Miroir circulaire modèle Engrenage de Mithé Espelt créé en 1958, carreaux verts sur fond or craquelé

Mithé ESPELT


Mithé ESPELT (1923-2020) a passé quarante ans dans son atelier de Lunel, en Petite Camargue, à fabriquer des miroirs, des coffrets et de menus objets de toilette en terre estampée rehaussée d’or. Elle ne les signait pas, ne cherchait aucune reconnaissance, et son nom n’est sorti de l’oubli qu’en 2020, l’année de sa mort. Le marché a suivi très vite : un miroir de Mithé Espelt se négocie aujourd’hui le plus souvent entre 800 € et 1 700 € au marteau, pour une médiane de 1 100 €, et les modèles les plus recherchés dépassent 7 000 €. Le record du corpus analysé s’établit à 12 000 € pour un miroir mural des années 1950.

Miroir rectangulaire en faïence dorée et turquoise de Mithé Espelt adjugé par NEO Enchères
Miroir rectangulaire en faïence émaillée dorée et turquoise, formes circulaires en pâte de verre, feutrine verte au revers, modèle créé vers 1980 : adjugé 1 950 € frais compris par NEO Enchères en septembre 2023

L’analyse qui suit repose sur 680 adjudications enregistrées entre 2023 et 2026, issues de la base de données constituée et vérifiée par NEO Enchères, complétée par les résultats de l’étude elle-même — quatorze lots de l’artiste présentés à Drouot et rue Bargue depuis 2023. Si vous avez hérité d’un miroir, d’une boîte à bijoux ou d’un face-à-main en céramique dorée dont personne ne sait dire l’auteur, les repères ci-dessous vous permettront de commencer à vous situer avant de demander une estimation gratuite.

Prix des céramiques de Mithé Espelt : la synthèse

Le prix d’un objet de Mithé Espelt s’étage de 150 € pour une petite boîte accidentée à 12 000 € au marteau pour un miroir mural rare des années 1950, selon la base de données NEO Enchères. La médiane toutes typologies confondues s’établit à 850 €, et deux lots sur trois se vendent entre 500 € et 2 000 €. Le tableau ci-dessous donne la hiérarchie par type d’objet, en prix marteau hors frais.

Type d’objet Prix médian Enchère maximale
Lampes et pieds de lampe 6 500 € 15 000 €
Miroirs muraux 1 100 € 12 000 €
Vide-poches, baguiers et coupes 800 € 2 300 €
Miroirs face-à-main et de poche 600 € 3 800 €
Boîtes et coffrets 550 € 3 100 €
Thermomètres 430 € 800 €
Prix des objets de Mithé Espelt par typologie : miroirs, boîtes, face-à-main, vide-poches, thermomètres
Fourchettes de prix habituelles et médianes par typologie, prix marteau, 2023-2026

Première lecture : le miroir mural domine tout. Il représente 57 % des lots vendus et vaut, en médiane, deux fois une boîte et près de trois fois un thermomètre. C’est aussi le seul segment où les enchères à quatre chiffres sont la norme plutôt que l’exception : 59 % des miroirs muraux dépassent 1 000 €, contre 16 % des coffrets.

Seconde lecture : les lampes forment une catégorie à part, presque théorique tant elle est rare. Six passages en vente sur quatre ans, pour une médiane de 6 500 € et un sommet à 15 000 € pour une paire du modèle Ouroboros. Espelt n’a jamais produit de luminaires en série ; chaque pied de lampe qui réapparaît est un événement de marché. À l’autre bout du spectre, les thermomètres muraux — objets de mercerie autrefois vendus quelques francs — se traitent entre 300 € et 500 €, ce qui en fait la porte d’entrée la plus accessible pour un premier achat.

