Pichet Femme de Picasso, édition Madoura A.R. 301 de 1955, céramique Picasso en terre de faïence

Céramiques Picasso : comment les expertiser et connaître leur prix ?

Une céramique Picasso éditée par l’atelier Madoura se vend le plus souvent entre 2 400 € et 7 700 € aux enchères en France, autour d’une médiane de 4 000 € hors frais. Une pièce unique, modelée ou peinte par Picasso lui-même, se compte en dizaines de milliers d’euros, parfois en millions.

Entre les deux, le prix dépend de quatre choses que l’on peut vérifier soi-même : le statut de la pièce, sa forme, son modèle et son tirage. Tout commence au revers. Les cachets, les inscriptions et la numérotation disent ce que vous avez entre les mains, et le catalogue Ramié dit le reste. Ce guide reprend la méthode que nous suivons à l’étude pour l’expertise d’une céramique Picasso, marque par marque, puis détaille les prix observés en France et dans les grandes ventes spécialisées internationales.

633

modèles édités de 1947 à 1971

25 à 500

exemplaires par modèle

4 000 €

prix médian d’une édition en France

×3,7

un vase face à une assiette, en prix médian

Sommaire

Partie 1 · Identifier

Partie 2 · Expertiser

Partie 3 · Estimer et vendre


Partie 1 · Identifier

Savoir ce que l’on a entre les mains

Pièce unique, édition ou « d’après » : quelles sont les familles de céramiques Picasso ?

Il existe deux grandes familles de céramiques Picasso, et le marché les traite comme deux mondes différents : les pièces uniques, sorties des mains de l’artiste, et les éditions Madoura, produites par l’atelier à partir de ses modèles. Autour d’elles gravitent une zone grise et une foule d’objets qui portent le nom de Picasso sans être de lui.

Le sommet

Pièce unique

Plat, vase, pichet ou carreau modelé, peint ou gravé par Picasso.

À reconnaître : décor de sa main, date manuscrite, souvent signature ou dédicace, pas de numéro de tirage.

Autour de 33 000 € en médiane, bien plus pour les grandes pièces

Édition

Empreinte originale

Épreuve tirée d’une matrice en plâtre gravée par Picasso.

À reconnaître : cachet « Empreinte originale de Picasso », décor en relief ou en creux.

Médiane 4 500 €

Édition

Édition Picasso

Réplique authentique, reproduite à la main par les artisans d’après un original.

À reconnaître : « Edition Picasso » en creux, peint ou incisé, souvent numéroté.

Médiane 3 900 €, vases autour de 16 000 €

Édition 1971

Poinçon original

Petits carreaux en terre rouge, dernière série éditée en 1971.

À reconnaître : cachet « Poinçon original de Picasso », code J. suivi d’un numéro.

Autour de 1 250 €

Cas particuliers

Zone grise

Prototypes, exemplaires d’éditeur, variantes d’atelier.

À reconnaître : mention « Exemplaire éditeur », couleurs absentes du catalogue.

Proche de l’édition courante, parfois au-dessus pour un prototype

Attention

Pas Picasso

Madoura d’autres artistes, reproductions sous licence, faïences de Salins, plaques Villeroy & Boch.

À reconnaître : absence des marques Picasso, nom d’un fabricant.

De quelques dizaines à quelques centaines d’euros

Prix marteau hors frais observés en France. Source : base de résultats d’adjudications constituée et vérifiée par NEO Enchères.

Une céramique Madoura n’est pas forcément une céramique Picasso.

L’atelier de Suzanne et Georges Ramié a produit ses propres modèles et accueilli d’autres artistes. Suzanne Ramié signait ses pièces, souvent des émaux monochromes, et elles se vendent à leur propre cote : NEO Enchères a adjugé une colombe de Suzanne Ramié 1 560 € frais compris en novembre 2024.

Colombe en céramique émaillée noire de Suzanne Ramié, atelier Madoura, à ne pas confondre avec une céramique Picasso
Colombe de Suzanne Ramié pour l’atelier Madoura : cachet Madoura, mais pas Picasso. Adjugée 1 560 € frais compris par NEO Enchères en novembre 2024.

Comment Picasso est-il devenu céramiste à Vallauris ?

Picasso découvre l’atelier Madoura à Vallauris pendant l’été 1946, lors de l’exposition annuelle des potiers. Il y revient à l’été 1947 et ne le quitte plus vraiment pendant vingt-cinq ans. Le nom de l’atelier vient de ses fondateurs : MAison DOUly RAmié, Douly étant le nom de jeune fille de Suzanne Ramié.

1938

Suzanne Ramié loue une ancienne fabrique de Vallauris ; le tourneur Jules Agard la rejoint. L’atelier est racheté en 1948.

Été 1946

Première visite de Picasso chez Madoura, pendant l’exposition des potiers de Vallauris. Il modèle ses premières pièces.

Été 1947

Retour à Vallauris et début du travail intensif. Le catalogue des éditions commence cette année-là.

1948

Picasso s’installe à la villa La Galloise, à Vallauris. Il dépose la même année des céramiques au château Grimaldi d’Antibes.

Été 1952

Il rencontre Jacqueline Roque à la galerie Madoura. Son profil revient sur des dizaines de modèles.

1955

Picasso quitte Vallauris pour Cannes, puis Mougins. Il continue de dessiner des modèles pour Madoura.

1971

Dernière série éditée : les carreaux « Poinçon original ». Le catalogue des éditions s’arrête au numéro 633.

