide, ventes à l’Hôtel Drouot. Pour les autres signatures et les pierres, voyez notre page estimation de bijoux.