Cote de Mithé Espelt : un marché né en 2020 qui n’a pas fini de monter

La cote de Mithé Espelt progresse d’un tiers en quatre ans : la médiane annuelle passe de 750 € au marteau en 2023 à 1 000 € sur les huit premiers mois de 2026, selon la base de données NEO Enchères. Sur le seul segment des miroirs muraux, le mouvement est du même ordre, de 1 035 € à 1 300 €. Aucun autre céramiste français de sa génération n’a connu une entrée aussi tardive et aussi rapide en salle des ventes.

Évolution de la cote de Mithé Espelt de 2023 à 2026, prix marteau médian annuel
Médiane annuelle des adjudications d’objets de Mithé Espelt, prix marteau, 2023-2026 (2026 : janvier à août)

La raison tient en un livre. Jusqu’en 2020, ces miroirs circulaient sous d’autres noms, quand ils en portaient un : ceux de François Lembo, le céramiste de Vallauris, ou plus vaguement « Vallauris, années 1950 ». La monographie d’Antoine Candau, Mithé Espelt, Le luxe discret du quotidien, parue aux éditions Odyssée l’année de la mort de l’artiste, a rendu leur auteur à quatre décennies de production anonyme. L’exposition organisée dans la foulée à la galerie Anne-Sophie Duval a fait le reste.

Un chiffre dit la tension actuelle : 52 % des lots adjugés dépassent leur estimation haute, et un sur neuf la double. Seuls 6 % passent sous l’estimation basse. Les fourchettes de catalogue servent encore largement de point d’appel, signe d’un marché où les experts sont plus prudents que les acheteurs.

Prix des miroirs muraux de Mithé Espelt

L’estimation d’un miroir mural de Mithé Espelt se situe le plus souvent entre 800 € et 1 700 € au marteau, pour une médiane de 1 100 € sur 376 adjudications. C’est le cœur absolu du marché. La forme circulaire tire légèrement au-dessus du lot — médiane à 1 100 €, avec des pointes à 6 000 € pour les grands modèles rayonnants — tandis que les rectangulaires simples se traitent autour de 950 €.

Répartition des prix des miroirs muraux de Mithé Espelt aux enchères par tranche
Répartition des 376 miroirs muraux adjugés entre 2023 et 2026 par tranche de prix, prix marteau

Le décor pèse moins qu’on ne l’imagine. Les oiseaux — mésanges, colombes, paons, pélicans — donnent une médiane de 900 €, les décors floraux 850 €, les compositions géométriques 1 000 €. Ce qui fait vraiment basculer un prix, c’est le traitement de l’émail. Un miroir dont le catalogue mentionne un fond d’or craquelé affiche une médiane de 1 600 €, contre 1 000 € sans. Les incrustations de verre cristallisé, ces cabochons colorés noyés dans la glaçure, portent la médiane à 1 500 €. Ce sont les deux signes matériels que nos experts regardent en premier sur une photographie.

Miroir ovale modèle Manège de Mithé Espelt à craquelures dorées et cabochons de céramique brune
Modèle « Manège » : craquelures dorées et cabochons carrés en céramique brune, revers en feutrine vert sombre, 27 × 24,5 cm

Le seuil des 42 cm : la seule dimension qui change la valeur

Sur la taille, les données réservent une surprise. Entre 20 et 42 cm, la médiane ne bouge pas : 1 100 € pour un miroir de 22 cm comme pour un miroir de 38 cm. Le format courant de l’atelier — autour de 30 cm — représente à lui seul la moitié du corpus, et le marché le traite comme une denrée homogène. En dessous de 20 cm, les petits médaillons redescendent à 850 €.

Puis tout change d’un coup. Passé 42 cm, la médiane bondit à environ 4 500 €, dans une fourchette de 2 500 € à 6 000 €. Huit passages en vente seulement en quatre ans, dont un miroir circulaire de 43 cm de diamètre vendu 11 100 € en avril 2026. Les grands formats sont restés marginaux dans une production pensée pour l’objet domestique, et cette rareté se paie. Si votre miroir dépasse 40 cm, il ne relève plus du barème courant.