1974 et 1976

Disparition de Suzanne puis de Georges Ramié. Leur fils Alain publie en 1988 le catalogue de référence des éditions.

2012

Le fonds de l’atelier est dispersé aux enchères à Londres : la fin de Madoura comme source de pièces anciennes.

Printemps 2027

Réouverture annoncée de l’atelier Madoura en lieu d’exposition, après son rachat par les collectivités locales.

Les dates de la première visite et de la fermeture de l’atelier varient selon les sources ; nous retenons les formulations les plus sûres.

Une précision qui compte pour l’expertise : Picasso ne tournait pas. Les formes sortaient des mains de Jules Agard et des tourneurs de l’atelier ; Picasso les détournait, les pinçait, les gravait, les peignait. Un vase-femme ou une chouette naît souvent d’un pichet tourné de façon tout à fait ordinaire, puis transformé. C’est pour cela que l’on retrouve dans les éditions des formes de poterie culinaire de Vallauris.

Idées reçues à oublier

  • « Madoura » ne veut pas dire « Maison Douglas Ramié » : Douly est le nom de jeune fille de Suzanne Ramié.
  • Jacqueline Roque est rencontrée chez Madoura en 1952, et non en 1954 comme on le lit parfois.
  • Les éditions ne sont pas des « reproductions » au sens commercial : elles ont été voulues, supervisées et autorisées par Picasso.
  • Une date au revers d’une édition est la date du modèle, pas celle de la fabrication de l’exemplaire.

Comment étaient fabriquées les éditions Madoura ?

Les éditions Madoura reposent sur deux procédés différents, que les cachets permettent de distinguer : l’empreinte originale, tirée d’une matrice gravée par Picasso, et la réplique authentique, peinte à la main par les artisans d’après un original. Les deux sont des œuvres éditées du vivant de l’artiste et sous son contrôle.

Procédé 1

L’empreinte originale

Picasso grave son dessin dans un moule en plâtre. L’atelier presse la terre dans ce moule : chaque épreuve reçoit le dessin en relief, inversé, avant d’être rehaussée d’engobes et d’émail.

Le principe rappelle la gravure : la matrice est de l’artiste, le tirage est fait par l’atelier.

Cachet « Empreinte originale de Picasso », souvent avec la date du modèle en relief.

Procédé 2

La réplique authentique

Pour les vases, pichets et pièces tournées, les artisans reproduisent à la main la forme, les proportions et le décor d’une pièce originale de Picasso.

Deux exemplaires d’un même modèle ne sont jamais tout à fait identiques : pinceau, épaisseur d’engobe et cuisson varient.

Mention « Edition Picasso » en creux, peinte ou incisée, souvent avec la numérotation.

Terres, engobes, oxydes : le vocabulaire des descriptions

TermeCe que cela veut dire sur votre pièce
Terre de faïence blanche ou rougeLa pâte de la pièce, visible sur les parties non émaillées du revers. La terre rouge est fréquente sur les empreintes originales et les carreaux.
EngobeTerre liquide colorée posée au pinceau, d’aspect mat. C’est la base de la plupart des décors.
OxydesPigments métalliques qui donnent noirs, bruns et verts après cuisson.
Gravé au couteauDécor incisé dans l’engobe pour faire apparaître la terre en dessous.
Paraffine oxydéeRéserve à la cire : la paraffine protège une zone de l’émail, puis brûle à la cuisson. Typique des assiettes « Picador » et « Visage ».
Couverte, émailGlaçure brillante, souvent posée partiellement : « sous couverte partielle au pinceau ».
Pâte blanchePièce en biscuit sans émail, à décor en relief, apparue au milieu des années 1950.

Des tirages de 25 à 500, cuits par petites séries

Chaque modèle est édité à un nombre fixe d’exemplaires, de 25 pour les grandes pièces à 500 pour les assiettes les plus diffusées. Aucun ne dépasse 500. L’atelier ne cuisait pas toute l’édition d’un coup mais par petites séries étalées dans le temps : un exemplaire 12/500 n’est donc pas forcément plus ancien qu’un 480/500, et le numéro bas ne fait pas le prix.


Partie 2 · Expertiser

Lire une céramique Picasso comme un commissaire-priseur

Comment reconnaître une vraie céramique Picasso ? La méthode en 6 étapes

Pour reconnaître une vraie céramique Picasso, on lit d’abord le revers, on identifie le modèle dans le catalogue Ramié, puis on vérifie que la pièce correspond en tout point à ce modèle : forme, dimensions, terre, couleurs, tirage. Une seule incohérence suffit à poser la question.

1. Retourner la pièce

Posez-la sur un linge, revers vers vous, sous une lumière rasante. Relevez tout : cachets en creux, inscriptions peintes, chiffres, lettres, dates, étiquettes anciennes.

2. Identifier les cachets

« Madoura plein feu », « Empreinte originale de Picasso », « Edition Picasso », « D’après Picasso », « Poinçon original » : chacun a un sens précis, détaillé plus bas.

3. Lire la numérotation

Une fraction comme 162/200 donne le tirage du modèle. Les codes d’atelier (J.160, F 219, R-137) et la mention « Exemplaire éditeur » sont normaux.

4. Retrouver le modèle

Le catalogue d’Alain Ramié (1988) reproduit les 633 modèles édités avec leur numéro A.R., leur année, leurs dimensions, leurs couleurs et leur tirage.

5. Contrôler la matière

Terre visible au revers, engobes mats, émail partiel, usure cohérente avec l’âge. Une pièce trop légère, trop régulière ou au décor imprimé doit alerter.

6. Documenter

Facture de la galerie Madoura, étiquette d’exposition, provenance familiale, certificat : tout ce qui retrace le parcours de la pièce soutient son prix.

Les 3 photos à faire

Face, revers à plat avec les cachets lisibles, et profil. Ces trois vues suffisent à l’étude pour une première identification du modèle.

Quelles sont les marques d’une céramique Picasso Madoura ?

Les marques des céramiques Picasso se trouvent presque toujours au revers ou sous la base. Elles combinent un cachet d’atelier, un cachet qui désigne le procédé, parfois une inscription peinte et une numérotation. Aucune marque, prise isolément, ne suffit à authentifier une pièce : c’est leur cohérence avec le modèle qui compte.

Revers d'une assiette Picador de Picasso avec les cachets Madoura plein feu et Edition Picasso

Marque 1

« MADOURA PLEIN FEU »

Frappé en creux, il associe le mot MADOURA, une petite flamme et la mention PLEIN FEU. Il existe en deux tailles. Sur une céramique Picasso, il est presque toujours accompagné d’une seconde marque.

  • Prouve : la pièce a été cuite à l’atelier Madoura.
  • Ne prouve pas : qu’elle soit de Picasso : on le trouve aussi chez Suzanne Ramié et les autres artistes de Madoura.

Revers de l’assiette « Picador » (A.R. 160, tirage de 500), adjugée 3 250 € frais compris par NEO Enchères en avril 2023.

Marque 2

« EMPREINTE ORIGINALE DE PICASSO »

Surtout présent sur les plats et assiettes à décor en relief, souvent en terre rouge, avec la date du modèle moulée dans la terre.

  • Prouve : un tirage d’une matrice gravée par Picasso.
  • Ne prouve pas : qu’il s’agisse d’une édition : Picasso a parfois peint un décor unique sur ce support.

Revers du plat « Pase de cape » (A.R. 425), numéroté 10/50, adjugé 5 980 € frais compris par NEO Enchères en mai 2025.

Revers d'un plat Picasso avec les cachets Madoura plein feu et Empreinte originale de Picasso, numéroté 10/50
Dessous du pichet Femme de Picasso avec l'inscription Edition Picasso, les cachets Madoura et le numéro 162/200

Marque 3

« EDITION PICASSO »

Elle désigne les répliques authentiques et prend trois formes, parfois réunies : un cachet en creux, une inscription peinte au pinceau, ou une inscription incisée. Sur les pichets et les vases, elle accompagne en général la numérotation.

  • Prouve : une réplique authentique éditée par Madoura.
  • Ne prouve pas : la date de fabrication de l’exemplaire.

Sous le pichet « Femme » (A.R. 301), 162/200 : estimé 6 000-8 000 €, adjugé 15 340 € frais compris par NEO Enchères en juin 2023.

Marque 4

« D’APRÈS PICASSO »

C’est la marque qui trompe le plus de vendeurs. Madoura l’a utilisée sur les premières éditions, à la fin des années 1940 et au début des années 1950, notamment sur le service « Visage noir » et les petits pichets. Ces pièces se vendent même un peu au-dessus de la moyenne des éditions.

  • Prouve : une édition Madoura ancienne, exécutée d’après un original de Picasso.
  • Ne prouve pas : une copie : c’est exactement l’inverse.

Cachets au revers d’une assiette du service « Visage noir » (A.R. 38), adjugée 3 640 € frais compris en novembre 2024.

Cachets en creux Madoura plein feu et D'après Picasso au revers d'une assiette Picasso du service Visage noir
Assiette Visage noir de Picasso pour Madoura, décor aux engobes sur fond noir
Assiette du service « Visage noir » (A.R. 39), modèle de 1948, marquée « D’après Picasso ». Estimée 1 500-2 000 €, adjugée 5 850 € frais compris par NEO Enchères en avril 2023.
Revers d'un carreau Picasso de 1971 avec le cachet Poinçon original de Picasso, Madoura plein feu et le code J.167

Marque 5

« POINÇON ORIGINAL DE PICASSO »

Réservé à la dernière série, en 1971 : petits carreaux et losanges en terre rouge (A.R. 613 à 633), décor imprimé à l’engobe, code d’atelier en J. suivi de la numérotation, souvent sur 500.

  • Prouve : un carreau de la série éditée en 1971.
  • Ne prouve pas : une pièce rare : ce sont les céramiques Picasso les plus accessibles.

Revers d’un losange de la série 1971 (A.R. 627) : code J. 167, numéro 139/500.

Marque 6

Numérotation et codes d’atelier

La fraction (99/150, 162/200) donne le rang de l’exemplaire et le tirage du modèle. Les lettres suivies de chiffres (J.111 B, F 219, N-105, R-137, C103) ou les monogrammes peints comme « CR » sont des références d’atelier dont le sens exact n’a pas été publié ; leur présence est normale.

  • Prouve : le tirage total du modèle.
  • Ne prouve pas : l’ancienneté ou la valeur de l’exemplaire.

Assiette « Petit cheval » (1963), 99/150, adjugée 5 720 € frais compris par NEO Enchères en juin 2024.