Miroirs face-à-main et miroirs de poche

Un face-à-main de Mithé Espelt vaut entre 410 € et 800 € dans la plupart des cas, avec une médiane de 600 € sur 69 lots. Ces miroirs à manche, souvent doublés d’un crochet de suspension en partie haute, sont l’objet le plus caractéristique de sa production « pour dames » : la céramiste les concevait comme des accessoires de toilette, pas comme des œuvres. Les modèles à décor d’oiseau des années 1960 tiennent le haut du panier ; les miroirs de poche, plus petits, tombent à 400 €.

Miroir face-à-main modèle Moineau de Mithé Espelt en céramique émaillée polychrome
Face-à-main modèle « Moineau », oiseau parmi des fleurs sur fond amati brun, entourage rehaussé d’or craquelé, années 1960 : adjugé 1 040 € frais compris en février 2024

Boîtes, coffrets et boîtes à bijoux

Le prix d’une boîte de Mithé Espelt tourne autour de 550 €, le plus souvent entre 350 € et 810 €, sur 146 adjudications. La structure de l’objet compte : les coffrets à bâti de bois noirci ou laqué, dont seul le couvercle est en céramique, se vendent en médiane 600 €, contre 500 € pour les boîtes entièrement céramique. Le bois n’est pas un pis-aller, c’est un parti pris de fabrication qui autorisait des formats plus grands sans risque de cuisson.

Le sommet du segment revient aux coffrets à relief doré craquelé et incrustations de verre : une boîte cylindrique à couvercle en céramique a atteint 3 100 € au marteau en août 2026, un coffret de faïence à relief doré 2 500 € en mars 2025. Le modèle « Perles Rond », créé en 1966, s’échange entre 1 700 € et 1 900 €. À l’inverse, les petites boîtes à couvercle floral, produites en grand nombre, tournent autour de 390 €.

Coffret modèle Pérou de Mithé Espelt en céramique émaillée et bois noirci à cabochons de verre coloré
Coffret « Pérou » : cabochons de verre coloré incrustés sur fond doré craquelé, bâti en bois noirci, feutrine verte à l’intérieur et sous la base

Thermomètres, vide-poches et baguiers : le petit marché

Vingt-trois thermomètres muraux sont passés en vente depuis 2023, entre 80 € et 800 €, pour une médiane de 430 €. Ce sont les objets les plus modestes de la production, et les plus révélateurs de ce qu’était l’atelier de Lunel : une petite fabrique d’articles utiles habillés d’or. Les vide-poches et baguiers, un peu plus recherchés, se traitent autour de 800 €, avec un maximum à 2 300 €. Les bijoux — clips d’oreilles, pendentifs, boutons — restent marginaux en vente publique, autour de 370 €.

Les modèles de Mithé Espelt : ce que le nom change au prix

Un miroir dont le catalogue nomme le modèle se vend en médiane 1 275 €, contre 950 € pour un miroir décrit seulement par sa forme et sa couleur. L’écart n’est pas une prime au vocabulaire : il traduit le fait que l’identification du modèle suppose la confrontation à la monographie de Candau, donc une expertise réelle. Voici les modèles les plus régulièrement rencontrés, avec leur médiane observée.

Modèle Prix médian Enchère maximale
Pélican 7 800 € 8 000 €
Pyramide (pied de lampe) 6 500 € 6 500 €
Ouvéa 3 200 € 4 000 €
Cuzco 1 850 € 4 336 €
Chevêche 1 800 € 2 800 €
Engrenage 1 700 € 3 900 €
Mérida 1 700 € 3 293 €
Arts décoratifs 1 400 € 2 000 €
Paon 1 175 € 2 300 €
Pérou 1 100 € 1 300 €
Bocage 1 050 € 2 200 €
Soleil 925 € 6 000 €
Anémone 850 € 2 300 €
Cage 800 € 1 300 €
Patio 800 € 1 528 €
Mésange 800 € 1 050 €
Tournesol 455 € 1 000 €

Le modèle Pélican écrase la hiérarchie. Trois exemplaires seulement sont passés en vente sur la période, entre 7 200 € et 8 000 € au marteau, pour un miroir à vue rectangulaire dont l’entourage figure l’oiseau aux ailes déployées dans des tons bleu nuit, noir et or. C’est la pièce que tous les collectionneurs cherchent, et la seule dont la rareté soit comparable à celle des pieds de lampe.