Revers d'une assiette Petit cheval de Picasso marquée Edition Picasso, numérotée 99/150 et annotée n°61
Revers d'une céramique Picasso marquée Exemplaire éditeur, Empreinte originale de Picasso et Madoura plein feu
« Exemplaire éditeur » (A.R. 596) : pièce conservée par l’atelier hors numérotation, code J. 111 B. On en a vu des centaines lors de la dispersion du fonds Madoura en 2012.
Revers d'une assiette Visage noir de Picasso avec les marques peintes E Madoura et CR
Assiette « Visage noir » de 1948 : marques peintes « E Madoura » et monogramme « CR », revers craquelé. Adjugée 2 600 € frais compris par NEO Enchères en mars 2024.
Date du modèle moulée en relief sur l'aile d'un plat Picasso empreinte originale Madoura

Marque 7

Les dates

Beaucoup de modèles portent une date (« 22.1.56 », « 11.3.53 »), moulée dans la terre ou reprise au pinceau. Sur une édition, c’est la date de création du modèle, reproduite sur tous les exemplaires. Sur une pièce unique, elle est écrite de la main de l’artiste, parfois avec un numéro de série en chiffres romains.

  • Prouve : la date de création du modèle.
  • Ne prouve pas : qu’une édition soit une pièce unique.

Date moulée en relief sur l’aile du plat « Pase de cape », identique sur les 50 exemplaires.

Les marques d’une pièce unique

Une pièce unique porte rarement de numéro de tirage. On y trouve la date écrite à la main, parfois une signature « Picasso », une dédicace (« Pour Monsieur Ramié »), et souvent le cachet « Madoura plein feu » puisqu’elle a été cuite à l’atelier. Certaines ont été décorées par Picasso sur un support d’édition et portent donc le cachet « Empreinte originale » : c’est le décor de sa main qui en fait une œuvre unique.

Assiette ovale Colombe de la paix peinte par Picasso, signée et datée 7 juin 1954, pièce unique
« Colombe de la paix » datée du 7 juin 1954 et signée : Picasso a peint une petite série d’assiettes, une à une, pour les délégués d’un congrès.
Plat Profil de Jacqueline de Picasso daté 22.1.56, pièce unique sur un support empreinte originale
« Profil de Jacqueline » daté du 22 janvier 1956 : décor unique posé sur un support estampé, d’où le cachet « Empreinte originale ».

Ce que chaque marque prouve, en un coup d’œil

MarqueElle prouveElle ne prouve pas
Madoura plein feuCuisson à l’atelier MadouraQue la pièce soit de Picasso
Empreinte originaleMatrice gravée par PicassoUne édition (décor unique possible)
Edition PicassoRéplique authentique MadouraLa date de fabrication
D’après PicassoÉdition Madoura ancienneUne copie (c’est l’inverse)
Poinçon originalSérie de carreaux de 1971Une pièce rare
NumérotationLe tirage du modèleL’ancienneté ou la valeur
Date dans le décorLa date du modèleUne pièce unique
Signature, dédicaceUne intervention de l’artisteL’authenticité sans avis d’expert

Quels sont les faux et les pièges les plus fréquents ?

Les fausses céramiques Picasso existent, mais le piège le plus fréquent en salle des ventes n’est pas le faux : c’est la confusion avec un objet décoratif d’après Picasso, vendu de bonne foi comme une céramique de l’artiste. Les cas rencontrés se rangent en quatre catégories.

Piège 1

Le faux cachet

Cachet incisé à main levée au lieu d’être frappé, typographie molle ou irrégulière, double signature, numérotation incohérente avec le tirage du modèle.

Piège 2

La copie avec faux certificat

Forme ou dimensions qui ne correspondent pas au catalogue Ramié, couleurs absentes du modèle, certificat « Madoura » sans origine vérifiable.

Piège 3

La reproduction décorative

Assiettes de faïencerie avec la signature imprimée dans le décor et la marque du fabricant au dos, plaques en porcelaine numérotées sur 350, vide-poches sous licence, verres de Murano.

Piège 4

L’autre céramiste de Vallauris

Pièce de Suzanne Ramié, d’un autre artiste de Madoura ou d’un autre atelier de Vallauris au style proche : aucun cachet Picasso, signature d’un autre auteur.

Les mentions « attribué à » et « dans le goût de » ont un sens précis dans un catalogue de vente : la première exprime un doute sur l’auteur, la seconde désigne une œuvre faite à la manière de Picasso par quelqu’un d’autre. Elles n’ont rien à voir avec « d’après Picasso » sur un cachet Madoura, qui désigne une édition authentique. Enfin, les plats en argent réalisés d’après des céramiques de Picasso par l’orfèvre François Hugo forment une catégorie à part, avec leur propre marché.

Qui authentifie une céramique Picasso en 2026 ?

En 2026, il faut distinguer deux situations. Pour une édition Madoura, Picasso Administration ne répond plus aux demandes d’authentification : l’identification repose sur le catalogue Ramié et sur l’examen par un spécialiste, avec la possibilité d’un certificat d’origine du Comité Madoura. Pour une pièce unique, le Comité Picasso reste la seule référence, mais les délais sont devenus très longs.

Ce qu’il faut savoir avant de demander un certificat

  • Éditions : Picasso Administration ne traite plus les demandes d’authentification des céramiques éditées en série. Inutile de bloquer une vente en attendant une réponse qui ne viendra pas.
  • Pièces uniques : le Comité Picasso n’examine que des dossiers complets et ne s’oblige pas à se prononcer. Les délais se comptent désormais en années.
  • En vente publique : pour une édition conforme à son modèle, l’identification par le catalogue Ramié et la description du commissaire-priseur suffisent aux acheteurs.
Type de pièceRéférenceÀ qui s’adresser
Pièce uniqueInventaire de la Succession (numéros à cinq chiffres)Comité Picasso (Paloma Ruiz-Picasso et Diana Widmaier Ruiz-Picasso) ; délais de plusieurs années
Édition MadouraCatalogue d’Alain Ramié, 1988 (numéros A.R.)Picasso Administration ne répond plus ; Comité Madoura pour un certificat d’origine (payant)
Carreau 1971, petite assietteCatalogue RamiéLe commissaire-priseur suffit

Partie 3 · Estimer et vendre

Ce que vaut une céramique Picasso, modèle par modèle

Combien vaut une céramique Picasso en 2026 ?

En 2026, une céramique Picasso éditée par Madoura se vend en France autour de 4 200 € hors frais en médiane, la moitié des résultats se situant entre 2 450 € et 8 200 €. Dans les grandes ventes spécialisées internationales, les mêmes éditions atteignent autour de 12 800 € frais compris. Une pièce unique se négocie à un tout autre niveau.

Méthode : plus de 1 200 céramiques Picasso adjugées en France depuis 2006 (base de résultats constituée et vérifiée par NEO Enchères, prix marteau hors frais) et plus de 4 000 résultats de ventes spécialisées internationales depuis 2002 (prix frais compris, convertis en euros au taux de la BCE du 20 octobre 2026 et arrondis à la centaine supérieure). Les deux sources ne sont jamais additionnées. Les médianes et fourchettes sont indicatives : chaque pièce s’estime sur examen.

Pièce unique ou édition : quel écart de prix ?

StatutFrance (hors frais)Ventes internationales (frais compris)
Édition Madoura4 088 €9 700 €
Variante d’ateliernc11 800 €
Pièce uniqueautour de 33 000 €46 100 €
Prix médians des céramiques Picasso selon leur statut, 2002-2026.

« Unique » ne veut pas dire « six chiffres ». Un petit médaillon, une assiette peinte ou une terre cuite gravée se vendent entre 10 000 € et 50 000 €. Les montants de plusieurs centaines de milliers d’euros vont aux grandes pièces modelées des années 1947-1954 : à New York en 2018, un hibou unique en terre cuite peinte de 1953 a atteint environ 2 140 000 € frais compris, record mondial pour une céramique de Picasso. Les assiettes « Colombe de la paix » du 7 juin 1954, peintes une à une, se vendent en France entre 28 000 € et 50 000 € environ.

Quelle forme vaut le plus cher ?

La forme est le premier facteur de prix d’une édition. Un vase Picasso vaut en médiane près de quatre fois une assiette, et un plat le double d’une assiette.

Graphique des prix des céramiques Picasso éditées selon la forme : vases, plats, pichets, assiettes, carreaux, bols
Prix médian et fourchette centrale des céramiques Picasso éditées selon leur forme, en France, prix marteau hors frais.
FormePrix médianMoitié centrale des résultats
Vase12 800 €5 200 € à 22 300 €
Plat (souvent 40 cm)7 640 €5 175 € à 10 700 €
Pichet5 035 €3 200 € à 9 650 €
Assiette3 420 €2 100 € à 4 800 €
Carreau, plaque, tomette2 800 €1 825 € à 4 450 €
Bol, coupe, tasse2 000 €1 450 € à 2 800 €
Carreau « Poinçon original »1 250 €950 € à 1 550 €
France, prix marteau hors frais, 2006-2026.

Le tirage fait-il le prix ?

Le tirage compte jusqu’à 50 exemplaires environ. Au-delà, il pèse beaucoup moins que le modèle : un vase tiré à 400 exemplaires se vend plus cher qu’une assiette tirée à 100. Dans les ventes spécialisées, les éditions à 25 exemplaires atteignent 51 000 € en médiane, celles à 50 exemplaires 23 900 €, puis tout se resserre entre 7 500 € et 14 700 € de 100 à 500 exemplaires.

Graphique du prix des céramiques Picasso selon le tirage, de 25 à 500 exemplaires
Prix médian et fourchette centrale selon le tirage du modèle, ventes spécialisées internationales, frais compris, en euros.
TirageFrance (hors frais)International (frais compris)
25 ex.16 750 €51 000 €
50 ex.7 280 €23 900 €
100 ex.6 500 €9 700 €
150 ex.4 610 €9 600 €
200 ex.5 770 €10 500 €
300 ex.6 500 €9 000 €
400 ex.5 230 €14 700 €
450 ex.3 820 €7 900 €
500 ex.2 900 €7 500 €
Prix médians selon le tirage. Les tirages de 400 regroupent surtout de grands vases, d’où leur niveau.

Empreinte originale ou Édition Picasso : laquelle vaut le plus ?

À forme égale, l’écart entre les deux procédés est faible, et il s’inverse selon les objets. Les empreintes originales dominent sur les assiettes, parce que les grandes assiettes à relief de Picasso sont presque toutes des empreintes. Les répliques authentiques l’emportent nettement sur les vases et les pichets, qui ne pouvaient pas être moulés de la même façon.

FormeEmpreinte originaleÉdition Picasso
Assiette3 905 €2 560 €
Plat7 800 €8 200 €
Pichetrare5 200 €
Vase8 200 €16 375 €
Toutes formes, international (frais compris)8 000 €10 700 €
Prix médians selon le procédé, France hors frais sauf mention.

Quels motifs sont les plus recherchés ?