En dessous, un peloton se tient entre 1 700 € et 3 200 € : Ouvéa, Cuzco, Chevêche, Engrenage, Mérida. Ces modèles partagent une caractéristique — un travail de relief poussé, en pastilles, engrenages ou navettes, qui multipliait le temps d’estampage. Le modèle Soleil, lui, illustre le piège de la médiane : 34 passages, une médiane à 925 €, mais un exemplaire de 47,5 cm de diamètre adjugé 6 000 €. Sous un même nom coexistent une petite série courante et quelques grands formats d’exception.

Miroir circulaire modèle Engrenage de Mithé Espelt créé en 1958, carreaux verts sur fond or craquelé
Modèle « Engrenage », créé en 1958 : carreaux verts sur fond craquelé or, Ø 21,5 cm, adjugé 1 235 € frais compris en mars 2024 sur une estimation de 600 à 800 €

Quarante ans d’atelier à Lunel : ce que la période de création change

Les catalogues datent le modèle plus souvent que la pièce, et c’est la date de création qui structure les prix. Sur 211 miroirs muraux dont la période est documentée, la médiane décroît des années 1940 aux années 1960 avant de remonter : 1 850 € pour la production la plus ancienne, 1 200 € pour les années 1950, 1 000 € pour les années 1960, 1 300 € pour la fin de carrière. La courbe suit exactement la courbe des volumes produits.

Prix des miroirs de Mithé Espelt par période de création, des années 1940 aux années 1990
Fourchettes de prix habituelles et médianes des miroirs muraux selon la période de création du modèle, prix marteau

1946-1949 : les premières années, les plus chères

Marie-Thérèse Espelt, dite Mithé, née à Lunel en 1923, entre à seize ans à l’École des beaux-arts de Montpellier — où elle croise Pierre Soulages — puis se forme à la céramique à l’école de Fontcarrade auprès d’Émilie Decanis. Après la guerre, elle passe deux ans à Paris, à Saint-Germain-des-Prés, dans l’atelier de boutons en céramique de Nathalie Pol, et travaille pour Line Vautrin. Elle rentre à Lunel en 1946 pour élever ses sœurs et ouvre son propre atelier.

Les modèles créés avant 1950 affichent la médiane la plus élevée du corpus, 1 850 €, et une fourchette resserrée de 1 500 € à 2 300 €. Quinze passages en vente seulement : ces pièces des débuts, à godrons dorés ou à entourage entièrement craquelé, sortent peu des collections. Un miroir mural du début des années 1950, en terre estampée émaillée blanc et or craquelé au four, a atteint 12 000 € en février 2026 — le meilleur résultat enregistré pour une pièce isolée de l’artiste.

Les années 1950 et 1960 : l’or au four et la production de série

C’est la grande époque de l’atelier, et celle qui alimente le marché : les modèles des années 1950 et 1960 représentent les trois quarts des miroirs datés passés en vente. Espelt met au point sa technique définitive — terre estampée dans des moules de plâtre, émaux colorés, rehauts d’or liquide cuit au four qui craquelle en refroidissant, incrustations de verre cristallisé. Elle cesse de signer au tout début des années 1950 et n’y reviendra jamais.

La diffusion suit : dès 1948, Charles Démery, patron de Souleiado, lui commande des bijoux qu’il distribuera près de quarante ans. Ses pièces se vendent en boutiques régionales, à Paris, jusqu’en Martinique. Louise de Vilmorin et Jaime Sabartés, le secrétaire de Picasso, comptent parmi ses clients ; elle expose à la galerie La Roue à Vallauris. L’abondance de cette production explique une médiane plus modeste, 1 200 € pour les années 1950 et 1 000 € pour les années 1960, avec de belles exceptions : le modèle Pélican, créé vers 1968, ou le miroir Mexico de 1950 adjugé 5 100 €.

Miroir modèle Cage de Mithé Espelt créé en 1967, couple de volatiles en émail rose et doré
Modèle « Cage » créé en 1967, reproduit page 160 de la monographie d’Antoine Candau : couple de volatiles en émail rose et doré, 31,5 × 20 cm

Les années 1970 à 1990 : le verre cristallisé et les grands formats

La fin de carrière remonte dans les prix : médiane de 1 200 € pour les modèles des années 1970 et 1 300 € au-delà. Espelt travaille alors davantage le relief et le verre cristallisé, ces inclusions colorées qui accrochent la lumière, et ose des formats plus grands. Les pieds de lampe Pyramide, conçus vers 1990 et adjugés trois fois 6 500 € au marteau, appartiennent à cette période, tout comme le miroir circulaire de 43 cm vendu 11 100 € en 2026. La production se raréfie, les pièces sont plus ambitieuses, le marché les traite comme telles.

Résultats de ventes de Mithé Espelt chez NEO Enchères

NEO Enchères a présenté quatorze lots de Mithé Espelt depuis septembre 2023, à l’Hôtel Drouot et dans sa salle du 6, rue Bargue. Le meilleur résultat de l’étude revient à un miroir rectangulaire des années 1980, en faïence émaillée dorée et turquoise à formes circulaires en pâte de verre : estimé 800 à 1 200 €, il a été adjugé 1 950 € frais compris dès la première vacation, en septembre 2023, au tout début du marché de l’artiste.

Œuvre Estimation Adjudication (frais compris)
Miroir rectangulaire, faïence dorée et turquoise, pâte de verre, vers 1980, 32 × 27,5 cm 800 – 1 200 € 1 950 €
Miroir ovale, modèle « Manège », craquelures dorées et cabochons bruns, 27 × 24,5 cm 800 – 1 000 € 1 430 €
Coffret, modèle « Pérou », céramique émaillée et bois noirci, 14,6 × 10 × 6,5 cm 500 – 700 € 1 300 €
Miroir rectangulaire à décor de volatiles sur fond bleu, avec une boîte à décor de colombe 800 – 1 000 € 1 274 €
Miroir circulaire, modèle « Engrenage » créé en 1958, Ø 21,5 cm 600 – 800 € 1 235 €
Miroir face-à-main, modèle « Moineau », années 1960, 25 × 15,5 cm 800 – 1 000 € 1 040 €
Miroir, modèle « Cage » créé en 1967, 31,5 × 20 cm 800 – 1 000 € 1 040 €
Boîte rectangulaire, modèle « Pérou », cabochons de verre sur fond doré craquelé 500 – 1 000 € 910 €
Miroir, modèle « Anémone », vers 1960, H. 33,8 cm 700 – 1 000 € 910 €
Miroir face-à-main, céramique émaillée vert pâle et doré, H. 21,5 cm 600 – 800 € 780 €
Vide-poche couvert, bois peint noir et couvercle à décor d’oiseau 500 – 800 € 585 €
Miroir face-à-main quadrangulaire, oiseau sur fond noir et violet, 25 × 15,5 cm 400 – 600 € 468 €

Les vacations de mars et juin 2024 à Drouot ont été les plus disputées : cinq des six lots présentés ont dépassé leur estimation haute, le coffret « Pérou » atteignant près du double de la sienne. Ces vacations ont aussi permis à l’étude de constituer une documentation photographique précise des revers et des intérieurs, matière première de la section qui suit.