Les figures féminines, les hiboux et les chouettes, la colombe et le profil de Jacqueline tirent les prix vers le haut. Les corridas et les picadors, les motifs les plus fréquents du catalogue, sont aussi les plus abordables : beaucoup ont été édités sur de petites assiettes à 500 exemplaires.

Pichet chouette de Picasso pour Madoura, marqué D'après Picasso et Madoura plein feu

Motifs les plus cotés

  • Femme, tête de femme : 10 700 €
  • Hibou, chouette : 7 200 €
  • Colombe : 6 710 €
  • Jacqueline : 6 440 €
  • Poisson : 6 100 €
  • Chèvre : 5 330 €
  • Visage : 5 200 €

Motifs les plus abordables

  • Bouquet, fleurs, fruits : 4 700 €
  • Cavalier, cheval : 4 500 €
  • Faune : 4 470 €
  • Danseurs, musiciens : 2 900 €
  • Taureau, corrida, picador : 2 830 €
  • Petits oiseaux : 1 970 €

Prix médians, France, hors frais. En photo : petit pichet chouette « D’après Picasso », estimé 2 000-3 000 €, adjugé 4 940 € frais compris par NEO Enchères en novembre 2024.

Les modèles de quelle période se vendent le mieux ?

Il n’y a pas de « bonne période » unique. Les modèles des années 1950-1954, ceux des grands vases et des chouettes, et ceux des années 1965-1971, avec les grands visages tournés, sortent un peu au-dessus. Les années 1955-1959, très productives en assiettes tirées à 450 et 500 exemplaires, sont plus abordables.

8 400 €

modèles de 1947-1949

11 300 €

modèles de 1950-1954

8 500 €

modèles de 1955-1959

11 200 €

modèles de 1965-1971

Prix médians des éditions selon l’année de création du modèle, ventes spécialisées internationales, frais compris. Modèles de 1960-1964 : 9 700 €.

Comment les prix ont-ils évolué ?

En France, la médiane des éditions est passée de 3 000 € sur la période 2006-2012 à 5 000 € en 2021-2023, avant de se tasser autour de 4 200 € depuis 2024. Le haut du marché, lui, continue de monter : dans les ventes spécialisées internationales, la médiane est passée d’environ 9 700 € en 2017-2018 à 14 300 € en 2025 et 15 500 € en 2026. Les belles pièces partent de plus en plus vers ces ventes ; les pièces courantes restent bien représentées en France.

Graphique de l'évolution du prix des céramiques Picasso éditées en France de 2006 à 2026
Prix médian et fourchette centrale des éditions Madoura en France par période, prix marteau hors frais.

Autre signal : en France, près de deux céramiques Picasso sur trois dépassent leur estimation haute, et le prix obtenu vaut en médiane 1,4 fois le milieu de l’estimation. Ce ratio a baissé depuis 2024, avec un peu plus d’une pièce sur deux au-dessus de l’estimation haute : les estimations ont rattrapé le marché.

Quels sont les modèles de céramiques Picasso les plus fréquents, et que valent-ils ?

Une trentaine de modèles reviennent sans cesse en vente. Le tableau donne pour chacun son numéro dans le catalogue Ramié, son année, son tirage et son prix médian dans les ventes spécialisées. C’est le moyen le plus rapide de situer une pièce : retrouvez votre modèle, puis comparez.

ModèleA.R., année, tiragePrix médian
Vase deux anses hautes213 · 1953 · 400 ex.53 500 €
Visage aux yeux rieurs, pichet608 · 1969 · 350 ex.47 400 €
Femme du barbu, pichet193 · 1953 · 500 ex.44 600 €
Vase deux anses hautes141 · 1952 · 400 ex.41 700 €
Visage de femme, plat220 · 1953 · 400 ex.30 500 €
Tête de chèvre de profil145 · 1952 · 250 ex.18 500 €
Hibou mat284 · 1955 · 450 ex.18 000 €
Nature morte219 · 1953 · 400 ex.15 700 €
Visage288 · 1955 · 500 ex.13 400 €
Cruchon hibou293 · 1955 · 500 ex.13 400 €
Chouette femme119 · 1951 · 500 ex.12 800 €
Visage no. 197494 · 1963 · 500 ex.11 200 €
Chouetton135 · 1952 · 500 ex.11 200 €
Profil de Jacqueline383 · 1956 · 500 ex.10 300 €
Hibou253 · 1954 · 500 ex.10 100 €
Sujet poisson139 · 1952 · 500 ex.9 700 €
Corrida sur fond noir198 · 1953 · 500 ex.9 000 €
Profil de Jacqueline385 · 1956 · 500 ex.8 200 €
Sujet colombe435 · 1959 · 500 ex.7 900 €
Bouquet à la pomme307 · 1956 · 400 ex.7 400 €
Sujet poule250 · 1954 · 500 ex.7 100 €
Joueur de flûte et chèvre382 · 1956 · 450 ex.6 300 €
Profil de taureau317 · 1956 · 450 ex.6 300 €
Picador160 · 1952 · 500 ex.5 700 €
Picador162 · 1952 · 500 ex.5 600 €
Têtes368 · 1956 · 500 ex.5 500 €
Toros161 · 1952 · 500 ex.5 500 €
Visage290 · 1955 · 500 ex.4 500 €
Oiseau à la huppe173 · 1952 · 500 ex.3 600 €
Prix médians frais compris des modèles les plus fréquents, ventes spécialisées internationales 2002-2026, en euros.