Miroir modèle Anémone de Mithé Espelt, pétales rouges et orange sur fond brun mat, vers 1960
Modèle « Anémone », vers 1960, reproduit page 135 de la monographie d’Antoine Candau : pétales alternés rouge et orange, feuilles vertes sur fond brun mat

Identifier une céramique de Mithé Espelt : l’artiste qui ne signait pas

Il n’existe pas de signature de Mithé Espelt à chercher sur la grande majorité de ses pièces : elle a cessé de signer au début des années 1950 et n’a jamais utilisé de cachet ni d’étiquette d’atelier. Sur les 1 273 descriptions de lots analysées, 27 précisent explicitement que la pièce n’est pas signée, et la seule qui signale une trace de signature au revers porte par ailleurs la mention « attribué à ». L’identification repose donc entièrement sur des indices matériels, et c’est là que se joue toute l’expertise.

Le dos : la feutrine verte, première pièce à conviction

Retournez l’objet avant tout. Près d’un tiers des lots décrivent un revers tapissé de feutrine, et dans deux cas sur trois cette feutrine est verte — un vert sombre, presque bouteille, collé à pleine surface sur le dos du miroir ou sous la base de la boîte. C’est le marqueur le plus constant de l’atelier de Lunel. Sur les coffrets, Espelt allait plus loin : la feutrine double le dessous, l’intérieur du couvercle et parfois le fond de la boîte, comme sur le modèle « Pérou » vendu par notre étude.

Revers en feutrine verte d'un miroir de Mithé Espelt, marque d'atelier de la céramiste
Le dos du miroir vendu par NEO Enchères : feutrine vert bouteille collée à pleine surface, découpée au ras de la céramique, avec une simple encoche de suspension. Aucune signature, aucune étiquette

Une feutrine noire n’est pas disqualifiante, on en rencontre quelques-unes, mais elle doit rendre plus attentif : c’est aussi la couleur retenue par sa fille Marion de Crécy. Une feutrine récente, en synthétique brillant, agrafée ou mal découpée, signale en revanche un remplacement — voire une pièce montée ailleurs.

La face : terre estampée, or liquide craquelé, verre cristallisé

Espelt travaillait par estampage : la terre est pressée dans un moule de plâtre, ce qui donne des reliefs nets, réguliers, et une épaisseur constante d’environ un centimètre. Le décor est ensuite émaillé, puis rehaussé d’or liquide passé au four. En refroidissant, cet or se rétracte et produit le craquelé caractéristique : un réseau fin et irrégulier, brillant, qui ne ressemble ni à une dorure à la feuille ni à un lustre industriel. Près d’un lot sur trois du corpus le mentionne.

Détail de l'or craquelé et des cabochons de verre cristallisé sur un miroir de Mithé Espelt
Gros plan sur l’angle d’un miroir : le réseau serré du craquelé de l’or cuit au four, et les cabochons de verre cristallisé bombés, blancs et jaunes, incrustés dans l’émail

Le second marqueur est le verre cristallisé, parfois appelé pâte de verre dans les catalogues : des cabochons de verre coloré — turquoise, rose, ambre — noyés dans l’émail au moment de la cuisson, qui forment des pastilles bombées en léger relief. Onze pour cent des lots en portent, et ils se vendent moitié plus cher que les miroirs qui n’en comportent pas. Les nuances d’émail portent parfois un nom donné par l’atelier, le plus reconnaissable étant le « Rouge Basque ».

Les rares pièces signées et les monogrammes tardifs

Les pièces d’avant 1950 peuvent porter une signature ou des initiales, incisées au revers ou dissimulées dans le col intérieur d’un couvercle. Elles sont exceptionnelles et méritent un examen attentif : une signature sur une forme des années 1960 est bien plus suspecte que l’absence de toute marque. À l’inverse, un monogramme lisible dans un angle inférieur, souvent « M de C », renvoie à Marion de Crécy et non à sa mère.

Comment authentifier et expertiser une céramique de Mithé Espelt ?

Faute de signature, l’authentification d’une céramique de Mithé Espelt repose sur trois appuis : la confrontation au corpus publié, l’analyse matérielle décrite plus haut, et l’avis de la personne qui connaît le mieux cette production.

La monographie d’Antoine Candau, référence unique

Tout part de Mithé Espelt, Le luxe discret du quotidien, d’Antoine Candau, éditions Odyssée, 2020. C’est le seul ouvrage de référence, et il fait autorité : 22 % des lots analysés y renvoient, souvent page à page, et son auteur confirme lui-même l’authenticité de certaines pièces avant vente — la formule « nous remercions Monsieur Antoine Candau d’avoir confirmé l’authenticité de ce miroir » revient dans 6 % des catalogues.

L’effet sur les prix est mesurable et considérable : un miroir dont la notice renvoie à la monographie se vend en médiane 1 400 €, contre 955 € sans référence, soit près de 50 % de plus. Si votre pièce correspond à un modèle reproduit dans le livre, c’est l’information la plus rentable que vous puissiez apporter à un commissaire-priseur.

Premier piège : Marion de Crécy, la fille qui a repris l’atelier

Marion de Crécy, née en 1954, fille de Mithé Espelt, est elle-même céramiste et travaille dans la continuité directe de sa mère : mêmes émaux, même or craquelé, mêmes incrustations de verre cristallisé. La confusion est fréquente en salle, et elle coûte cher — les pièces de la fille se négocient nettement en dessous.

Trois indices permettent de trancher. Marion de Crécy signe ou monogramme, souvent « M de C » en bas à droite. Elle emploie volontiers la feutrine noire. Surtout, elle produit des formats que sa mère n’atteignait pas : des miroirs de 56, 76, voire 110 cm, impossibles dans le four de Lunel. Un grand miroir en céramique dorée craquelée qui vous semble « du Espelt » mais mesure plus d’un demi-mètre appelle une vérification avant toute chose.

Second piège : Lembo, Vautrin et la nébuleuse « dans le goût de »

Avant 2020, les miroirs d’Espelt passaient en vente sous le nom de François Lembo (1920-2013), céramiste de Vallauris dont la production de miroirs dorés à cabochons présente une parenté visuelle réelle. On rencontre encore des catalogues qui hésitent, jusqu’à des lots titrés « Lembo ou Espelt ? », et d’autres qui rangent sous « Vallauris, dans le goût de Mithé Espelt et François Lembo » des miroirs à pastillage sans revers feutré. La distinction se fait sur les marqueurs décrits plus haut : régularité des reliefs estampés, nature du craquelé, feutrine verte collée à pleine surface.

Autre voisinage, celui de Line Vautrin, chez qui Espelt a travaillé à ses débuts. Les miroirs de Vautrin sont en talosel, une résine incrustée de verre, pas en céramique : la confusion ne tient pas au toucher, mais elle nourrit les mentions « dans le goût de Line Vautrin ou Mithé Espelt » qui fleurissent sur les lots de bijoux fantaisie et de boutons.

Notre analyse a écarté 55 lots relevés dans les données sources sous une attribution incertaine : « attribué à », « dans le goût de », « d’après ». Le rappel vaut d’être fait, car ces formules se lisent vite comme une attribution alors qu’elles disent exactement l’inverse — le catalogueur n’a pas tranché.

Éclats, égrenures et restaurations : ce que le marché tolère

Près d’un quart des lots signalent un défaut : éclat en bordure, égrenure à l’émail, oxydation de la glace, usure de la dorure, feutrine trouée. La sanction existe mais reste mesurée — médiane à 950 € pour un miroir dont le catalogue mentionne un défaut, contre 1 100 € pour un exemplaire décrit sans réserve. Un éclat déclaré n’empêche pas une belle enchère ; le miroir vendu 1 950 € frais compris par notre étude portait un éclat à la bordure supérieure.

Deux points appellent plus de vigilance. L’oxydation du miroir d’origine, fréquente et difficile à corriger sans dénaturer la pièce, se négocie mal auprès des décorateurs. Et la dorure usée, elle, ne se restaure pas : l’or liquide craquelé au four est irremplaçable en l’état actuel des techniques. Mieux vaut décrire ces altérations que les masquer, c’est précisément le rôle du rapport de condition établi avant chaque vente.