Ces prix frais compris sont plus élevés que ceux observés en France pour les mêmes modèles, et l’écart ne tient pas qu’aux frais. L’assiette « Picador » A.R. 160 se vend en médiane 1 925 € hors frais en France, contre 5 700 € frais compris en vente spécialisée ; le « Profil de Jacqueline » A.R. 385, 4 500 € contre 8 200 €. Les ventes spécialisées concentrent les collectionneurs internationaux et les exemplaires les mieux conservés.

Les pièces d’exception

Au sommet, une poignée de modèles à très petit tirage dépassent les 60 000 € en médiane. Le Grand vase aux femmes voilées (A.R. 116, 25 exemplaires) détient le record pour une édition : environ 875 500 € à Londres en 2012, encore 719 800 € en 2025. Le « Tripode » (A.R. 125, 75 exemplaires, 76 cm de haut) a atteint 339 800 € à New York en 2025 et 169 000 € hors frais en France en 2023.

Modèle (A.R., tirage)Prix médianPlus haut résultat
Grand vase aux femmes voilées (116, 25 ex.)595 100 €875 500 €, Londres 2012
Tripode (125, 75 ex.)270 200 €339 800 €, New York 2025
Gros oiseau corrida (191, 25 ex.)153 000 €449 400 €, New York 2023
Vase aztèque aux quatre visages (402, 100 ex.)119 500 €289 800 €, 2021
Canard pique-fleurs (117, 50 ex.)105 800 €271 800 €, 2025
Taureau (255, 100 ex.)105 000 €189 500 €, 2021
Hibou (224, 25 ex.)87 200 €202 300 €, 2024
Visage au nez noir (609, 200 ex.)68 100 €108 600 €, 2011
Modèles d’exception, ventes spécialisées internationales, frais compris, en euros.

Qu’est-ce qui fait monter ou baisser le prix d’une céramique Picasso ?

Une fois le modèle identifié, l’écart entre deux exemplaires tient à l’état, aux couleurs, à la qualité du décor et à la provenance. Certaines croyances, en revanche, ne se vérifient pas dans les résultats.

↑ Plus-value

Ce qui fait monter

Le modèle et la forme : un vase ou un grand plat vaut plusieurs fois une petite assiette du même tirage.

La fraîcheur du décor : engobes nets, émail sans usure, contrastes francs.

La provenance : facture de la galerie Madoura, provenance familiale documentée, étiquette d’exposition.

= Neutre

Ce qui pèse peu

Les défauts de cuisson d’origine : petits manques d’émail, bulles, revers craquelé.

L’exemplaire éditeur : à peine au-dessus d’un exemplaire numéroté (environ 7 % en médiane).

Le numéro bas : idée reçue, il ne dit rien de l’ancienneté.

↓ Décote

Ce qui fait baisser

Les égrenures et restaurations : les estimations sont abaissées, même si les résultats restent proches quand la restauration est propre et signalée.

La variante d’atelier : environ 15 % sous l’exemplaire conforme au catalogue.

La restauration cachée : découverte par l’acheteur, elle coûte bien plus cher qu’un défaut annoncé.

Assiette Tête de chèvre de profil de Picasso, empreinte originale Madoura avec restauration visible
« Tête de chèvre de profil » (A.R. 106), empreinte originale tirée à 50 exemplaires, restauration visible. Adjugée 3 250 € frais compris par NEO Enchères en mai 2025.

Quelles céramiques Picasso NEO Enchères a-t-elle adjugées ?

NEO Enchères vend régulièrement des céramiques Picasso Madoura à l’Hôtel Drouot et dans sa salle de la rue Bargue. Sept des onze pièces adjugées depuis 2023 ont dépassé leur estimation haute, parfois très largement.

Plat Pase de cape de Picasso, empreinte originale en terre de faïence rouge et engobe noir

Mai 2025, rue Bargue

« Pase de cape », 10/50

Plat rond de 41 cm en terre de faïence rouge, empreinte originale (A.R. 425) tirée à 50 exemplaires.

Estimé 3 000-4 000 €, adjugé 5 980 € frais compris.

CéramiqueEstimationAdjugé (frais compris)
Pichet « Femme », A.R. 301, 162/200
Juin 2023, Drouot
6 000-8 000 €15 340 €
Plat « Pase de cape », A.R. 425, 10/50
Mai 2025, rue Bargue
3 000-4 000 €5 980 €
Assiette « Visage noir », A.R. 39
Avril 2023, Drouot
1 500-2 000 €5 850 €
Assiette « Petit cheval », 99/150
Juin 2024, Drouot
3 000-4 000 €5 720 €
Pichet chouette, « D’après Picasso »
Novembre 2024, Drouot
2 000-3 000 €4 940 €
Assiette du service « Visage noir », A.R. 38
Novembre 2024, Drouot
2 000-3 000 €3 640 €
Assiette « Picador », A.R. 160
Avril 2023, Drouot
2 500-3 500 €3 250 €
Assiette « Tête de chèvre de profil », A.R. 106
Mai 2025, rue Bargue
2 500-3 500 €3 250 €
Pichet dit « Poule », 1954, 150 ex.
Mars 2026, rue Bargue
3 000-5 000 €3 250 €
Assiette « Bouquet à la pomme », A.R. 307
Avril 2026, rue Bargue
2 000-4 000 €2 860 €
Assiette « Visage noir », 1948
Mars 2024, Drouot
1 500-2 000 €2 600 €
Céramiques Picasso adjugées par NEO Enchères, prix frais compris.