Intérieur d'une boîte de Mithé Espelt doublé de feutrine verte, couvercle en céramique à décor d'oiseau
Boîte ouverte : la feutrine verte tapisse aussi le fond intérieur du bâti de bois, un soin de finition que l’on retrouve d’une pièce à l’autre

Faire estimer une céramique de Mithé Espelt par nos experts

Vous avez un miroir, un coffret, un face-à-main ou un thermomètre en céramique dorée dont l’origine vous échappe ? Notre étude suit ce marché depuis ses débuts, a présenté quatorze lots de l’artiste en trois ans et connaît les détails de fabrication qui séparent une pièce de Lunel d’une production voisine.

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Décrivez votre pièce sur notre formulaire d’estimation gratuite en joignant :

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  • les dimensions exactes, et tout élément d’histoire familiale : facture, lieu et date d’achat.

Un commissaire-priseur examine votre dossier et vous communique sous 48 heures une fourchette appuyée sur les adjudications récentes, sans engagement de votre part.

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Certaines pièces demandent un examen direct : le grain de la terre estampée, la nature exacte du craquelé, la recherche d’une restauration à la lampe UV, l’ancienneté d’une feutrine. Nous vous recevons sur rendez-vous dans nos bureaux parisiens — Paris 6e Saint-Germain-des-Prés (7, rue d’Assas), Paris 8e Élysée (15, rue de Miromesnil), Paris 15e Pasteur (6, rue Bargue) — et nous nous déplaçons en région pour les ensembles et les collections.

En vue d’une vente, nous gérons toute la logistique

Emballage adapté à la fragilité de la céramique et de la glace, transport, assurance, rapport de condition, photographies professionnelles incluant systématiquement le revers, catalogage documenté par renvoi à la monographie de référence, présentation auprès de notre fichier de collectionneurs de design et vente à Drouot : l’étude prend en charge chaque étape jusqu’au règlement.


Méthodologie d’analyse et sources des données d’estimation présentées

L’ensemble des chiffres publiés sur cette page provient de la base de données constituée et vérifiée par NEO Enchères à partir des adjudications de ventes publiques, en France et à l’international. L’analyse consacrée à Mithé Espelt retient 680 lots vendus entre février 2023 et août 2026, après avoir écarté 87 invendus ou lots dont le résultat n’a pas été communiqué, 55 attributions incertaines (« attribué à », « dans le goût de », « d’après »), les pièces de Marion de Crécy et de l’atelier de Vallauris parfois rapprochées de l’artiste, ainsi que les doublons et les lots sans date de vente. Les statistiques par typologie et par modèle sont établies sur les 659 pièces isolées, à l’exclusion des ensembles et des paires, dont les 21 lots relevés fausseraient les fourchettes ; le meilleur d’entre eux, un ensemble de huit miroirs créés entre 1947 et 1978, a été adjugé 37 900 € au marteau en mars 2025.

Sauf indication contraire, tous les prix s’entendent au marteau, hors frais acheteur ; seuls les résultats de la section NEO Enchères sont donnés frais compris, tels qu’ils ont été publiés. Nous raisonnons en médianes plutôt qu’en moyennes, ces dernières étant déformées par les enchères d’exception, et les fourchettes indiquées correspondent aux prix habituellement observés, extrêmes exclus. Ces repères restent indicatifs : selon le modèle, la taille, la qualité de l’émail, l’état et la provenance, une pièce donnée peut s’écarter sensiblement des fourchettes constatées, et rien ne remplace un examen individuel. Pour connaître la valeur de votre céramique de Mithé Espelt, sollicitez une estimation gratuite auprès de nos commissaires-priseurs.

Photo portrait Gwenola Bovis commissaire priseur habilité NEO Enchères

Gwenola BOVIS

commissaire-priseur

09 78 80 42 53

Photo portrait Marcos Eliades commissaire priseur habilité NEO Enchères

Marcos ELIADES

commissaire-priseur

09 78 80 42 53

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