Deux enseignements ressortent de ces ventes. Les pièces des premières éditions, marquées « D’après Picasso », ont attiré une concurrence que leur estimation ne laissait pas prévoir. Et les défauts signalés (revers craquelé, restauration, manques d’émail) ont pesé sur le résultat sans l’empêcher : le catalogue décrivait chaque défaut, et les acheteurs ont enchéri en connaissance de cause. Pour comparer avec d’autres artistes, la base de cotes d’artistes de NEO Enchères rassemble les résultats par nom.

Comment vendre une céramique Picasso ?

Pour vendre une céramique Picasso, il faut d’abord la faire identifier et estimer à partir de photos, puis choisir une vente où elle sera vue par les collectionneurs qui la recherchent. Une édition courante trouve preneur en France ; une pièce rare ou unique mérite une vente qui touche les acheteurs internationaux.

1. Préparer le dossier

Photos de face, du revers à plat et de profil, dimensions, description des marques, et tout document de provenance (facture Madoura, lettre, étiquette).

2. Faire estimer

Le commissaire-priseur identifie le modèle dans le catalogue Ramié, vérifie la cohérence des marques et propose une estimation et un prix de réserve.

3. Choisir la vente

NEO Enchères présente les céramiques Picasso dans ses ventes d’art moderne à l’Hôtel Drouot, ouvertes aux enchères en salle, au téléphone et en ligne. Voir notre guide pour vendre à l’Hôtel Drouot.

Droit de suite et fiscalité

Le droit de suite, perçu par les ayants droit de Picasso, s’applique aux céramiques éditées en nombre limité. À la vente, une taxe forfaitaire ou le régime des plus-values peut s’appliquer selon les cas ; le régime des éditions se discute. Demandez conseil avant de vendre une pièce importante.

Questions fréquentes sur les céramiques Picasso

Que signifie le cachet « Madoura plein feu » ?

C’est le cachet de l’atelier Madoura de Vallauris, frappé en creux sous la pièce. Il indique que la céramique a été cuite chez Madoura, mais ne prouve pas à lui seul qu’elle est de Picasso : on le trouve aussi sur les pièces de Suzanne Ramié et d’autres artistes. Sur une céramique Picasso, il est accompagné d’une seconde marque comme « Edition Picasso » ou « Empreinte originale de Picasso ».

Quelle est la différence entre « Empreinte originale » et « Édition Picasso » ?

L’empreinte originale est tirée d’une matrice en plâtre gravée par Picasso : le dessin ressort en relief dans la terre. L’Édition Picasso, ou réplique authentique, est reproduite à la main par les artisans de Madoura d’après une pièce originale. Les deux sont des éditions autorisées du vivant de l’artiste ; à forme égale, leurs prix sont proches.

« D’après Picasso » sur une céramique Madoura, est-ce une copie ?

Non. Le cachet « D’après Picasso » a été utilisé par Madoura sur les premières éditions, à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Il désigne une édition authentique, exécutée d’après un original de Picasso. Ces pièces se vendent même un peu au-dessus de la moyenne des éditions.

Picasso Administration authentifie-t-elle les céramiques Madoura ?

Non, plus pour les céramiques éditées en série : Picasso Administration ne répond plus à ces demandes. Une édition s’identifie par le catalogue d’Alain Ramié et l’examen d’un spécialiste ; le Comité Madoura peut délivrer un certificat d’origine. Pour une pièce unique, le Comité Picasso reste la référence, avec des délais qui se comptent désormais en années.

Comment savoir si ma céramique Picasso est une pièce unique ?

Une pièce unique porte un décor de la main de Picasso, en général une date manuscrite, parfois une signature ou une dédicace, et pas de numéro de tirage. Elle ne figure pas au catalogue des éditions d’Alain Ramié. Seul le Comité Picasso peut confirmer son statut, et ses délais de réponse atteignent plusieurs années : mieux vaut faire examiner la pièce par un commissaire-priseur avant d’engager la démarche.

Où trouver le numéro Ramié d’une céramique Picasso ?

Le numéro A.R. renvoie au catalogue « Picasso, catalogue de l’œuvre céramique édité 1947-1971 » d’Alain Ramié, publié par la galerie Madoura en 1988. Il n’est pas inscrit sur la pièce : on le retrouve en comparant la forme, le décor, les dimensions et le tirage avec les 633 modèles reproduits. Les catalogues de vente l’indiquent presque toujours.

Un petit numéro de tirage vaut-il plus cher ?

Non. Madoura cuisait les éditions par petites séries étalées dans le temps : le numéro 1/500 n’est pas forcément plus ancien que le 480/500, et les résultats ne montrent pas de prime pour les numéros bas. C’est le modèle, la forme et l’état qui font le prix.

Combien vaut une assiette Picasso Madoura ?

En France, une assiette Picasso éditée par Madoura se vend en médiane autour de 3 400 € hors frais, la moitié des résultats se situant entre 2 100 € et 4 800 €. Les petites assiettes de corrida tirées à 500 exemplaires se vendent souvent sous 3 000 € ; les grandes assiettes à relief et les visages féminins montent bien plus haut.

Une céramique Picasso restaurée perd-elle sa valeur ?

Moins qu’on ne le pense. Les estimations des pièces restaurées sont abaissées, mais leurs résultats restent proches de ceux des pièces intactes quand la restauration est propre et signalée. À éviter : les restaurations amateurs et les repeints qui recouvrent le décor d’origine.